|
Concours de la fonction publique: la galère des postulants Jack Louamy [ 6/7/2008 ]
Les candidats aux différents concours de la fonction publique rencontrent d'énormes difficultés, depuis l'étape de dépôt de leurs dossiers, jusqu'à la visite médicale. Ils sont victimes de racket, et d'autres traitements des plus déshumanisants. Enquête !
ENA, INFS, INFAS, Gendarmerie nationale, Police nationale, CAFOP, ENS, INJS… sont autant de concours initiés chaque année par le ministère de la Fonction Publique. Ces concours qui jadis, suscitaient moins d'engouement au sein des populations ivoiriennes, sont de nos jours prisés par les jeunes, l'accès à un emploi étant devenu difficile. Dès le lancement donc de ces différents concours, les établissements et autres sites de dépôt de dossiers sont pris d'assaut. C'est là que commence véritablement la souffrance des postulants à ces concours.
La première étape, est celle du retrait de la pochette. Son prix vari en fonction du concours. A Cocody, dans les locaux de l'Institut Nationale de Formation Sociale (INFS) où nous nous sommes rendus, il y a du monde ce mercredi matin. Une longue file composée d'hommes et de femmes, patiente sous une fine pluie, dans l'espoir d'obtenir une pochette.
Après l'obtention de la fameuse pochette, un second obstacle… que dis je, une seconde étape se présente au candidat. Il s'agit de la visite médicale. Mais avant, le candidat devra se rendre au ministère de la Fonction Publique au Plateau, pour retirer une quittance de visite médicale. Là encore, nous tombons sur une foule dense dans la cours dudit ministère, devenue trop exiguë. Bousculade et désordre de tout genre sont au rendez-vous. Véritable traitement déshumanisant auquel sont soumis ces pauvres jeunes qui n'aspirent qu'à avoir une stabilité professionnelle. Les vigiles commis pour maintenir l'ordre sont eux même d'une indiscipline notoire. Ils se paient le luxe de se livrer à une petite partie de rackette. Sans gêne aucune, ils soutirent 500F par ci, 1000F par là, aux candidats qui souhaitent entrer rapidement en possession de leur quittance. « Voici trois (3) jours que je fais des aller et retour pour entrer en possession de la quittance de visite médicale. Mais chaque fois, c'est la même chose. Le rang n'avance pas à cause du cafouillage monstre qu'il y a. Je suis donc obligé de revenir le lendemain, dans l'espoir que ce monde sera réduit », confie désespéré un candidat rencontré dans l'enceinte. Agé de 27ans, il est titulaire d'une licence en criminologie, et se présente pour troisième fois au concours du cycle moyen supérieur de l'ENA.
Une fois ce calvaire terminé, le candidat au concours de la fonction publique devra faire face à une autre difficulté. En effet, tous les candidats aux différents concours organisés par le ministère de la Fonction publique doivent se rendre à l'antenne régionale dudit ministère à Adjamé pour la visite médicale. Une visite qui consiste à un examen de la tension artérielle, de l'urine, du sang, ou à un test de bégaiement, en fonction du concours. Sur ce site, un seul guichet reçoit les quittances des candidats. Le comble, c'est qu'il y a juste un (1) médecin et deux (2) infirmiers pour s'occuper de ces milliers de candidats. A certains candidats, il est délivré un bout de papier avec lequel ils devront se rendre à l'institut de cardiologie d'Abidjan, ou dans une clinique de la place, pour faire l'examen cardiologique.
Notons par ailleurs que pour postuler à un concours de la Fonction publique, il faut être prêt. Prêt moralement, mais surtout financièrement. En plus de la pochette et de la quittance, le candidat devra débourser entre 5000Fcfa et 10 000Fcfa pour la visite médicale. Au-delà de l'étape de la constitution des dossiers, le candidat pour avoir des chances d'être reçu à son concours, devra encore mettre la main à la poche. Car croyez-moi, malgré les nombreux appels du gouvernement à lutter contre la fraude et la corruption, il existe une « mafia » bien organisée qui continue de gérer le système. Un système bien juteux qui serait contrôlé par ceux-là même qui crient contre la fraude et la corruption.
|