
Naky Sy Savane
Elle se définit en tant que personne sans complexe vis-à-vis des autres comédiens.
Née en Côte d'Ivoire, Naky Sy Savane se fait tôt connaître sur les planches. Elle obtient une formation sur le tas grâce à la complicité de Saidou Boskoum, professionnel guinéen dans le théâtre.
Elle ne tarde pas à convaincre le réalisateur Henri Duparc, qui l'engage dès 1988 pour tenir un rôle dans le film Bal poussière, une comédie gaie et vive sur le sujet complexe de la polygamie. Elle poursuit son travail au théâtre parce que, avoue-t-elle "le théâtre et le cinéma se complètent: j'y porte ma passion avant toute chose". Un choix personnel, en dépit des réticences de ses parents, eux qui puisent des valeurs dans des principes et des intérêts en accord avec les attentes des Imams. Ces derniers, à l'instar des gardiens de l'ordre moral islamique voient dans le choix de Naky une contestation en douce de l'ordre établi. Ils auraient souhaité que l'actrice fonde une famille ou poursuive des études coraniques en Arabie Saoudite. C'est dire combien la religion prédétermine le présent et oriente l'avenir de nombreuses personnes dans la société africaine.
Célibataire, Naky Sy Savane avoue ne s'être pas détournée de l'ordre islamique et que le destin a décidé de son sort. Cela lui confère un statut social à sa convenance et rien de plus. Elle n'a pas mauvaise conscience et estime, au contraire que "le cinéma, comme l'église, est une alternative pour s'ouvrir à d'autres formes de dogmes ou prêcher la bonne parole."
père mi-figue mi-raisin qui la rassurait l'autre jour en ces termes: "pourvu que tu n'oublies pas tes prières pour savoir qui tu es vraiment." A la suite de cette carte blanche, elle persiste et signe en 1988 un rôle dans Les Guérisseurs de l'Ivoirien Bakaba Sidiki. C'est une fiction policière dans laquelle sexe, violence et traditions s'entrecroisent. En 1990, elle est actrice dans le Sixième doigts, une comédie signée Henri Duparc. Son talent est incontestable dans le film "Au nom du Christ" du cinéaste Roger Gnoan M'Bala. Ce dernier est le réalisateur connu de Ablakon (une satire contre la corruption et l'abus de pouvoir) et de Bouka (une dualité entre animisme et christianisme).
Le scénario de "Au nom du Christ" a été réalisé en collaboration avec l'écrivain Jean-Marie Adiaffi et du scénariste Bertin Akaffou, sur fond de musique de la secte iri (porteurs d'eau). Le film stigmatise la prolifération éhontée des sectes et leurs aberrations dans une Afrique à cheval sur les traditions, le modernisme et le pouvoir. En effet, le film met en exergue les extrêmes convictions du prophète Magloire 1er, auteur de quelques exploits sortant de l'ordinaire: il délivre de la folie une patiente avant de la prendre en mariage, tandis qu'une femme jusque là stérile conçoit de ses oeuvres. N'en déplaise son entourage, qui assimile ces "miracles" à la supercherie. A l'actif de Magloire 1er, d'autres rapports adultérins qu'il entretiendra avec des femmes de ses fidèles. Blasphématoire, diront des voix autorisées à la sortie du film. Paradoxale, les disciples incrédules voient en Magloire 1er le prophète, si pas une divinité incontestable. Vacillant sur son trône et voyant le pouvoir lui échapper, le prophète décide de se faire crucifier à l'image du Christ. Fable ironique sur fond d'événements de la foi, ce film a remporté, dans un passé récent, au FESPACO, le Grand Prix "Afrique en création". Il a l'avantage de faire la part belle à plusieurs promesses du cinéma africain. Naky Sy Savane y est sans égal.
Naky Sy Savane continue d'aimer le théâtre dont elle ne quitte que rarement les planches. D'autres rôles lui sont confiées dans des courts métrages de cinéastes et réalisateurs africains.