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ACTUALITE DES REGIONS

Désenclavement : Tout Jacqueville attend le pont de la délivrance
Fraternité Matin | 9/7/2009

Le Chef de l'Etat va poser, demain, la première pierre d'un ouvrage d'art sur la lagune Ebrié, qui viendra désenclaver tout le pays Alladjan.

L'accès à la commune de Jacqueville reste encore mal aisé dans bien des cas. Avec l'utilisation d'un bac, pour la traversée de la lagune Ebrié qui borde le département. Une situation qui remonte à plusieurs décennies et qui empêche le décollage tous azimuts de la circonscription. Le potentiel économique de la localité n'est pourtant pas négligeable en soi, qui aurait pu conduire les pouvoirs publics à désenclaver le département. Et cela en construisant un pont sur la lagune du temps de vaches grasses qu'a connu ce pays. Le projet, moult fois annoncé, tardait à voir le jour. Mais avec la pose de la première pierre de ce pont qui aura lieu demain par le Président Gbagbo, toutes les composantes de la population du département prient ardemment, afin que l'amorce de ses travaux soit effective. Pour tout dire, c'est tout Jacqueville qui attend ce pont, perçu comme celui de la délivrance, tant il est vrai qu'il viendra ouvrir le département sur l'extérieur. Et partant, favoriser la ruée des investisseurs, dont l'inexistence de cet ouvrage d'art a toujours découragé la plupart à venir entreprendre dans la localité. Le bac étant perçu par les uns et les autres comme un moyen de locomotion peu fiable, fonctionnant avec de nombreux risques. «C'est du reste l'une des raisons de la délocalisation de la Sicor à Abidjan par ses promoteurs, qui disent n'avoir finalement pas pu supporter les aléas et autres interminables attentes dont leurs camions chargés de produits étaient régulièrement l'objet, lorsqu'il s'agissait d'emprunter le bac. Cela représentait des manques à gagner énormes pour cette société», révèle le directeur départemental de l'agriculture, M. Man Wonhia Sylvain.

Conséquence : ce sont plus de 300 ex-employés de cette entreprise qui, à ce jour, broient du noir. Département propice à l'exploitation du pétrole et du gaz, de même qu'à l'agriculture avec d'importantes superficies de terre arables et une bonne pluviométrie. Les productions cacaoyères, caféières, hévéicoles, de palmier à huile et de coco n'ont pas connu de la part des paysans le développement qui devait être le leur. Les difficultés liées à l'acheminement des productions, dans la grande zone d'achat que représente Abidjan, ont freiné l'ardeur des uns et des autres à faire mieux. L'implantation d'unités de transformation, tant souhaitée, ne s'est pas faite non plus comme il se doit. En vérité, le bac ne fait pas l'affaire des opérateurs économiques. Il commence ses services à 6h et les arrête à 20h. Ce délai est prolongé à 21 h au cours des week-ends. Ces horaires ne sont pas toujours respectés. Et pis, les pannes de cette embarcation sont courantes et coûtent souvent des heures, voire des jours d'attente et de patience aux commerçants, transporteurs et autres. Du fait d'une panne, il peut arriver qu'il s'immobilise en pleine lagune, ou encore être dévié de sa trajectoire initiale par le courant de l'eau. Autant de désagréments qui entravent la rentabilité des affaires. Les productrices d'attiéké en font pratiquement les frais au quotidien. Elles sont ce faisant à la merci des transporteurs. «Le transport de l'attiéké par le bac est difficile. Nous payons 1000F cfa par sac aux transporteurs. Mais une fois la traversée effectuée, il est fréquent que les mini-cars ne nous déposent pas à Port –Bouët notre destination, arguant qu'ils ont mis trop de temps à attendre le bac. C'est parce qu'il n'y a pas suffisamment de transporteurs organisés ici que nous subissons tout cela. Et cette insuffisance de sociétés est imputable à l'absence d'un pont nous reliant à Abidjan», soutient Mme Boni Dja Bra Adrienne, productrice d'attiéké dans le village d'Ahua. Pour ne pas avoir à payer environ 5400 Fcfa en aller et retour, lorsqu'elle transporte son attiéké du village de Ada à Abidjan, dame Boizi Yevou Charlotte confie sa production aux transporteurs pour 2000 Fcfa, qui se chargent de l'acheminer à destination. Mais, indique-t-elle, «cette solution est bien souvent risquée, parce que les sacs se perdent en cours de route et les transporteurs ne remboursent ni les 2000 Fcfa, ni la valeur de la quantité d'attiéké perdue», explique-t-elle.

Pour mettre leurs passagers à l'abri des aléas et autres désagréments du bac, un groupe de transporteurs, apparemment bien organisé, a mis en circulation une pinasse qui assure la traversée de ceux-ci. Sur les deux rives attendent des mini-cars qui transportent leurs voyageurs, aussi bien à Jacqueville qu'à Abidjan. Toutefois, la pinasse, comme les multiples autres pirogues qui offrent leurs services à la population, sont loin d'être des embarcations sûres, garanties. Le seul relatif avantage que leurs utilisateurs ont, c'est de pouvoir l'emprunter quand le bac n'arrive pas. De plus, comme le confie Kouadio Armand, chauffeur, ils ne peuvent prendre les passagers qui ont beaucoup de bagages, notamment les commerçants. «Parce que les chargements et déchargements des bagages sur les deux rives, nous prennent trop de temps», se justifie-t-il.

La nouvelle de la pose de la première de ce pont a mis du baume au cœur des opérateurs du secteur touristique et hôtelier. D'autant qu'ils voient déjà venir un développement inévitable de ce secteur qui recèle beaucoup de potentialités dans la région. Ce sera la fin des récurrents déboires que les uns et les autres ont connus avec le bac. «Je n'oublierai jamais ces nombreux touristes que je devais recevoir dans mon cadre et qui ont dû rebrousser chemin après de longues attentes du bac, qui n'est finalement pas venu ce jour-là», nous apprend M. Emien Aka Batimé Papa John, gestionnaire de plage. Il ajoute : «nous prions tous, pour que cette première pierre ne reste pas dans l'eau…».

Moussa Touré

 

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