
De l'intégration des femmes et la gendarmerie nationale de Côte d'Ivoire
Le mercredi 30 janvier 2008, le quotidien ivoirien Nord-Sud a publié un article relatif à la question de l'intégration de la femme à la gendarmerie Nationale de Côte d'Ivoire.
Cet article rend compte d'une enquête menée au sein de la Gendarmerie pour s'imprégner des opinions de ses éléments sur le sujet. Le numéro du lendemain du même quotidien revient sur le sujet en nous livrant cette fois les réactions des associations féministes suite à l'article de la veille. Des divers arguments développés par les uns et les autres, L'APROGED aimerait faire quelques commentaires bien avisés. Trois points seront ici abordés.
1- Les arguments qui fondent l'hostilité des gendarmes.
2- Les arguments de ceux qui sont favorables à l'intégration des femmes.
3- La légalité de cette discrimination.
1- Les gendarmes fondent leur hostilité sur la présumé fragilité foncière de la gente féminine. Cette façon de percevoir la femme n'est pas l'apanage des seuls gendarmes. Cette opinion est notoire. N'est ce pas d'ailleurs une métaphore de la langue de Molière que de désigner la femme par l'expression « sexe faible » ? Cette perception générale de la femme tient son essence de nombreux stéréotypes que nous avons analysé ailleurs et que les gendarmes expriment bien dans l'article du 30 janvier. Mais, s'il y a une chose qui est bien curieuse, c'est celle ci : si les gendarmes sont sûrs de leurs affirmations, à savoir qu'aucune femme ne pourrait passer avec brio les épreuves physiques du concours de gendarmerie, pourquoi ne leur laisse t-on pas alors l'occasion de s'y présenter afin d'échouer au vu et au su de tous. De la sorte, la Gendarmerie aura au moins de son coté l'opinion publique qu'elle aura prise à témoin. En refusant d'office l'intégration des femmes à leurs cotés sans jamais chercher à les mettre à l'épreuve, les gendarmes ivoiriens font de leurs opinions de simples préjugés. Or, un préjugé est ce que son nom indique : une opinion admise avant le jugement ; ce qui précède le jugement et qui comme tel n'a aucune légitimité. Il ne s'agit donc pas d'être pour ou contre l'intégration des femmes à la gendarmerie nationale de Côte d'ivoire en spéculant sur l'aptitude physique de la gente féminine. Il s'agit tout simplement de mettre les femmes qui le souhaitent à l'épreuve. Si elles ont les aptitudes physiques pour être gendarmes ou non, seuls les épreuves physiques du concours de Gendarmerie sont en mesure d'apporter une réponse. Pour cela, il faut bien qu'elles aient l'opportunité d'y postuler. Cest seulement ainsi qu'on pourra savoir si les arguments des gendarmes sont fondés ou si ce ne sont que de simples préjugés. Nous ne reviendrons pas ici sur l'idée selon laquelle les femmes seraient trop bavardes pour pouvoir garder le secret militaire, une des conditions morales à remplir pour être bon gendarme. Cette idée est tellement grotesque qu'elle ne mérite pas une seconde de peine dans un débat aussi important que celui-ci.
2- Les avis favorables que nous apportent les deux articles de Nord-Sud sont ceux des associations féministes et celui du chef de l'Etat, chef suprême des armées en personne. Selon eux, la Gendarmerie pourrait aisément intégrer les femmes dans la mesure où elles peuvent assurer ses missions administratives et judiciaires. Cependant à regarder de plus près, ces avis ne militent réellement pour la femme gendarme. On peut le dire parce que vouloir confiner la femme uniquement dans les missions administratives et judiciaires, c'est vouloir en faire des sous-gendarmes et, donc des non-gendarmes et Mme Salimata Porquet du CIFEM fait bien de s'offusquer contre cette façon d'entrevoir la femme gendarme. Dans la mesure où la gendarmerie se définit comme « une force militaire instituée pour veiller à la sûreté publique, au maintien de l'ordre et à l'exécution des lois dans le but de protéger les institutions, les personnes et les biens » , elle ne se réduit pas à un rôle de police judiciaire et administrative. A cela, tous semblent y consentir. On est donc tous d'avis que ce n'est que certains des attributs de la Gendarmerie d'être police administrative ce qui « a pour but de maintenir l'ordre public, d'assurer la sécurité individuelle et de veiller à l'exécution des lois et règlements » ou police judiciaire, c'est-à-dire avoir « pour but de constater les infractions des lois pénales, d'en rassembler les preuves, d'en rechercher les auteurs. » D'ailleurs, ces fonctions de police administrative et judiciaire telles que définit par les textes de la gendarmerie elle-même ne sont pas aussi bureaucratiques que certains semblent le croire. On le voit bien à travers les définitions de l'administratif et du judiciaire sus mentionnées. Mais le point sur lequel il faut revenir, c'est bien celui selon lequel le gendarme est avant et après tout un militaire. La gendarmerie est bien une force de police, mais une force de police à caractère militaire. Et ce caractère militaire n'est nullement secondaire : il est de l'essence propre de ce corps de l'armée. Oui, la Gendarmerie est une branche de l'armée. C'est pour cela qu'en France elle est appelée la quatrième armée, soit Forces terrestres, Forces aériennes, Marine, Gendarmerie. C'est aussi pour cette raison qu'en Cote d'ivoire elle dépend non pas du ministère de l'intérieur à l'instar de la Police nationale, mais du ministère de la défense comme les Forces Armées Nationales de Cote d'ivoire (FANCI). En conséquence vouloir des femmes gendarmes, c'est les entrevoir aussi dans des missions militaires, c'est-à-dire les entrevoir comme étant capables de faire la guerre. Me Diallo Geneviève des Femmes juristes de Cote d'ivoire donne à juste titre l'exemple des femmes au front en Israël pour dire que cela n'est pas impossible.
3- Dans une étude déjà réalisée, l'APROGED a chercher à savoir la légalité de cette exclusion. Et là nous avons découvert comme Mme Sangaré Namizata de l'OFACI qu'il n'y a aucun texte qui interdit la Gendarmerie aux femmes. Cette discrimination est contraire aux conventions internationales, au code de la fonction publique et surtout à la constitution de la République de Cote d'ivoire à laquelle la loyauté de la Gendarmerie est connue de tous. Que la Gendarmerie viole la loi fondamentale qu'elle a toujours défendu avec ardeur n'est pourtant pas le fait le plus scandaleux. Là où on est au summum du scandale, c'est quand on découvre qu'aucune disposition des nombreux textes qui régissent la Gendarmerie elle-même ne légitime cette discrimination. En effet, du Recueil de textes réglementaires au Règlement sur le service de la gendarmerie, aussi bien son règlement de discipline générale que son règlement du service de garnison, rien ne fonde l'exclusion des femmes. Le texte qui lance chaque année le concours de gendarmerie est lui aussi muet sur le sujet. Ce texte donne seulement quatre (4) conditions à remplir pour se présenter au concours.
1- Etre de nationalité ivoirienne
2- Etre âgé de 18 ans au minimum et de 25 ans maximum
3- Mesurer au moins 1,68 m
4- Etre titulaire du BEPC ou de tout autre diplôme équivalent.
On le voit bien, aucune de ces conditions ne fait mention de ce qu'une femme ne peut postuler au concours de Gendarmerie. On ne comprend pas alors pourquoi on ne leur permet pas de s'y inscrire. Cela révèle simplement ceci : l'exclusion des femmes de la Gendarmerie nationale de Cote d'ivoire est non seulement illégale, mais aussi et surtout arbitraire dans la mesure où elle ne se fondent sur rien de positif. Tout porte à croire qu'elle relève du simple coup de tête. Nous livrerons très bientôt sur le site Web de l'APROGED des études que nous menons à ce niveau.
YAO Konan Jean Marc,
yaokjmarc@yahoo.fr
+225 05534653
Chargé d'Etudes, Formations et Recherches à l'APROGED
(Association pour la Promotion du Genre et du Développement Durable)
Site: www.aproged.over-blog.fr // E-mail: aproged@yahoo.fr / BP: 22 BP 368 ABIBJAN 22
NB: M. YAO Konan Jean Marc et l'APROGED ont fait de la promotion du genre leur cheval de bataille