
Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan : un mouroir
La Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (MACA), n'est plus que l'ombre d'elle-même. Bâtiments dégradés, manque d'infrastructures, installations sanitaires vétustes et dégradées… Le plus important établissement pénitencier de Côte d'Ivoire est aujourd'hui un véritable mouroir où croupissent des détenus, privés de tous droits. Incursion dans cet univers carcéral où dit on, « souris mange chat ».
Précédemment située en face du palais de justice d'Abidjan Plateau, précisément à l'endroit où se trouve l'actuelle cathédrale Saint Paul, la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (MACA), a été délocalisée dans la commune de Yopougon, au quartier Andokoi, à proximité du parc national du Banco. Inaugurée le 03 mars 1980, la MACA initialement prévue pour 1500 personnes, abrite aujourd'hui plus de 6000 pensionnaires dont 70 mineurs et environ 200 femmes. Tout ce beau monde est soumis à un traitement des plus déshumanisants, à cause des conditions de détention extrêmement difficiles.
La vie à la MACA en dit long sur le mauvais état de santé du système judiciaire ivoirien. Les détenus sont repartis dans 6 bâtiments, dégradés et surpeuplés: A, B, et C, le bâtiment des femmes, celui des assimilés, et le bâtiment des mineurs. Le bâtiment A abrite les pensionnaires condamnés à de longues peines d'emprisonnement. Le bâtiment B est lui destiné aux prévenus placé sous mandat de dépôt, et à ceux placés en cabinet pour informations judiciaires. Mais cette norme n'est plus respectée compte tenu du nombre pléthorique de prisonniers. En plus donc de ses ayants droits, le bâtiment B accueil également des détenus reconnus coupables de faits d'escroquerie, de détournement de fonds, d'abus de confiance, ou de faux et usage de faux. Au bâtiment C, surnommé Tchad, croupissent les criminels. Les locataires de ce mythique bâtiment ont été condamnés soit pour homicide, vol à main armée, vol de nuit en réunion, viol etc. Il comprend en son sein un quartier d'isolement composé de six (06) petites cellules obscures et males aérées appelées « blindés ». Ce sont des prisons dans la prison.
Le bâtiment femme ou Kremlin, est exclusivement destiné à la gent féminine, tous délits confondus. Celui des mineurs encore appelé Centre d'Observation des Mineurs (COM), accueil les mineurs qui se sont rendus coupables d'actes délictuels ou criminels. Quant au bâtiment des assimilés, il accueil des personnalités politiques, des hauts cadres de l'administration, des journalistes, des hommes d'affaires, ainsi que des occidentaux condamnés à des peines privatives de liberté.
La MACA a également en son sein des édifices religieux. On y trouve une mosquée, et une chapelle. Il y a aussi un bâtiment destiné aux métiers. Des détenus y exercent l'artisanat, l'électronique, la couture, la menuiserie, et la mécanique. Des cours d'alphabétisation, d'anglais, et d'informatique y sont également dispensés. Le pénitencier abrite enfin un grand terrain de football, situé tout au fond de la cour.
Le visiteur qui arrive pour la première fois à la MACA se rend compte à première vue, que le pénitencier souffre de plusieurs maux. L'on est d'abord frappé par l'insalubrité qui y règne. En effet, les conditions sanitaires sont à déplorer dans cette prison. Il n'y a qu'à voir le mauvais état des urinoirs dans la cours, et aussi les tas d'immondices qui jonchent les paliers et certains endroits du pénitencier pour s'en rendre compte. Les teignes, gales, dartres, et autres mycoses sur le corps de certains détenus, sont la preuve de la mauvaise hygiène qui règne à la MACA. Les pièces qui font office de salle d'eau et de WC sont désagréables. Elles dégagent des odeurs nauséabondes, et le sol et le mur sont recouverts de moisissure et de plaques visqueuses. Il faut ajouter à tout cela, le problème de logement. Les cellules sont en surnombre. Des pièces de 6m² qui contiennent 40 voire 60 détenus. Ces derniers s'entassent pour dormir, tels des sardines dans une boite de conserve.
L'eau: une denrée rare
Se procurer de l'eau potable à la MACA n'est pas chose aisée. En effet, les prisonniers n'ont accès à l'eau courante que quelques heures par jours. Généralement, les raccords d'eau sont approvisionnés les matins, aux environs de 10heure et ce, seulement jusqu'à midi. Il arrive même des jours où les raccords restent à sec, privant ainsi les prisonniers d'eau toute la journée. Seuls ceux d'entre eux qui ont fait des réserves en eau, pourront prendre leur bain et aussi s'abreuver.
Installations électriques anarchiques
Les branchements et autres installations électriques à la MACA sont faits sans tenir compte des règles élémentaires de sécurité. Il n'existe aucune prise électrique dans les cellules. Pour faire leurs branchements donc, les détenus ont recours à des méthodes rudimentaires. Ils se servent de l'extrémité de câbles électriques pour alimenter leurs appareils (Télévisions, lecteurs DVD, ventilateurs, réchauds électriques, postes radio etc.) Et il est fréquent que l'on assiste à des coupures intempestives d'électricité dus à des cours circuits ou à des surcharges.
Quand se nourrir devient un danger
S'offrir un repas par jour est un véritable luxe pour biens de détenus. Seuls les mineurs bénéficient de trois (03) repas par jour avec l'assistance du bureau international catholique pour l'enfance (BICE). En dehors d'eux, c'est chacun pour soit. Ceux des détenus qui ont les moyens, parviennent à se nourrir convenablement. Parents, amis et connaissances leur envoi régulièrement des mets concoctés depuis la maison. D'autres encore, reçoivent des vivres ou de l'argent pour assurer leur pitance.
Pour les plus moins nantis, et les isolés, c'est la ruée vers la ration pénale. Là encore, il va falloir batailler dur pour obtenir ne serait ce qu'un bol de cette pourriture, que dis je … de cette nourriture qui laisse à désirer. Les conditions de cuisson des repas « made in MACA» sont des plus exécrables. De vielles cuves servent à la préparation des mets. Et l'on emploi de grandes pelles quasiment corrodées pour faire le mélange et le service. C'est à couper le souffle. La sauce pénale quant à elle est une solution aqueuse dans laquelle flotte quelques tranches de légumes. Pas le moindre assaisonnement, ni même un morceau de viande, ou de poisson. Le riz lui contient de nombreuses impuretés. En plus d'être mal cuit, il contient des grains de sable et biens d'autres détritus. Mais tout cela ne semble guère représenter un obstacle à l'appétit vorace des détenus qui semblent ne pas être inquiété par les risques qu'ils courent. D'ailleurs que faire d'autre quand il n'y a rien à se mettre sous la dent ? Plutôt mourir de malnutrition que mourir de faim.
Une infirmerie malade de ses équipements
L'infirmerie de la MACA rénovée il y a quelques années seulement par Médecin sans frontière (MSF), n'existe que de nom. Manque d'infrastructures sanitaires, équipements vétustes ou en mauvais état, manque de médicaments etc. Le détenu qui a le malheur de tomber malade ne devra s'en remettre qu'au Tout Puissant s'il n'a pas les moyens. Car après lui avoir administré quelques cachets, le médecin remet au patient une ordonnance comprenant une longue liste de médicaments à acheter. Pour les cas graves qui nécessitent une évacuation d'urgence, le patient devra débourser la somme de 15 000Fcfa pour être transporté par l'ambulance.
Que dire alors des fous qui pullulent dans la cours de la prison sans assistance aucune. L'on est tenté de se demander à quoi sert cette pléthore d'assistants sociaux ?
Drogue et alcool malgré l'interdit
La consommation d'alcool et de drogue, et même l'utilisation de téléphone portable sont formellement interdits à la MACA. Tout contrevenant est soumis à des sanctions disciplinaires. Mais les détenus n'ont que faire de ces proscriptions. Ils les bravent au vu et au su de tous. En effet, les pensionnaires de la MACA parviennent à s'en procurer avec l'aide de certains gardes pénitenciers ou agents du personnel soignant véreux. D'ailleurs au mois de Mai 2009, une aide soignante en service à l'infirmerie de la prison, a été épinglée avec une importante quantité de drogue qu'elle tentait de faire entrer dans le pénitencier. A l'en croire, cette drogue devait servir à approvisionner ses « clients » détenus. La trafiquante a été mise aux arrêts puis déférée devant le parquet. Une victoire éphémère dans la lutte contre la drogue.
Les gardes de prison fouillent régulièrement les cellules, espérant trouver des substances interdites. C'est le cas ce jeudi matin au bâtiment B où plusieurs cellules ont été mises sans dessus-dessous. Cette fouille matinale s'est avérée payante. La saisie est conséquente. Une importante quantité de drogue, Plusieurs sachets de liqueurs, des couteaux, et des téléphones cellulaires ont été saisi. Les propriétaires de ces effets ont été mis en quartier d'isolement, et les autres détenus, mutés dans d'autres cellules.
Evasion à répétition
Les évasions à la MACA sont désormais monnaies courantes. C'est très souvent que l'on constate des absents lors des comptes physiques. Il y a quelques années, des détenus arrivaient à prendre le large par des égouts ou par des miradors non gardés. Mais les égouts ont tous été fermé et il y a beaucoup plus de vigilance au niveau de la surveillance des miradors. Certains candidats à l'évasion utilisent donc la méthode dite classique. Celle-ci consiste en une évasion avec la complicité des gardes de la prison. Le mode d'emploi est simple. Il est établi une pièce d'identité au détenu. Et un jour de communiqué (ndlr : jour où les pensionnaires ont droit aux visites), cette carte est discrètement introduite dans le lot de pièces administratives des visiteurs. Le fugitif n'aura plus qu'à faire comme s'il revenait d'une visite, récupérer la pièce qui porte son nom et sa photo, et regagner se tirer du pénitencier.
Il est important de souligner que les évasions à la MACA sont récurrentes ces dernières années compte tenu du surnombre dans les cellules. En plus des mauvaises conditions de détention, les détenus manquent de soins appropriés. A cela il faut ajouter la qualité de la ration alimentaire qui laisse à désirer. Tous ces facteurs réunis contribuent à susciter continuellement le désir d'évasion dans l'esprit du détenu.
Prostitution et homosexualité: des pratiques courantes
Contrairement à ce que l'on pourrait croire l'exercice du plus vieux métier au monde, ainsi que la pratique de l'homosexualité se portent bien à la MACA. Et ce, avec la complicité de certains membres du personnel de la prison, bien entendu moyennant rémunération. Le business est juteux pour ces derniers. Généralement, c'est dans les locaux de l'infirmerie ou dans les vestiaires du bâtiment administratif que les choses se passent. Mais il faut faire vite pour ne pas se faire prendre par un régisseur.
5000 détenus, un seul fourgon
La plus importante prison de Côte d'Ivoire ne compte qu'un seul fourgon pour le transfert de ses détenus. Un véritable véhicule à bétail. Et lorsqu'il tombe en panne, il n'y a ni extraction pour le parquet, ni déferrement à la MACA. Au mois de juin dernier sous une pluie battante, pendant que ce véhicule convoyait des détenus vers la prison, il est tombé en panne en plein trajet. Les gardes ont dû faire appel d'urgence aux éléments des la CRS qui à l'aide de leurs cargos, ont achevé le convoiement des prisonniers vers le pénitencier.
Innondation en temps de pluie
Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur abidjan l'an dernier ont occasionné d'énormes dégâts au sein des populations de notre capitale économique, mais également au sein de la MACA. Le bâtiment des femmes, celui des mineurs, et le terrain de football du pénitencier étaient tous sous les eaux de pluie. L'inondation des sous-sols abritant les installations électriques des différents bâtiments ont entraîné un court-circuit. Conséquence : les détenus ont été privés d'électricité de longs jours durant.
Notons que les eaux de pluie stagnent dans la cours de la prison parce que tous les regards et conduites qui devraient servir à l'évacuation des eaux de ruissellement, ont été fermé afin (disent ils) d'empêcher des évasions par ces tunnels.
Les responsables de la MACA ont certes trouvé une solution pour réduire les évasions, mais qu'en est-il de l'écoulement des eaux de pluie étant donné qu'il n'y a plus aucune canalisation ?