
Il ya 13 ans: François Lougah : Repos au pays natal
Dago Lougah, alias François Lougah, est décédé le 22 décembre 1996, après une carrière musicale longue et riche. Surnommé le Papa national, en raison de sa grande générosité, l'artiste a aussi conquis les cœurs des mélomanes au-delà des frontières nationales. Voilà douze ans déjà que l'homme repose dans son village natal, à Lakota.
De Pécoussa (son premier album au début des années 70), à Déhiminiké en passant par Nayowi, Toigny, Contraste, ou Kouglizia, François Lougah a séduit les Ivoiriens, autant par ses qualités vocales que par son élégance vestimentaire. Un peu comme une identité pour celui qui, à l'origine, était pourtant censé faire carrière dans le bâtiment. Il avait obtenu son CAP en bâtiment en 1961. Puis, avait tenté, sans succès, de se lancer dans une carrière de footballeur. Cependant, c'est entre 1962 et 1964 que le destin d'artiste de François Lougah se dessine grâce à Philippe Brunet (promoteur de spectacle) pendant qu'il était encore en France. Lougah interprète même des rôles dans deux films : «Aventure en France», puis «Africains de France», tout en suivant des cours de piano et de solfège, à Paris. Plus tard, il crée, successivement, les groupes «Trio Midiloms», puis les «Cocoblicos» avec Joseph Miézan-Bognini et Michel Parayso. Progressivement, les chansons de François Lougah le hissent au sommet, et lui confèrent une dimension de crooner. Il remporte notamment le Grand prix du Music-Hall en 1968 et connaît un franc succès en Côte d'Ivoire.
Mais, l'artiste connaît une période creuse, du milieu des années 70 au début des années 80. Et ce, malgré une tentative dans le disco en 1979 quand, depuis Paris, il chante «Disco du parigot». Exilé en France, Lougah va rebondir fin 1981 à l'occasion d'Africa Vision, au Gabon, un spectacle retransmis en direct sur la télévision nationale. Avec sa chanson Kouglizia, il représentait la Côte d'Ivoire. Ce soir-là, l'homme était apparu tout de blanc vêtu, une colombe blanche dans les mains. Symbole du nouvel envol pour le Papa national qui connaît, dès lors, un succès exceptionnel jusque dans les années 90. De son anecdotique duel avec Bailly Spinto, à l'élégance qui le caractérisait, François Lougah a laissé l'image d'un homme qui ne vivait que l'instant présent. Un homme qui aimait la vie et les gens. Il donnait sans compter. Jusqu'à ce qu'il quitte ce monde le 22 décembre 1996, dans un relatif dénuement matériel. Il avait tout donné.
Entré dans sa dernière demeure depuis le 15 mars 1997, à Lakota, il a dû attendre 12 ans pour se voir (enfin) réhabilité. C'était en mars dernier, grâce à la bienveillance du DG du Port autonome de San-Pedro, avec l'appui de MTN Côte d'Ivoire. Sur la tombe, trône désormais un magnifique mausolée. Une statue de François Lougah, micro en main, le regard tourné vers la vie. Pour marquer le coup, le BURIDA lui a rendu hommage à travers un concert et procédé au lancement d'une compilation de ses meilleures œuvres. Un bel hommage à celui qui reste une grande figure de la musique ivoirienne.
Par François Yéo