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L'Iran ou la perception d'une crise grandissante
BBC Afrique  [ 14/7/2008 ]

Littérature

Au lendemain des essais de missiles ballistiques en Iran qui ont provoqué un lever de bouclier international, les Unes des journaux iraniens affichent des photos montrant les engins dans leurs montées vertigineuses vers le ciel.

Dans la tonalité de la presse nationale, il y a une certaine note de fierté, et peut-être une note de satisfaction de voir enfin l'Iran retenir l'attention du monde entier.

Depuis des jours, les officiers militaires iraniens ont multiplié les avertissements, soutenant que l'Iran répondrait à toute agression.

Le chef des Gardes Révolutionnaires, le général Mohammad Ali Jafari, a menacé de bloquer l'Etroit d'Hormuz; l'étroit où transite une importante quantité des approvisionnements mondiaux de pétrole.

Un autre officier a déclaré que les intérets américains et israéliens dans le Golfe seront les premières cibles d'éventuelles réprésailles.

Et comme si le message n'était pas assez clair, un autre commandant ajoute que l'ordre a été pour le creusage de 320 mille tombes dans les provinces frontalières où seront enterrés les corps des éventuels soldats envahisseurs.

Un autre facteur dans cette tension qui pourrait escalader avec l'Iran: la perspective de l'élection de Barack Obama comme successeur de Bush.

Le candidat démocrate prône des négociations inconditionnelles avec Téhéran; ce qui est potentiellement effroyable pour les israéliens tandis que les iraniens s'en inspirent pour jouer à gagner du temps.

En Israël, le premier ministre Ehoud Olmert aussi pourrait perdre le pouvoir en septembre et c'est une donne à prendre en compte.

Pour la pire ou la meilleure des raisons, cela pourrait précipiter Israël dans une campagne militaire.

Et il y a cet autre facteur. Le président Ahmadinejad, lui-même, fait face à des critiques croissantes pour l'état piteux de l'économie nationale dans un contexte où il se prépare à solliciter une réélection l'année prochaine.

Incitations

Au-delà de la note de bravade dans cette parade iranienne de mercredi, tout semble indiquer que l'Iran prend maintenant au sérieux les menaces d'attaque israéliennes.

Et ce qui aurait provoqué cette agitation, c'est les récents exercises militaires israéliens qui étaient apparemment des similations de frappes contre les installations nucléaires iraniennes.

Cépendant il se peut que les tests de missiles ne soient pas que de la défiance comme on pourrait le croire.

Le mois dernier, le chef de la diplomatie européenne Xavier Solana, en déplacement à Téhéran, y avait amené un lot de "faveurs incitatives" dont l'objectif est d'encourager l'Iran à retourner à la table des négociations.

Des "incitations" similaires avaient été offertes il y a deux ans à l'Iran qui les avait rejetées.

Mais cette fois-ci, avec le discours de guerre qui profuse, l'Iran se fait plus circonspect.

Ali Akbar Velayati, le conseiller aux affaires étrangères du Guide Suprême iranien, l'Ayatollah Ali Khamenei, a déclaré que l'Iran devrait accepter les propositions de l'Union Européenne, ou tout au moins, à se résoudre à négocier.

Mais Ali Velayati et le porte-parole du président Mahmoud Ahmadinejad ont vite fait savoir que négocier ne signifie pas pour l'Iran de transiger sur sa politique nucléaire.

La position iranienne se précisera les jours à venir et l'on saura si des pourparlers avec Solana auront lieu et si l'Iran voudrait accepter la proposition de géler son programme nucléaire en échange d'un gel des sanctions.

Gouvernements faibles

Il faut aussi souligner que l'étau des sanctions économiques s'est un peu resseré autour de l'Iran.

L'Union Européenne a récemment pris des mesures contre la Banque Melli, et la banque qui gèrent le gros des transactions entre l'Iran et l'Europe.

Ce ne sont pas des sanctions impossibles à contourner, mais elles constituent la toute récente étape dans le processus qui, à terme, devrait isoler l'Iran du système de la finance internationale.

Et il y a d'autre facteurs qui renforce cette atmosphère de crise.

Le temps qui reste au président Bush à passer au pouvoir est désormais compté et envisager une action militaire contre l'Iran impliquera une course contre la montre.

On est alors en présence de protagonistes dont les governements sont affaiblis par des conjonctures politiques, et cela n'est jamais une bonne formule pour la prise de décisions rationnelles.

Au fond de tableau, on remarque qu'au fur et à mesure que les voix modérées se noient, l'espace pour le compromis se rétrécie.

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