
Le poids de la tradition ralentit la lutte contre l'excision
La sensibilisation contre l'excision en Côte d'Ivoire entre dans sa 12e année, mais le poids de la tradition continue de ralentir le combat contre cette mutilation génitale féminine devenue aujourd'hui un fléau dans le pays.
Si au niveau national l'on note une tendance à la baisse, la pratique semble avoir pris de l'ampleur dans certaines régions du pays telles que l'ouest et le nord.
"Le taux de prévalence actuel à l'ouest est de 73 %, et de 88 % pour le nord", a indiqué la spécialiste en genre au ministère ivoirien de la Femme, de la Famille et des Affaires sociales, Euphrasie Yao Kouassi.
Pour Mme Yao Kouassi, il y a lieu de renforcer la sensibilisation dans les régions les plus touchées. "Les médias doivent aussi nous aider à poursuivre la lutte pour aboutir à un changement de comportement et de mentalité", a-t-elle plaidé.
Comme pour répondre à son appel, des responsables d'organisations non gouvernementales (ONG), de collectivités locales et d'autres groupements de la société civile promettent de s'engager activement dans la bataille.
Dans la région de Bondoukou (nord est) où 78 % des femmes ont été excisées selon une étude de l'organisation nationale pour l'enfant, la femme et la famille (ONEF), les autorités administratives et religieuses se sont organisées pour jouer un rôle plus accru contre le fléau.
Mais dans cette même région, une exciseuse a relevé que l'excision est une vieille tradition qu'elles tiennent de leurs arrières grands parents et qui est solidement implantée dans les habitudes culturelles.
"Nous ne pouvons pas la rejeter subitement. L'abandon nécessite que nous fassions des sacrifices de bétails afin de demander pardon aux ancêtres", a expliqué dame Yaoua Afia.
Du côté de l'ouest, des femmes ne comprennent pas non plus pourquoi il faut laisser tomber l'héritage culturel des ancêtres.
"Nous pratiquons cela depuis des générations. L'excision est une éduction que nous ont léguée nos parents et nous inculquons cette même éducation à nos filles pour qu'elles apprennent à connaître la vie de femme et à connaître leur corps.", a confié Yvonne Oulaï, originaire du département de Danané (ouest).
Dans cette région où vit le peuple Dan, l'on constate une résistance et l'on continue de pratiquer l'excision malgré la ratification par la Côte d'Ivoire de la Convention des Nations unies sur l'élimination des violences à l'égard des femmes, et malgré l'adoption d'une loi visant à réprimer les mutilations génitales.
La pratique se fait ainsi de manière coutumière dans des villages où les filles sont amenées dans la forêt pour y subir l'excision. Ce fléau a gagné certaines villes où se sont installées des exciseuses déterminées à perpétuer la tradition.
De l'avis du président de l'ONG "Action santé plus", Laurent Okou, l'excision se heurte certes aux réalités de la tradition par endroits, mais il ne faut pas baisser les bras.
"L'excision a des effets néfastes sur la santé de la femme. Il convient de faire passer ce message dans les villages, photos à l'appui", estime-t-il, ajoutant que si des exciseuses ont déposé les couteaux dans certaines régions pour rejoindre le mouvement de sensibilisation, c'est que les autres qui résistent encore peuvent se décider un jour d'abandonner la pratique.
"Nous connaissons tous l'importance de la tradition en Afrique. Pour espérer enrayer ce fléau, il faut de la patience. Avec nos parents des villages il faut aller avec tact", a préconisé pour sa part Robert Tan, un cadre de la région de l'ouest, résidant à Abidjan.
L'excision est une mutilation d'une partie intérieure de l'organe génital féminin. cette pratique traditionnelle est de plus en plus décriée avec le modernisme. Le gouvernement ivoirien a pris des dispositions légales pour sanctionner, mais est contrainte de retourner à la phase de sensibilisation en raison de la "profondeur" du mal dont l'origine se trouve dans la tradition.