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DOSSIER

Déferrements à la MACA: une expédition punitive
Dossier réalisé par Jack Louamy | 26/2/2010

Actualité

Il est un peu plus de 19h ce lundi. Nous sommes au parquet d'Abidjan Plateau. Les prévenus jusque là mis en garde à vue, sortent du violon tête baissée, le visage grave, et embarquent dans le fourgon, sous l'œil vigilant des policiers, armes au poing.

La porte du gigantisime véhicule pénitencier se referme sur la soixantaine de prévenus placés sous mandat de dépôt. L'air circule à peine dans ce bahut. La chaleur a atteint un seuil critique. Au milieu de cette foule compacte, la sueur colle à la peau. Un mélange d'odeur corporelle et de cigarette donne la nausée. Sur les visages, se lisent l'inquiétude, l'indignation, la peur ou même la révolte. L'heure est aux regrets pour biens de prévenus. Dans ce fourgon communément appelé « air Maca », sont entassées des personnes de tout âge, aussi bien des hommes que des femmes. Seulement, les femmes ont été mises dans un autre compartiment.

Le véhicule quitte enfin le parquet, non sans faire de bruit. Une sirène assourdissante retentie. Un détour est fait au parquet de Yopougon pour récupérer d'autres détenus puis, le fourgon prend la direction de la prison civile. Sans autre escale.

Environ une demi-heure plus tard, non loin de la zone industrielle de Yopougon et à proximité du parc national du Banco, la MACA nous ouvre ses portes. Les détenus descendent du fourgon. « Ah ! Ce sont les nouveaux voleurs là », Lance un homme en tenu. Sur le seuil, des gardes pénitenciers encore appelés « dakota », donnent des instructions. Ils sont en compagnie d'anciens détenus qui sont en corvées interne au sein de la prison. Ce sont les « requins ». Ces derniers intiment l'ordre aux nouveaux détenus de retirer leurs vêtements. « Tout le monde à poil », renchérit un garde pénitencier visiblement excité. Un refus, une question mal posée ou même une simple lenteur dans l'exécution de cet ordre et vous êtes passé à tabac. L'un des nouveaux détenus en a d'ailleurs fait les frais. C'est le début du calvaire. « Requins » et « dakota » s'adonnent avec joie à une partie de fouille corporelle. Tous les vêtements sont passés au peigne fin. Les « dakota » gardent par devers eux bijoux, ceintures, argent et téléphones cellulaires. Ils laissent ensuite les nouveaux détenus à la merci des « requins » et autres accompagnateurs. Ces derniers feront subir aux nouveaux détenus les pires humiliations et des pratiques d'intimidation.

Quand des prisonniers dirigent la prison
Une fois dans la cellule qui accueille les prévenus, les anciens prisonniers se livrent une nouvelle fois à des fouilles sur ces « mandats dépôts ». Ensuite, ils approchent certains d'entre eux pour le décalage; en d'autres termes, les « requins » proposent des cellules dites cellules responsables à ceux des prévenus qui le désire et ce, moyennant rémunération. 3000Fcfa pour être précis. A cela, le nouveau pensionnaire devra ajouter 10 000Fcfa de droit de cellule, plus 5 000Fcfa s'il veut dormir sur un badjô (lit).

A la MACA, chaque bâtiment est géré par un Chef bâtiment (CB) et son adjoint. Ils sont aidés dans leur tâche par un Chef palier central (CPC), des commis, des superviseurs, des porte-clés, des accompagnateurs et des requins. Ces prisonniers responsabilisés par l'administration pénitentiaire ont pour rôle de veiller à la sécurité de leurs co-détenus, ainsi qu'au respect des règles de la prison.

Diverses cotisations ont été instaurées entre les pensionnaires. Chaque semaine, plus exactement les samedis, chacun deux devra débourser entre 200 et 1000Fcfa (en fonction du type de cellule) pour le « baygon ». Cette cotisation obligatoire serait destinée à l'entretien des cellules. Elle est versée aux différents chefs de chambre ou à leur commissaire. Il y a aussi le « Sicogi » qui est destiné au lavage hebdomadaire des bâtiments. Celle-ci s'élève à 500Fcfa. Exceptionnellement chez les pensionnaires du bâtiment assimilé, une cotisation de 300Fcfa par semaine pour l'entretien de leur parloir s'ajoute à celles déjà citées plus haut.

Droits de l'homme bafoués
A la MACA, l'on a que faire du respect des droits humains. Ici, les droits de l'homme sont foulés au pied. D'abord les conditions de détention sont des plus déshumanisantes. A cela il faut ajouter le comportement inhumain des gardes, qui procèdent à la fermeture des grilles du bâtiment autour de 19hr. Après quoi, ils regagnent leur domicile, emportant avec eux les clés. Aucune permanence n'est assurée. Et c'est bien souvent que certains pensionnaires se retrouvent avec des morts dans leur cellule. Le malade ayant piqué une crise la nuit, rend l'âme des suites de son affection, étant donné qu'il n'a bénéficié d'aucune assistance médicale. Et c'est seulement le lendemain à 7h30, que les gardes arrivent pour l'ouverture des bâtiments. Hélas !

 

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