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Enquête

Bidonvilles d'Abidjan: Symboles d'intégration africaine
Jack Louamy  [ 22/9/2008 ]

Littérature
Un bidonville

Les bidonvilles en Côte d'Ivoire poussent comme des champions. Dans le district d'Abidjan particulièrement, on en compte des dizaines. Incursion dans cet univers où la vie en communauté semble le leitmotiv.

Abidjan, la perle des lagunes. Cette ville impressionnante par ses larges avenues, ses édifices impressionnants, et son quartier chic de Cocody, lui donnent l'allure des grandes villes du monde. Abidjan by night, c'est l'ambiance à l'ivoirienne sur la lumineuse rue princesse de Yopougon. Mais derrière ce décor, se cache une autre face de la capitale économique ivoirienne. En parcourant les communes d'Abidjan, le visiteur qui arrive pour la première fois, se rend compte qu'il y a une autre vie derrière ce monde de rêve. Les bidonvilles. Des sous quartiers où les constructions sont faites pour la plupart de planches de bois.

De Yopougon à Port-Bouët, en passant par Adjamé, Abobo, Cocody etc, la ville d'Abidjan étalent dans les bas fonds, en bordure de lagune, ou à flanc de colline, des bidonvilles. On peut citer entre autres : Colombie, Gbinta, Yao-séhi, Mon mari m'a laissé, Gobélet, Bori-bana, Sicobois, Doukouré, Washington, Koumassi sans fil, Mossikro…

Dans ces agglomérations de baraques sans hygiène où vivent des populations misérables, l'accès en eau et en électricité demeurent un luxe. Ici, pas besoins d'abonnement de la Compagnie Ivoirienne d'Electricité) CIE. Un seul individu s'abonne, et les autres se branchent sur lui. Ce dernier impose un montant mensuellement à "ses abonnés'', en fonction des appareils qu'ils possèdent. En ce qui concerne l'accès à l'eau, la Société de distribution d'eau de Côte d'Ivoire (SODECI) ne compte pas elle non plus, de nombreux clients dans ces quartiers. Les quelques rares compteurs domestiques qu'on y trouve, sont utilisés à des fins commerciales. Tôt le matin déjà, hommes et femmes, munis pour les uns d'un seau, pour les autres de bassines, se bousculent aux abords des pompes hydrauliques et autres points d'eau, pour se ravitailler en eau. « Le seau d'eau coûte 25Fcfa. Quant à la bassine, elle fait 35 ou 50Fcfa, en fonction du volume », nous confie Taly Joséphine, propriétaire d'un point d'eau à Yopougon Yao-Séhi.

La voirie, ainsi que les infrastructures sanitaires et scolaires sont inexistantes dans les bidonvilles. Les habitants de ces quartiers précaires vivent en surnombre dans des bicoques. Les quelques rares habitations en dures qui existent ont été males construites, et sont exiguës. Elles ne comportent aucune commodité. Pas de cuisine, ni de WC, encore moins de salle d'eau. La cour intérieure (pour les cours communes) ou la façade de la maison, servent de cuisine. Pour se soulager, les habitants de ces bicoques n'ont droit qu'à un petit espace insalubre, aménagé avec un trou qui fait office de WC.

C'est dans ces conditions de vie précaires que vivent en bonne intelligence ivoiriens et non ivoiriens. Les bidonvilles abidjanais abritent en effet une forte communauté de ressortissants de la CEDEAO, et de l'Afrique centrale. Ce sont, pour la plupart, des réfugiés Libériens, Sierra-Leonais, ou des immigrés Nigériens, Guinéens, Nigérians, Burkinabés, Maliens, Ghanéens... venus à l'aventure. Ces populations, pour nombre d'entre elles, vivent en Côte d'Ivoire depuis plusieurs années. « Je suis entré en Côte d'Ivoire en 1992. Quand je fuyais la guerre dans mon pays (ndlr :Libéria), j'ai été d'abord accueilli dans la ville de Taï par une famille Guéré», explique Michaël, un jeune Libérien rencontré au quartier Colombie, non loin du Zoo d'Abidjan. « Je suis me aventuré plus tard à Abidjan pour "me chercher''. Comme je n'ai pas de grands moyens, je suis venu vivre dans ce quartier modeste, où les gens vivent en parfaite harmonie, sans distinction de religion, ni de race» poursuit notre interlocuteur qui se "débrouille'' aujourd'hui en électronique.

Comme ce jeune réparateur de télévision, ils sont nombreux ces immigrés qui ont échoué dans ces bidonvilles. Ils exercent généralement de petits métiers pour assurer leur pitance quotidienne et subvenir aux besoins de leur petite famille. Certains immigrés ont même acquis la nationalité ivoirienne soit par mariage, soit par adoption.

A Cocody "Gobélet'', un autre grand bidonville de la capitale économique ivoirienne, il est un peu plus de 18heure lorsque nous rendons visite à une famille musulmane dans une cour commune. C'est l'heure de couper le carême. Après la prière, M. Kéïta, ses deux (2) épouses, et ses enfants, prennent leur repas ensemble comme tous les soirs. Cette famille Malienne avec qui nous partageons le dîner, nous confie que leur cour est habitée en majorité par des ressortissants de la l'Afrique de l'Ouest. « Pour quelqu'un entre dans notre cour pour la première fois, il va penser qu'il est dans un autre pays. Il y a plus d'étranger que d'ivoirien ici », raconte notre hôte. M. Kéïta qui vit à Gobélet depuis plusieurs décennies, nous explique que les habitants de son quartier vivent organisés en communauté. « Chaque groupe ici à un chef. Si par exemple je vous ai causé du tord, vous pourrez aller vous plaindre chez le chef des Maliens, pour qu'on puisse m'entendre, et me sanctionner en fonction de la faute que j'ai commise » poursuit M. Kéïta qui ajoute par ailleurs que « les problèmes ici sont généralement réglés à l'amiable. »

Les bidonvilles d'Abidjan sont également des destinations privilégiées pour les prostituées. Et le quartier Yao-séhi, dans la commune de Yopougon, a une très forte réputation dans ce domaine. La particularité ici, est qu'on exerce le plus vieux métier du monde en communauté. « Il y a le groupe des Ghanéennes, le groupe des Nigérianes, et celui des ivoiriennes », confie Kadie, une jeune ivoirienne d'environ 20ans. La prostituée qui croit avoir affaire à des clients ordinaires, n'hésite pas à nous donner davantage d'informations sur la vie des prostituées de ce quartier. « Les Ghanéennes et les Nigérianes sont les plus anciennes ici. Elles reçoivent généralement leurs clients à domicile. On les reconnaît facilement par leur accent. De plus, ce sont généralement des femmes d'un certains âge. Mais les clients ne sont plus trop attirés par elles. Ils nous (ndlr : prostituées ivoiriennes) préfèrent parce que nous sommes plus belles, plus jeunes, et très mobiles. »

Pour nous en convaincre, nous décidons d'errer quelques temps encore avec notre dulcinée d'un soir. Devant des chambres de passe, on aperçoit un groupe de jeunes filles vêtues de mini-jupes. « Ces filles que vous voyez sont des Ivoiriennes. Une fois la nuit tombée, elles envahissent ce quartier pour vendre leur charme», révèle notre interlocutrice. Elles n'hésitent pas en effet à héler les hommes qui passent par là.

Dans un loin couloir mal éclairé à quelques encablures des chambres de passe, d'autres prostituées aux accents anglophone et autres patois de la sous-région, attendent d'éventuels clients. « Ce sont les Nigérianes de qui je vous parlais », indique Kadie.

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