
Somalie: recrudescence des actes de piraterie en mer
Les pirates qui menacent la navigation commerciale au large des côtes de l'Afrique de l'est intensifient leurs activités, selon le contre-amiral britannnique Peter Hudson, qui commande les navires de guerre déployés par l'Union européenne dans le secteur pour tenter de les contrer. Pour lui, les marines internationales doivent maintenant réagir en coopérant plus étroitement en en concentrant leurs forces.
Selon la force navale européenne (Navfor), les pirates sont tout particulièrement actifs dans le secteur du bassin somalien, c'est à dire la partie de l'océan indien au large de la Somalie. Le contre-amiral Hudson précise que leur tactique consiste à chercher à submerger les unités déployées contre eux. Mais il affirme que ces dernières ont déjà pu réduire le nombre des attaques réussies contre la navigation internationale.
Peter Hudson est formel: "en déployant correctement nos avions" déclare-t-il, "et en positionnant nos navires là où il le fallait, nous avons pu disperser et démanteler plus d'une vingtaine de groupes de pirates, et perturber sérieusement leurs activités".
Le contre-amiral britannique ajoute que le nombre des suspects en prison qui attendent de passer en justice au Kenya et aux Seychelles a aussi augmenté de façon significative.
Reste que le niveau d'activité des pirates indique qu'ils sont encore nombreux. Selon le contre-amiral, ils sont encore quelques milliers à participer, directement ou non, à ces opérations.
Rayon d'action accru
Ils partent de camps de fortune à bord de vedettes qui font office de navires ravitailleurs, accompagnés d'esquifs plus petits qui servent à attaquer les navires. Ils capturent aussi des boutres pour des opérations à plus longue distance.
Selon l'Union européenne, le fait que les pirates ont accru leur rayon d'action est dû en partie au fait que les unités navales déployées contre eux les ont forcés à opérer plus loin de leurs bases.
Il y a cinq ans, leur rayon d'action maximum était de 278 km. Mais récemment, ils ont attaqué un navire à plus de 2000 kms des côtes somaliennes, à 926 kms à peine de l'Inde.
Maintenant, les unités navales internationales font surtout porter leurs efforts sur le Golfe d'Aden, où l'on relève une concentraton importante de mouvements maritimes - environ 30.000 par an.
Mais l'Union européenne a aussi pour mission d'escorter les bateaux du Programme alimentaire mondial (le PAM) amenant de l'aide internationale en Somalie. Et ceci a pour effet de réduire le nombre des vaisseaux disponibles pour opérer dans le reste de la région.
Coopération renforcée
Pour les marines déployées au large de la Somalie, la question est de savoir pourquoi, avec leur équipement et leurs capacités ultra-modernes, elles n'arrivent toujours pas à venir à bout d'un fléau constitué essentiellement d'hommes à bord de petites embarcations motorisées.
Le contre-amiral Hudson donne une raison, soulignant que l'Union européenne ne déploie qu'une vingtaine de navires sur une superficie énorme, dépassant par exemple celle de l'Allemagne. Mais il ajoute que la coopération internationale s'est sensiblement accrue.
Selon lui, la priorité pour les forces alliées va être maintenant de coopérer plus étroitement pour réduire les risques dans les secteurs-clés.
Le contre-amiral Hudson explique: "nous allons utiliser nos sources de renseignements, nos appareils de patrouilles aéronavals, nos relations avec la région, ainsi qu'avec nos partenaires, l'Inde et la Chine, pour pouvoir mieux concentrer notre action".
Mais le commandant de la force de l'Union européenne reconnaît que les forces navales ne pourront pas résoudre complètement le problème de la piraterie.
"A la longue, c'est à terre, et non en mer, que le problème sera réglé" estime le contre-amiral Hudson, qui ajoute: "en attendant, nous devons essayer de réduire les risques autant que nous le pouvons".