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Joëlle C, l'histoire d'une symphonie inachevée Morisson Kassi [ 2/3/2008 ]
Joëlle C
Morte d'une insuffisance rénale le jeudi 14 Février 2008, alors qu'elle préparait activement ses 10 ans de carrière pour dire Merci à tous ses fans, Joëlle C doit être considérée comme l'une des valeurs sûres de la musique ivoirienne.
Reconnue pour sa verdeur remarquable et son hilarité tonitruante, Joëlle C a quitté la terre des hommes au moment où elle était au firmament de son art. L'histoire d'une vie !
Elle a lutté des mois durant contre ce mal qui la rongeait au quotidien. «Ah, Joëlle ! Ta mort nous a surpris.», clament ci et là fans et artistes. Comme une traînée de poudre, ce soir du jeudi 14 Février, alors que les ivoiriens célébraient la fête des amoureux, la nouvelle de l'annonce de sa mort a envahi la capitale abidjanaise. Nombreux sont ceux qui ont cru à un leurre, une blague de mauvais goût. Mais petit à petit, la nouvelle s'est confirmée. Un grand vent de tristesse souffla alors sur les bords de la lagune ébrié. La princesse de la musique attié, comme on l'appelait communément, s'en était allée. Jusqu'à son dernier souffle, elle aura lutté avec une foi inébranlable en Dieu. Au finish, ce mal, détecté à la dernière minute, a eu raison de cette artiste dans l'âme.
La musique : une histoire de famille
La musique, elle l'avait dans le sang. En effet, la belle Joëlle C, de son vrai nom Séka Yaba Joëlle est issue de la grande famille Séka, une famille d'artistes célèbres de la musique ivoirienne précisément celle du terroir Akyé notamment Marcellin Okoi et Okoi Séka Athanase. Elle est donc très tôt imprégnée dans l'univers musical. Et même si ses parents ne veulent pas qu'elle fasse de la musique, la jeune Joëlle n'en a cure. Elle a la musique dans le sang. Et rien ni personne ne l'empêchera de réaliser son rêve.
1984 : Ses premiers pas
Seul le travail paie, a-t-on coutume de dire. A force d'acharnement, elle finit par convaincre plus d'un sur l'immensité de son talent. Elle est repérée par les responsables de l'orchestre «Acikongo». Orchestre qu'elle intègre en 1984 comme choriste. Une année seulement aura suffi pour la jeune Joëlle de convaincre tous les sceptiques. L'année suivante, elle rejoint le célèbre orchestre «TP Audiorama» considéré en Côte d'Ivoire et en pays Akyé comme l'un des meilleurs. Faire partie de ce groupe était le rêve de tous les jeunes musiciens. Convaincu de son talent, l'orchestre de l'Armée de l'Air ivoirienne (GATL) lui fait appel. Parallèlement à cela, elle peaufine son art dans l'orchestre familial «Le Grand Colombia» de Séka Athanase Okoi. En pays attié, tous sont convaincus d'une chose : Joëlle C est une valeur sûre de la musique attié et ivoirienne en devenir. Premier challenge réussi pour Joëlle qui ne compte pas s'arrêter en si bon chemin.
1990 : Rencontre avec Gadji Celi
Acharnée au travail, Joëlle C continuera de faire ses classes car elle sait qu'elle a encore beaucoup de capacités qu'elle n'a pas encore exploitées. Un jour, elle rencontre Gadji Celi, qui apprécie énormément son timbre vocal. Ce dernier lui demande d'intégrer alors son orchestre le «King Fusion». Proposition qu'elle accepte avec joie. Dans cet orchestre, elle exerce toujours en qualité de choriste. Les années s'écoulent comme de petits pains. Pour la jeune Joëlle, il est temps de voler de ses propres ailes. Elle décide alors de se lancer dans une carrière solo.
1996 : Premier album
«Il y a un temps pour tout», dit la Bible. Pour Joëlle, il était donc temps de montrer le résultat de tout ce qu'elle avait appris durant toutes ces années. Ainsi, en 1996, elle sort son premier album qu'elle baptise «Ayela» et se fait appelé Joëlle Séka. Chanté en Baoulé, Bété et Akyé, cet album ne connaît pas le succès escompté. Loin de se laisser décourager par cela, pour Joëlle Séka, ce geste du public prouve que son travail n'est pas aussi parfait qu'elle le croyait. Elle se remet au travail et sort deux ans plus tard, en 1998, «Jala». Un album de variété musical qui reçoit un très bon accueil des mélomanes. Ce qui donne une satisfaction morale à l'artiste. Elle enchaîne en 2000 avec son 3ème album «Yéka» (héritage). Une manière de dire à tous qu'elle est une digne héritière de la famille Séka. Mais le succès n'est toujours pas au rendez-vous.
2002 : Rencontre avec Dieu et année de la consécration
Trois albums et toujours pas le succès tant attendu malgré tout son talent. «Si le succès n'est pas encore là, c'est qu'il faut que je continue de travailler», aimait-elle dire à tous. Alors, place au travail. Comme une acharnée, elle reprend le chemin des studios. Entre-temps, elle rencontre Dieu et décide de changer de nom. Désormais, ce n'est plus Joëlle Séka mais Joëlle C. «Joëlle Séka ne connaissait pas le Seigneur. Elle n'avait pas son soutien. Aujourd'hui, c'est une fille qui a donné sa vie à Jésus Christ de Nazareth. Je ne fais rien sans le consacrer à l'Eternel. Ma vie a changé, transformée par la grâce de Dieu… Dieu m'a fait reprendre le dessus, à reprendre mes esprits et à supporter la souffrance sans me briser. J'ai traversé des moments difficiles. Grâce à lui, je sais que n'avance pas dans le vide surtout dans ce milieu difficile du showbiz. Il me soutient partout où je passe, où je suis. Je suis comme marquée du sceau du Seigneur», affirme-t-elle. Puis, elle sort «Prends-moi C' l'amour» en 2002. Et là, c'est le succès. Partout, on entend que les sonorités de cet opus d'une qualité remarquable. Sans doute, un premier signe divin à Joëlle C car cet album, elle l'a consacré à son nouvel amour : Dieu. Elle décide alors d'offrir à ses fans un concert live.
2006 : Premier concert live et crise sentimentale
Quatre années se sont écoulées et les fans savourent toujours «Prends-moi C' l'amour». Fort de cela, Joëlle C décide de faire un concert live. En juillet 2006, la belle Joëlle C donnait son premier show live au Palais de la Culture sur fond de crise sentimentale. Elle fait salle comble à la salle climatisée (1500 places) et se demande alors pourquoi elle n'a pas osé affronter la 4000. Au-delà de ce beau spectacle, Joëlle C souffre dans l'âme. Ce dernier l'aurait abandonné à Paris pour l'une de ses danseuses alors qu'il était allé accompagner l'artiste en tournée en France. Un moment pénible de la vie de l'artiste qui fut profondément marquée par cette trahison. Mais, l'artiste a réussi malgré tout a remonté la pente. «Tout ce que j'ai vécu a contribué à me grandir davantage. Je ne pouvais que surmonter ces difficultés. Car j'ai Dieu avec moi. Si ça ne tenait qu'à moi, j'allais faire autre chose. Dieu est ma forteresse, il m'a aidée», dit-elle.
2007 : Kita son dernier album
Une année après cette déception, Joëlle C annonce sa rentrée artistique avec un nouvel opus baptisé «Kita». Un album de variétés qui comporte 10 titres (Samba II, Seigneur, Elékèké, Amigo, Comme Dieu et Attié Mix, etc). Kita, e pagne tissé dans une symphonie de couleurs, symbole de noblesse et de prestige en pays Akan, s'est révélé une véritable source d'inspiration pour Joëlle C. Kita, c'est un "Album étoffe, album couverture pour ne pas prendre froid, album bouclier pour se prémunir contre les attaques verbales et mystiques". Kita, c'est encore un album tisserand, un album pèlerin qui "sème son coton au Cameroun avec N'Dolo (encore l'amour), au Congo avec la reprise de Misulu". Kita, c'est enfin le retour aux sources avec une compil' du répertoire Attié (Okoi Séka Athanase, Anouma Brou Félix, etc.) Kita, en un mot, c'est le brassage des cultures, "l'universalité de l'amour" avec lequel Joëlle C entend non seulement se maintenir au sommet de son art. Mais, également aller à la conquête de l'extérieur. «Kita» a montré à tous que la jeune Joëlle C a grandi et mûri artistiquement. Ses fans la réclament. Et Joëlle C décide de leur offrir à nouveau un concert. Ainsi, le 22 Septembre 2007, c'est dans une salle Anoumanbo (4000 places) du Palais de la Culture, pleine à craquer que Joëlle C communie musicalement avec ses fans. Un concert mémorable et inoubliable.
Après le concert, le début de la maladie
Peu après ce concert, Joëlle C. se plaint d'un mal. Selon ses proches, Joëlle se plaint de bouffées d'air qu'elle ressent à l'intérieur de son corps. C'est sans doute les effets de la fatigue due au travail qu'elle a abattu depuis des années. Car pour être à ce niveau, elle a bossé d'arrache pied sans même laisser le temps à son corps de se reposer. Et ces bouffées d'air étaient la résultante de tout ce stress emmagasiné. Mais par mesure de prudence, elle est conduite à l'hôpital. Après des examens, aucun mal n'est détecté. Mais l'artiste se plaint toujours de ce mal qui la ronge intérieurement. Le médecin lui demande alors de beaucoup se reposer. Ce qu'elle fait. Son staff, en effet, décide de mettre tout en stand-by pour le bien-être de l'artiste. Entre-temps, les médecins ont décelé une infection pulmonaire et la mettent sous traitement. Malgré tous ses soins qu'elle suit dans la plus grande discrétion, Joëlle C ne cesse de se confier à Dieu. Car pour elle, seul Dieu peut la guérir de ce mal qui la détruit à petits feux. Des mois passent et l'artiste va mieux. Elle fait désormais de brèves apparitions pour rassurer les mélomanes ivoiriens. Amaigrie, elle place toujours sa confiance en Dieu. Joëlle C va de mieux en mieux. Elle donne un concert à la rue princesse à la faveur de la promotion d'une marque de boissons.
Février 2008 : Hospitalisation et décès
Alors que l'on croyait que tout allait pour le mieux, l'artiste fait une rechute. Joëlle C. est hospitalisée dans le Samedi 09 Février 2008 à la clinique Farat, à Marcory, pour des soins appropriés dans la plus grande discrétion. Petit à petit, elle recouvre la santé. Famille et amis lui rendent visite pour lui souhaiter prompt rétablissement et lui apporter leur soutien. Mais dans la nuit du mercredi 13 au Jeudi 14 Février 2008, l'état de santé de Joëlle C se dégrade. Son état actuel nécessite une évacuation dans un centre de santé plus adéquats pour des examens plus approfondis. Marie Louise Asseu, une amie très proche de Joëlle C, fait alors mains et pied pour trouver une prise en charge de la Présidence de la République. En début d'après midi, Joëlle C est évacuée d'urgence à la Polyclinique Sainte Anne Marie (PISAM). Là bas, après des examens, les médecins décèlent une insuffisance rénale à un stade avancé. Mais il est déjà trop tard pour sauver l'artiste. Ce jeudi 14 Février à 21 heures 20, Séka Yaba Joëlle rend l'âme. Adieu Joëlle C. Rideau !
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