
Tracasseries routières, Les barrages de retour !
Les barrages, leur lot de tracasseries et autres rackets sont de retour. Depuis quelques temps, les usagers de la route subissent à nouveau les caprices des Forces de défense et de sécurité. Enquête !
Il y a environ quatre (4) mois, le Général de Division Philippe Mangou, prenait des mesures visant à mettre un terme au racket sur nos routes, et améliorer ainsi la fluidité routière. « L'état-major des armées et les grands commandements font désormais de cette lutte (ndlr : lutte contre le racket), l'une de leur priorité du moment
L'heure de la répression et des sanctions a sonné. Que chacun prenne donc ses responsabilités. » Dixit Philippe Mangou.
Comme par effet de baguette magique, les forces de l'ordre avaient déserté les voies. Les transporteurs et autres automobilistes qui avaient les papiers de leur véhicule en règle, pouvaient donc circuler librement sans être inquiété par qui que ce soit. Plusieurs éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS) véreux, ainsi que des chauffeurs ou apprentis corrompus, qui ont été pris en flagrant délit, ont été arrêté, présentés sur les antennes de télévision, et punis pour servir d'exemple aux autres. Plus personne n'osait donc se lancer dans cette aventure.
Mais cette décision ferme du chef d'état-major des armées de lutter contre le racket n'aura en fin de compte accouché que d'une souris.
Depuis quelques temps en effet, l'on assiste tant sur les routes à Abidjan que sur les axes interurbains à l'intérieur du pays, à un retour en force de nos éléments des Forces de défense et de sécurité et de leurs traditionnels barrages. Ils sont même devenus un peu trop présents sur les voies qu'ils avaient été pourtant contraints de quitter. A Adjamé-Mirador, et aux 220 logements, non loin de la CIE, les policiers qui étaient invisibles il y a un moment, sont revenus. Plus l'intransigeant'' que jamais. Même décor à Abobo, route du Zoo, à Yopougon Siporex, et 1er pont, et sur biens d'autres voies encore à travers la cité. Et comme pour justifier l'adage qui dit « le chien ne change jamais sa manière de s'asseoir », ils s'adonnent une fois de plus au racket et autres pratiques odieuses et ignobles qui ternissent le blason de leur corporation.
La semaine dernière, en rentrant d'un voyage privé, nous en avons fait les frais. Arrivé à un barrage à l'entrée de la cité des Lacs'', un gendarme qui procédait au contrôle des pièces d'identités, nous demande de descendre du véhicule et de le suivre en empochant la pièce qui lui a été tendu. Sans comprendre, nous nous exécutons quand même. Une fois au poste de contrôle, il nous demande de lui donner quelque chose'' afin qu'il puisse nous restituer l'attestation d'identité en question. A la question de savoir le motif, l'agent nous lance ceci à la figure : « Tu ne sais pas que ta pièce est périmée ? » Nous lui présentons notre carte professionnelle, tout en lui rappelant ce que les autorités ont demandé aux Forces de l'ordre de tolérer les pièces qui ne sont pas à jour, étant donné que l'opération d'identification des populations n'a pas encore démarré. Notre interlocuteur entre alors dans une colère noire et interroge sans tenue aucune : « c'est vous qui allez m'apprendre à faire mon travail ? »
Nous comprenons déjà à quel genre de personne nous avons affaire. Nous étions aussi déterminés à ne pas donner le moindre centime à ce mendiant. S'en est suivie alors une chaude altercation à l'issue de laquelle, notre pièce nous a été restituée avec l'intervention d'autres agents à ce poste. Nous avons donc regagné notre véhicule pour poursuivre notre trajet. Les exemples sont légions, aussi révoltant les uns que les autres.
Certains éléments des Forces de l'ordre usent parfois de malice pour soutirer de l'argent aux usagers de la route. Et les méthodes varient selon le corps ou l'unité à laquelle ils appartiennent. C'est le cas par exemple des motards et des agents de contrôle radar.
Dans le premier cas, l'agent est posté à un carrefour, juste après un feu tricolore. Lorsqu'un automobiliste fait un dégagement rapide, se dernier est aussitôt sifflé, et on lui fait savoir qu'il est en infraction (!). Le conducteur qui veut gagner du temps est bien obligé de se soumettre à leur volonté. Cet exemple est fréquent à Yopougon-Sicogi, non loin de la pharmacie Wakouboué. A quelque encablure de la station Shell qui jouxte le lavage-auto, des motards sont postés sous un arbuste, Lorsqu'ils s'aperçoivent qu'un automobiliste a grillé le feu, ou s'est engagé à l'orange, ils sortent sur la voie de façon sporadique et prennent les pièces du chauffeur.
Gare aux récalcitrants. Un refus d'optempérer se transforme parfois en bavure. L'on a encore en mémoire l'assassinat l'an dernier d'un chauffeur de wôrô-wôrô à Andokoi, dans la commune de Yopougon. Des éléments du CECOS s'étaient lancés dans une course poursuite, parce que ce dernier avait refusé de s'arrêter à leur coup de sifflet. L'infortuné chauffeur qui fuyait pour ne pas avoir à débourser de l'argent, a été rattrapé, puis froidement abattu.
Là où les automobilistes se plaignent le plus, c'est au niveau des contrôles radar. Plusieurs usagers se sont en effet fait verbalisés alors qu'ils roulaient à la vitesse réglementaire. Ceux d'entre eux qui refusent de gérer'', se voient obligés de faire de nombreux vas et viens dans l'attente d'un cliché, et aussi pour le retrait de leur permis de conduire.
Mais comme l'indique cet autre adage : « Mille jours pour le voleur, un seul jour pour le propriétaire », des agents véreux du contrôle radar ont payé cash leur malhonnêteté. Ces indélicats ont sifflé un véhicule qui ne roulait pourtant pas à vive allure. Au volant de cette voiture banalisée, le chef d'état-major en tenue civile. Panique et confusion chez ces fourbes qui n'avaient que leurs yeux pour pleurer.
Comme on peut le constater, les Forces de l'ordre ont renoué avec leurs vilaines habitudes. Ils dressent des barrages fictifs sur certains axes, juste le temps de racketter un peu, et disparaissent rapidement pour aller sévir ailleurs. Les automobilistes s'en offusquent, et les conséquences sont énormes. C'est le lieu d'attirer l'attention de la haute hiérarchie militaire, afin que des mesures plus rigoureuses soient appliquées pour mettre définitivement fin à cette autre forme de mendicité déguisée.