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Avenirs humanitaires – « Une complexité exponentielle »
irinnews.org  [ 26/7/2008 ]

Littérature

Nous sommes en 2018. La Corne de l'Afrique est accablée par une crise majeure qui mêle à la fois la sécheresse et d'importantes migrations de population, au désespoir des communautés urbaines. Or, la région ne dispose guère de filets de protection pour faire face à cette situation.

Dans le même temps, un grave séisme vient de toucher la Californie, sur la faille de San Andreas. Les agences gouvernementales et les organisations non-gouvernementales (ONG) américaines ne savent déjà plus où donner de la tête.

Mais grâce au plan de contingence lancé 10 ans plus tôt, un réseau a été créé, renforcé par l'innovation et la participation de nouveaux acteurs, qui permettra de porter secours à la Corne de l'Afrique.

En effet, les ONG travaillent déjà avec un partenaire différent, la diaspora africaine d'Europe et d'ailleurs, en vue de renforcer un système destiné à protéger des populations autrement démunies. Dans le cadre d'une nouvelle forme de collaboration avec le secteur des entreprises, les sociétés mettent la main à la pâte pour protéger leurs intérêts.

Telle est la vision du Humanitarian Futures Programme (HFP) du King's College de l'Université de Londres, qui vise à améliorer la réflexion stratégique des organisations humanitaires en prévision de crises futures, plus incertaines, plus dynamiques et plus complexes.

Planifier 15 ans à l'avance, un impératif

Randolph Kent, directeur du HFP et ancien coordinateur humanitaire des Nations Unies en Somalie, est profondément convaincu du fait qu'en termes de prévoyance et de plans d'urgence, les humanitaires devraient prévoir leurs interventions 15 ans à l'avance, voire plus.

M. Kent a récemment assisté à un « laboratoire d'innovation », au Massachusetts Institute of Technology (MIT), aux Etats-Unis.

« Je peux vous assurer que ce à quoi les organisations humanitaires ne pensent peut-être pas (mais à quoi elles devraient penser) est exactement ce à quoi pense le secteur des entreprises et qu'il fait très, très bien », a-t-il expliqué à IRIN. « On ne peut pas prédire l'avenir, mais on peut être sensible à la dynamique du changement et bien plus sensible à ce qui pourrait advenir, et dans un sens, cela demande toute une construction institutionnelle que les Nations Unies doivent envisager ».

Les agences des Nations Unies font partie des organisations avec lesquelles le HFP collabore.

« Ce n'est pas Nostradamus. Il ne s'agit pas uniquement de situations sinistres. Ce qui est tellement sensationnel, à notre époque, c'est que nous avons l'occasion (scientifique, technologique et socioscientifique) de trouver une innovation qui pourra et devra être appliquée à notre manière de penser, dans le futur », a expliqué M. Kent.

L'exemple du Myanmar

La vague de destruction provoquée par le cyclone qui s'est abattu sur le Myanmar en mai est un exemple récent de cas où une telle stratégie aurait pu être utile.

Ben Ramalingam est directeur du service de recherche et développement de l'Active learning network for accountability and performance in humanitarian action (ALNAP), un forum inter-organisations international qui s'efforce d'améliorer la qualité de l'action humanitaire.

Selon lui, deux évidences étaient bien connues au sujet du Myanmar : d'une part, la vulnérabilité des régions du delta en Asie du Sud et d'autre part, l'aversion du gouvernement militaire envers les étrangers.

« On savait que beaucoup d'organisations internationales attendaient depuis des années d'être autorisées à se rendre au Myanmar », a-t-il expliqué à IRIN. « Les agences et les ONG auraient très bien pu se préparer pour une éventualité de ce type en cherchant à nouer des partenariats avec les organisations locales, étant donné que les organisations locales et asiatiques, elles, ont pu se rendre dans le delta ravagé de l'Irrawaddy [ou Ayeyarwady] ».

L'une des prémisses du HFP repose sur la complexité exponentielle des crises à venir, surtout à l'époque du réchauffement climatique.

« Il n'y aura que peu, voire pas, de crises humanitaires dont les dimensions ne seront pas simultanées, multiples, en cascade ou mondiales-locales », selon un rapport. « L'agent de crise humanitaire unique, encore cité dans une bonne partie des reportages publics actuels, et même reflété, dans une certaine mesure, dans les activités de préparation et d'intervention des organisations humanitaires, est une caractéristique qui appartient de plus en plus au passé ».

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