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Marcellin Yacé : le récit de ses derniers instants Morisson Kassi [ 12/12/2007 ]
Marcellin Yacé
19 Septembre 2002 - 19 Septembre 2006 : cela fait exactement 5 ans que Marcellin Yacé a quitté tragiquement la terre des hommes. Pour mémoire, revivez les derniers instants de l'artiste avant sa mort.
Rien ne présageait une fin tragique pour cet arrangeur pétri de talent qui faisait sans cesse le bonheur de nombreux artistes ivoiriens et internationaux. Cette nuit du 18 au 19 Septembre 2002, lorsque les troubles commençaient, personne en Côte d'Ivoire, n'aurait imaginé que son sort serait scellé par des hommes en armes, alors même qu'il retournait au studio pour finaliser un album. Cinq ans après, flash back sur les derniers instants d'un génie trop tôt disparu.
Mardi 17 Septembre 2002
Il est 10 heures du matin. Marcellin Yacé reçoit la visite de Monsieur Lucien, le producteur de l'artiste Oméga NG, à son studio de Cocody Cité des Arts. Après de longues heures d'échanges, ce dernier lui remet une avance pour la programmation de son artiste et prend congé de son hôte. Aussitôt, Marcellin se met au travail. En début d'après-midi, il envoie Don Karim, un de ses amis, lui acheter un pantalon jean, un T-shirt Polo et une paire de chaussures au supermarché SOCOCE des Deux Plateaux. Il en profite également pour remettre un peu d'argent à Dao et à Hervé Blédé, ses deux collègues. Même si cet argent devait lui servir à réparer sa voiture, une Primera grise, qui avait quelques petits bobos – la voiture «chauffait» chaque fois qu'il était en circulation. Il l'a donc garé au parking du studio – Marcellin décide de le partager avec ses proches collaborateurs. Ce faisant, il utilisait donc la voiture de sa femme pour aller bosser. Dans la soirée, Marcellin avait une séance d'enregistrement avec Honakamy qui préparait son premier album solo.
Mercredi 18 Septembre 2002
Marcellin se fait accompagner au studio par sa femme où il reprend le boulot avec un groupe zouglou de 10 heures à 15 heures. A 15 heures 20, c'est au tour d'Honakamy. En plein boulot, il reçoit un coup de fil de sa femme Victorine aux environs de 17 heures. Elle lui demande s'il a besoin de la voiture. Pas la peine, lui dit-il, je rentrerais en taxi. A 20 heures tout fatigué, il entend d'être relayé par son collègue Hervé Blédé qui tarde à venir et qui doit travailler avec le groupe FABETI. Marcellin l'appelle. Hervé lui répond qu'il n'est pas loin du studio. Marcellin part donc avec Don Karim en laissant de l'argent à Dao pour qu'Hervé puisse manger le temps qu'il revienne. Car Hervé devait finir avec le groupe aux environs de 2 heures du matin. Peu de temps après et contre toute attente, il revient sur ses aps et se résout à prendre sa «primera». Si tôt arrivé, Hervé commence le travail avec le groupe FABETI à 20 heures et s'arrête à 22 heures suite à des quolibets entre les membres du groupe et le second arrangeur, Richmond Sibailly. Fâché, Hervé sort du studio et appelle aussitôt Marcellin. Il lui expose la situation et menace de rentrer si les esprits ne se calment pas. Marcellin le calme et lui demande de reprendre le travail car le groupe accuse un grand retard dans on programme. Le calme revenu, le travail peut reprendre. Mais à 23 heures, les esprits s'échauffent à nouveau. A cet instant, Marcellin rappelle Hervé pour savoir si le travail avance. Hervé lui décrit la situation et lui dit qu'il ne peut travailler dans un tel environnement. Cinq minutes plus tard, Marcellin rappelle et demande à Hervé de l'attendre. Tout le monde arrête de travailler et part attendre Marcellin au «carrefour de la vie» non loin du studio d'enregistrement.
Jeudi 19 Septembre 2002
00 heure 15, aucun signe de Marcellin. Tout le monde décide alors de rentrer. Quelques heures plus tard, Marcellin tente de joindre Hervé qui a fermé son portable. Il prend tout de même le soin de lui laisser un message non sans s'excuser pour le retard accusé. Aux environs de 4 heures du matin, Victorine, la femme de Marcellin est tirée du sommeil par des tirs nourris. Elle se rend compte que son mari n'est pas encore rentré. Elle le joint sur son portable et demande sa position. «A l'école de police», lui dit-il. C'était plutôt à l'école de gendarmerie. En effet, Marcellin a toujours confondu ces deux écoles. Elle lui demande de rentrer rapidement car il y a des remous dans la ville. Vitres montées, la musique est à fond dans la voiture. Sa femme a du mal à l'entendre. Soudain, alors qu'il était toujours en pleine conversation avec Madame, il reçoit une balle à la main gauche. Il lâche aussitôt son téléphone portable. Assis à bord de son véhicule, Marcellin fait tout pour maîtriser l'engin. Il est le témoin des assauts répétés des assaillants contre l'école de gendarmerie. Sa voiture est criblée de balles. Marcellin réussit tant bien que mal à sortir de cette fusillade, le bras et la tête ensanglantés. Il est grièvement blessé. Loin de sa maison (Riviera Palmeraie), grièvement blessé, Marcellin tente de trouver refuge au studio qui est à quelques mètres de ces lieux. Malheureusement, il se trompe de ruelle et prend la troisième au lieu de la deuxième où se situe le studio. La portière coincée, Marcellin réussit à briser la vitre et à sortir de la voiture malgré ses blessures. Dans les escaliers où il s'est retrouvé, il frappe à une porte. Un gamin l'aperçoit et informe aussitôt ses parents de la présence d'un homme blessé dans les escaliers. Apeurée, la famille feint ne pas entendre les appels au secours de Marcellin Yacé. Redoublant d'efforts, il se traîne et essaie de frapper à d'autres portes. Mais en vain. De 4 heures à 6 heures du matin, Marcellin chercha de l'aide. Agonisant et fatigué, il s'affaisse devant une porte. Le matin avec l'accalmie de la ville, les habitants pointent le nez dehors. Et là, ils découvrent le corps sans vie de Marcellin Yacé. «C'était lui qui frappait à la porte hier. C'était lui. Eh Dieu ! si on avait su… » disaient quelques habitants. Marcellin avait rendu l'âme vers 6 heures 15 du matin gisant dans une marre de sang.
Une de ses belles sœurs, venue comme tout le monde aux nouvelles, découvre l'horreur. Abattue, déboussolée, les larmes aux yeux, elle joint au téléphone Victorine pour l'informer du décès de son mari. L'après-midi, malgré la tension, Tiane, la mère de sa fille Bélinda,accompagnée d'un ami, brave tous les dangers, à bord du véhicule de ce dernier, vient recouvrir le corps sans vie de Marcellin Yacé. L'émotion est à son comble.
Elle regarde les yeux hagards le corps sans vie de Marcellin. Pourquoi ? se demande-t-elle. Remis quelque peu de ses émotions, elle conduit le corps à la morgue. Et là, le constat est effroyable. Les balles lui ont perforé la tête. Rideau !
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