
La question de la succession d'Omar Bongo Ondimba
Après 41 ans de pouvoir sans partage, la succession d'Omar Bongo Ondimba s'annonce d'autant plus difficile que le Président n'a jamais désigné de successeur.
Selon la Constitution gabonaise, le président du Sénat, actuellement Mme Rose Francine Rogombé, doit assurer la transition jusqu'à un scrutin à programmer au plus tard 45 jours après le constat de la vacance du pouvoir.
Le leader de l'UPG, l'Union du peuple gabonais, considéré comme le principal opposant au régime, a déclaré le mois dernier à Libreville, que l'échéance électorale doit être respectée, de même que la constitution.
Cette mise au point était intervenue tandis que les rumeurs allaient bon train au sein de la classe politique gabonaise quant à la possibilité pour le fils du Président, Ali Ben Bongo, de succéder à son père.
Les Gabonais justifient leur crainte par le précédent togolais, avec l'accession au pouvoir de Faure Gnassingbé, à la mort de son père, après de nombreuses violences politiques.
"C'est une épidémie en Afrique. Regardez le cas du Togo, où Faure a succédé à son père, du Sénégal, où Karim Wade est perçu, à tort ou à raison comme un successeur potentiel du chef de l'Etat ; regardez le cas de la Libye, avec Seïf el Islam. Nous n'allons pas permettre cela au Gabon", explique un habitant de Libreville.
Il est vrai que le fils du Président occupe une place de premier plan au sein de l'appareil politique et sécuritaire gabonais.
Ministre de la Défense depuis 1999, ce juriste de 50 ans a aussi servi comme ministre des Affaires étrangères de son pays, dès l'âge de… 29 ans.
C'est dire s'il connaît bien les arcanes du pouvoir gabonais.
Mais de quelle marge de manœuvre dispose-t-il réellement pour succéder à son père, si tant est qu'il en nourrisse l'ambition ?
Car, Ali Ben Bongo s'est toujours défendu de vouloir succéder à son père. La question lui a été posée à plusieurs reprises ; chaque fois, il s'est contenté de répondre avec son calme habituel, que "le Gabon n'est pas une monarchie."
Mobilisation
Une chose est sûre : l'opposition gabonaise n'entend pas se fier aux déclarations du ministre de la Défense et des caciques du pouvoir. Tout en assurant le service minimum face à la mémoire du président défunt, elle appelle à la mobilisation, pour "mettre fin à quarante-un ans de régime Bongo."
Autre facteur devant peser lourd dans l'avenir immédiat du Gabon : la situation économique et sociale, qui n'est pas des plus reluisantes.
Jadis considéré comme un petit eldorado pétrolier africain, le pays, exportateur de matières premières et importateur de biens manufacturés, est touché de plein fouet par la crise, victime de longues années d'une gestion sans diversification de
l'économie et gangrené par la corruption.
Les mouvements de grève dans la fonction publique se sont multipliés ces derniers mois et selon les experts, le risque d'explosion sociale existe.
Toutefois le pouvoir cherche visiblement à le réduire : l'armée s'est montrée très présente dans les "matitis" (quartiers populaires) à Libreville depuis plusieurs semaines.
Equilibre interethnique
Sur le plan ethnique, le Gabon est composé d'une constellation d'ethnies dont la plus importante est celle des Fangs (40%). Le président Bongo avait réussi à instaurer un savant équilibre des pouvoirs entre ces ethnies, et sa mort risque de changer la donne. Néanmoins selon les experts, des violences ethniques sont peu probables.
Avec la mort d'Omar Bongo, c'est sans doute une page des relations entre la France et le Gabon qui se tourne.
Si Jacques Foccart, à l'époque tout puissant secrétaire général de l'Elysée aux affaires africaines, avait mis en place Bongo à la mort du président Léon Mba, à la fin 1967, selon des historiens, la France devrait cette fois rester éloignée de la bataille de succession.
Le rôle de la France
En coulisses, le mot d'ordre est "laisser faire", selon des sources diplomatiques françaises.
Ces dernières années, les relations s'étaient tendues entre le dirigeant gabonais et l'ancienne puissance coloniale. Le président Bongo, qui se targuait d'avoir connu personnellement tous les présidents français depuis son arrivée au pouvoir, n'avait pas apprécié les déclarations de la présidence française promettant la fin de la "Françafrique".
Mais, surtout, il acceptait mal à la fois les révélations de la presse sur son patrimoine immobilier en France, et la procédure engagée par des ONG l'accusant d'avoir financé ses biens avec de l'argent public détourné.