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DOSSIER

Les Ivoiriens redécouvrent la lumière des bougies et des lampes
Xinhua | 16/2/2010

Actualité

La Compagnie ivoirienne d'électricité (CIE) l'avait annoncé. C'est effectif. La Côte d'Ivoire vit, depuis quelques jours et pour quatre mois, au rythme du délestage. Des coupures du courant électrique qui obligent les Abidjanais, quotidiennement plongés dans le noir, à s'éclairer à la bougie ou à la lampe sans compter les conséquences au plan économique et social.

C'est pas possible !", peste un habitant du quartier de Yopougon. Ses paroles de colère sont couvertes par un brouhaha de désolation et de désapprobation qu'on entend de loin. La fourniture du courant électrique vient d'être interrompue. Comme presque tous les soirs, à partir de 19h, ce quartier populaire d'Abidjan vient d'être plongé dans l'obscurité totale.

La galère dans les foyers
Dans ce grand noir, quelques petites lueurs sont perceptibles dans les appartements.

"J'ai dû m'acheter une lampe à pile de fabrication chinoise peu coûteuse parce qu'avec les bougies, un moment d'inattention et un drame peut survenir", indique Pierre Koré, enseignant des lycées et collèges de son état.

Avec sa femme, il a rejoint, au bas de l'immeuble qu'ils habitent, trois autres voisins sortis spontanément prendre de l'air dès la coupure du courant.

"Moi, je suis encore à la bonne vieille bougie. Je n'ai pas encore rencontré les vendeurs de ces produits et ça me revient plus cher parce que les bougies de maintenant fondent comme beurre au soleil. Mais comment faire?", se résigne quelqu'un d'autre dans le groupe.

Cet autre habitant de l'immeuble, Abdoulyae Ouattara, ne décolère pas contre les interruptions de courant. "On ne peut plus regarder tranquillement la télévision le soir venu et il est difficile de dormir sans ventilateur à cause de la grande chaleur qu'il fait en cette période", lance-t-il dépité.

"Moi, j'ai trouvé la parade, je dors au balcon, les portes de l'appartement entrouvertes, et c'est au petit matin que je rejoins ma chambre", indique Pierre Koré.

Les trois hommes et la dame continuent de deviser et apprécient à leur façon la situation.

"En tant qu'enseignant, je n'arrive pas à préparer mes cours normalement mais je plains surtout les enfants contraints d'étudier à la lueur d'une bougie ou d'une lampe", déplore M. Koré.

"Ce qui est grave", selon M. Ouattara, "c'est que les coupures peuvent endommager nos appareils électroménagers avec le retour brutal de l'électricité".

"Et pour être remboursé, ce sont de longues procédures qui ne sont même pas sures d'aboutir", intervient l'autre membre du quatuor, coupant la parole à M. Ouattara avant de poursuivre : " Moi, ce qui m'énerve le plus dans tout ça, c'est qu'à la fin du mois, ils vont nous envoyer des factures élevées comme d'habitude".

Pour M. Ouattara qui travaille dans un supermarché de la capitale économique ivoirienne, le délestage rime avec insécurité. "C'est le temps des voleurs et des bandits qui profitent de l'obscurité et du sommeil des honnêtes gens pour sévir", relève-t- il.

"ça fait près de 30 ans qu'on a pas vécu ce genre de situation ", note songeur M. Koré qui se souvient du dernier délestage en Côte d'Ivoire en 1983.

"C'est inimaginable aujourd'hui ! Dans un pays qui vend l'électricité aux pays voisins", rétorque M. Ouattara qui dénonce le manque de prévision et la mauvaise gestion au sommet de l'Etat.

Mme Koré qui sent la causerie virée à la politique recentre le sujet avec ses préoccupations liées à la conservation des aliments. "J'ai l'habitude d'acheter le poisson et la viande pour tout le mois et je crains que ces produits ne pourrissent au frigo", s'inquiète-t-elle avant de se résoudre à faire le marché au quotidien ce qui va lui revenir plus cher.

C'est un bien moindre mal. Les petits artisans et les opérateurs économiques connaissent, eux, une paralysie presque totale de leurs activités et ne savent plus à quel saint se vouer.

Des conséquences économiques dommageables
Adekunlé Bola est vulcanisateur. Il ne peut pas travailler sans électricité. Quand vient la coupure, il reste oisif au milieu de ses pneumatiques et ces heures "creuses" n'arrangent pas ses affaires. Tout comme Rougeot, un coiffeur pour hommes basé dans la commune de Yopougon, qui voit dans le délestage un frein à ses activités.

"On a même pas le temps de prendre deux à trois têtes et le courant se coupe ; quand c'est comme ça, on croise les bras et on attend parfois de longues heures, parfois la demi journée", se lamente Rougeot.

"C'est avec ça que je me débrouille un peu en attendant de trouver mieux et si ça continue vraiment je ne sais pas comment je vais faire", ajoute-t-il revendiquant un brevet de technicien supérieur (BTS) en communication.

"Les affaires ne marchent plus. Avec les coupures, on ne peut pas utiliser la photocopieuse, les clients ne peuvent pas naviguer et on est obligé de fermer. On ne peut même plus faire 5000 francs CFA de recette par jour", se plaint ce gérant de cybercafé.

Mme Antoinette Laga, tenancière de bar à la Rue Princesse, le "coin le plus chaud" de Yopougon, n'estime pas non plus heureuse sa situation actuelle.

"Vraiment, le délestage va nous tuer. Les clients ne viennent plus comme avant. En cette période de grande chaleur, ils recherchent des boissons très fraîches. Avec les coupures, je suis obligée d'acheter de la glace et ils se plaignent que mes boissons ne sont pas fraîches comme il faut et ils se tirent", raconte-t- elle.

Elle indique que des concurrents ont acheté des groupes électrogènes pour alimenter leur réseau électrique quand il y a interruption du courant.

"Un petit groupe électrogène aujourd'hui, c'est pas moins de 300 000 FCFA. Rien ne marche; où je vais enlever l'argent pour faire cet investissement?", s'interroge Mme Laga.

De fait les opérateurs économiques d'un certain calibre ont trouvé la parade qui consiste à s'équiper d'un groupe électrogène quitte à augmenter le chapitre des dépenses.

Mais ce n'est pas une panacée et ce gérant d'hôtel raconte son calvaire. "Le groupe électrogène ne résout pas à 100% le problème. Celui que nous avons ne peut pas faire tourner tous les climatiseurs et on est obligé de rationner sans compter que l'entretien du groupe nous revient cher", indique-t-il.

Les associations de consommateurs sont montés au créneau et interpelle l'Etat. "Avec l'augmentation du prix du carburant à la pompe, le délestage en cette situation sociopolitique critique est un cocktail molotov. La population ne supportera pas longtemps et il faut craindre des manifestations de rue", prévient un responsable d'association.

 

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