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Cours communes: Quand Ivoiriens et Etrangers apprennent à vivre ensemble Raymond Alex Loukou [ 29/9/2008 ]
Une vue de cours commune à Abidjan
Eu égard au coût élévé de la vie et face à la chèreté du loyer, une frange importante de la population abidjanaise préfèrent habiter dans les " cours communes " sorte d'habitation où les locataires se partagent presque tout: wc, douche, électricité, eau courante...
Dans ces habitations à forte concentration humaine où des communautés étrangères vivent avec des nationaux, la cohabitation n'est toujours pas aisée.
Incursion dans cet univers où l'intégration des peuples ne semble pas être un vain mot malgré les tensions réelles ou supposées qui peuvent surgir à tout moment.
" Depuis trente ans, je vis dans cette cour, J'ai eu la possibilité de déménager mais je ne l'ai pas fait. C'est vrai qu'il y a de temps en temps des frictions entre locataires mais nous essayons de gérer ça ", tels sont les propos de M. Adoul Adéloyé, commerçant nigérian domicilié à Attécoubé. Pour ce natif de Suruléré, c'est la goût de l'aventure qui l'a conduit en Côte d'Ivoire. " J'ai atterri dans ce pays en quête d'un mieux-être " ajoute-t-il avec un air joyeux. A l'instar de ce nigérian, les dix locataires de cette cour commune ont chacun une histoire à raconter.
Pour Mamadou Niang, bijoutier au grand marché d'Adjamé cette cour lui a apporté beaucoup de choses. " Au début quand je suis arrivé ici, ça n'a pas été facile ", reconnaît-t-il avant de poursuivre. J'ai eu du mal à m'adapter. Je me souviens qu'un soir, ma femme a été copieusement insultée par par l'épouse d'un locataire qui l'a même taxée d'étrangère. Ma femme a voulu qu'on parte de là mais après une médiation menée par le vieux Danho Julien, les choses sont revenues à la normal. La dame nous a présenté ses excuses et l'incident a été vite oublié " fait-t-il remarquer.
Les histoires de ce genre ne manquent jamais dans ces cours communes où les relations humaines sont très souvent tendues. M. Bassolé Jean ne nous dira pas le contraire. Il se souvient comme si c'était hier du calvaire que lui et sa famille ont vécu aux premières heures de la crise. Ce vigile, la trentaine révolue est encore sous le choc. " J'ai vécu des moments difficiles. J'ai eu peur pour ma famille. Avec tout ce qui se racontait dans la presse à propos de la communauté burkinabée, j'avoue que ça n'a pas été facile " raconte-t-il avec beaucoup de nostalgie. " Je devais supporter le regard de mes frères ivoiriens qui à tort ou à raison accusaient notre pays", poursuit-til. Mais pour M. Bassolé s'il y a un homme qui a contribué à faire baisser la tension, c'est bien Kouassi Eric, fonctionnaire à la retraite. " C 'est lui qui a joué les facilitateurs. Il a calmé les ardeurs des uns et des autres. " avoue-t-il dans un regard qui en dit long sur son état d'esprit.
Aujourd'hui, cet épisode appartient au passé selon le vigile burkinabé qui a fait revenir ses deux filles du Burkina trois ans après le déclenchement de la guerre. " Elles sont nées ici et ont fait toute leur enfance dans ce pays. Elles se plaisent ici. " confesse-t-il.
Pour les locataires maliens, togolais, beninois guinéens et autres qui vivent dans cette cour, la crise a été un mauvais souvenir pour eux. La parfaite symbiose qui régnait entre eux a failli être mise à mal par certains discours politiques. Mais aujourd'hui de l'avis de tous, la situation semble apaisée. A en croire Eklou Jerôme, couturier béninois les tensions entre locataires ne pouvaient pas durer trop longtemps. " Nous sommes trop liés pour que du jour au lendemain, les locataires en arrivent aux mains. C'est vrai que nous avions eu à intervenir dans des palabres de femmes mais cela s'est vite réglé par la suite.
Ici musulmans et chrétiens se côtoient quotidiennement. La politique a failli nous mélanger mais nous avons résisté aux démons de la division " clame-t-il avec joie. Cette joie est également partagée Adama Sidibé, jeune mécanicien malien exerçant dans la commune d'Attécoubé. Il nous le fait savoir sans ambages : " Au début de mon arrivée ici, je n'avais pas le cœur tranquille. Il fallait mesurer le langage pour éviter de dire des mots qui blessent telle ou telle communauté. Ma copine faisait de temps en temps des histoires avec les voisines mais depuis un an l'ambiance s'est améliorée et j'avoue que je ne compte plus partir d'ici."
Pendant le jeûne musulman, les non musulmans n'hésitent pas à soutenir leurs frères en leur apportant qui du sucre , qui du lait pour la rupture du jeûne.
A l'image du jeune Adama, les autres locataires du lot 425 n'entendent pas se laisser ébranler par ces " petites histoires " qu'ils jugent inhérentes à la vie de toute communauté humaine. Au contraire, tous souhaitent que cette ambiance " fraternelle " puisse survivre aux différentes crises politico-sociales qui émailleront la marche de la nation ivoirienne.
Vivre dans ce type d'habitation requiert beaucoup de sacrifice. Le fait que des communautés aux mœurs et cultures différents vivent dans un même espace vital n'est pas une chose aisée. C'est même un défi à relever. Et ce défi, presque tous les habitants des cours communes à Abidjan sont prêts à le relever. Vivement donc que cet exemple de vie communautaire serve partout où besoin se fera sentir.
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