Accueil   |  Contact 
Bienvenue à Réseau Ivoire
Interview

Josué Guébo, super lauréat du concours " les manuscrits d'or " : " Le problème de l'édition est réel..."
Interview réalisée par Raymond Alex Loukou  [ 21/6/2007 ]


Josué Guébo

Super lauréat du concours " les manuscrits d'or " organisé par Vallesse Editions, Josué Guébo a bien voulu se confier à reseauivoire. Il donne son appréciation du concours et parle la littérature et de l'édition en Côte d'Ivoire.

Réseau ivoire: Quels sentiments vous animent après avoir été super lauréat du concours " les Manuscrits d'or " ?
Josué Guébo: Je dois avouer que cette distinction me fait plaisir. Nous avons tous besoin d'être reconnus. Le jury, en portant son choix sur mes textes en Poésie et en Nouvelles, m'a fait un grand honneur. C'est réconfortant et réjouissant. Mais ce cadeau a aussi son poids. Etre lauréat, ne veut pas du tout dire qu'on a atteint la perfection ou qu'on est au sommet d'un quelconque art. Pour moi, être primé, c'est être invité à faire mieux. Un prix n'est pas un lit, c'est un pont vers le progrès.

Dites-moi, ce prix vous a t-il surpris ou alors vous étiez confiant avant la proclamation des résultats ?
Il n'y a pas de confiance absolue en soi, dès lors qu'on ne connaît pas les autres concurrents. Il y a aujourd'hui en Côte-d'Ivoire, de nombreux talents naissants. J'ai été agréablement surpris d'être doublement lauréat. Mais j'avoue aussi que je n'étais pas le plus jeune des candidats, même si la littérature n'est pas toujours une affaire d'âge. Les plus jeunes n'ont pas démérité. D'une manière ou d'une autre, j'ai dû peser du poids de mes 35 ans, sur ce concours réservé, en réalité, à de jeunes auteurs. En tout cas, on pourra difficilement dire que je suis un jeune prodige !

Comment avez-vous jugé le thème choisi pour la première édition : la paix par l'écriture ?
Ce thème me semble d'abord en phase avec l'actualité en Côte-d'Ivoire, même si finalement, la quête de paix est universelle. C'est vrai, chez nous, les événements ont radicalisé l'aspiration. Ce thème ouvre la voie à une création infinie, car la paix peut être investie sous les modalités les plus diverses, sans que la créativité n'en souffre.

A qui dédiez-vous ces prix puisque vous en aviez eu deux ?
A qui ? C'est vrai que je n'y avais pas pensé au départ. Mais en ce moment, je pense au Président Gbagbo et au premier Ministre Soro. Je pense qu'ils méritent le prix Nobel de la paix. Mais pour l'instant, ils pourraient bien se contenter du « Prix Guebo » pour l'accalmie … (rires). Je salue particulièrement le président pour sa capacité à faire prédominer l'intérêt national sur des considérations d'amour propre. Il n'était pas évident pour un homme de son âge et de son poids, j'allais dire « historique » de se faire tutoyer, mais il accepté de le faire. Le premier Ministre est aussi à saluer pour avoir su dominer les entraves qui auraient pu l'empêcher d'opter pour la normalité. Rien ne l'obligeait à aller dans le sens de la restauration de l'autorité de l'Etat. Il a librement fait le choix de la conciliation et cela est à saluer. Tous nos vœux de succès accompagnent ce processus, que personnellement, je trouve fragile, il faut l'avouer.

Quel est le genre littéraire que vous appréciez particulièrement ?
Ah ! Au commencement était la poésie. Je me sens d'abord poète. Au fond, toute création artistique est, pour moi, poésie. Elle est l'élan originel de toute démarche esthétique. Elle est état, souffle et posture transversale qui parcourt, de part en part, la création. Elle est présente, dans le roman, le théâtre, les arts visuels ou plastiques. Partout où la quête esthétique est invitée, la présence poétique est convoquée. Enfin, le souffle poétique culmine dans un type littéraire dont il finit par devenir le héros éponyme. On parle alors de poésie. Cet art, je l'aime, mais j'aime aussi l'apprécier sous ses aspects les moins évidents. La poésie est un art de l'embuscade. Elle aime à surgir sur de sentiers déroutants.

Avez-vous des manuscrits qui attendent dans les tiroirs ?
Eh oui. Au moins deux recueils de poème qui n'en finissent de mourir au fond de mes tiroirs. Il y a aussi un essai que je situe au carrefour de la réflexion éthique, sociale et religieuse. Il traite de la question de l'altersexualité en interrogeant ses présupposés moraux et leur incidence sur la société actuelle. L'essai tente de montrer que tout changement n'est pas nécessairement progrès et que la liquidation du cadre moral judéo-chrétien - qui semble avoir été entrepris par les idéologues des Lumières occidentales et endossé par leurs épigones contemporains - ne va pas sans procès…
Pour la poésie, il y a un texte d'inspiration néo-orale dans la lignée des Zadi, Pacéré, Bohui Dali. J'ai eu l'honneur d'en soumettre le manuscrit au Professeur Séry Bailly, voici aujourd'hui 8 ans. Ce texte a reçu un accueil favorable auprès de cet esprit. Je dois vous avouer que je me sens poète, depuis ce jour où le Professeur Séry Bailly m'a dit que j'en étais un. C'est avec cette personnalité que, j'ai découvert, sous un jour concret, ce que voulait dire Austin par son concept de discours performatif.

Les initiatives comme celles de Vallesse Editions sont donc à encourager...
Bien-sûr ! Vous savez, tout comme moi, qu'il y a une effervescence culturelle en Côte-d'Ivoire. Mais notre effervescence tient, en grande partie à l'action des Disc-jockey et autres personnalités connexes qui sans être inutiles, ne sont tout de même pas les seuls représentants de notre créativité. Le problème de l'édition est réel, même si la guerre en Côte-d'Ivoire a enrichi quelques vitrines après avoir cassé des murs. Les éditeurs interrogent nécessairement le marché avant d'engager la publication d'une œuvre. Cela fait que des œuvres, même de bonne facture, peuvent aussi mourir dans l'œuf. Valesse a justement le mérite de donner un nouveau souffle à la création littéraire en Côte-d'Ivoire. Au-delà de l'aspect artistique, il y a la dimension de la mémoire. Il faut constituer un fond documentaire pour les générations à venir. L'exigence mémorielle est un impératif auquel ne peux se soustraire un peuple tourné vers le progrès. On ne peut évaluer le chemin parcouru sans avoir tracé des jalons. L'écriture procède de cette traçabilité par laquelle notre marche future serait assurée.

A quand votre première parution ?
L'auteur propose, l'éditeur dispose. Je vous l'ai dit, j'ai des textes sous la main, mais j'espère trouver un éditeur qui voudra bien me les publier. En tous cas, j'ai bon espoir.

Votre mot de fin
Je veux saluer RezoIvoire.net pour la qualité de son service et la modernité d'un journal en ligne qui constitue, de par sa posture même, une leçon de conquête de l'espace. Votre modèle mérite d'être promu. L'idée d'une publication sur la toile est porteuse d'un présupposé égalitariste. Je me réjouis d'un tel choix et souhaite succès et longévité à une telle initiative.

Imprimez cet article
Envoyez cet article à un ami
 A lire également
les archives
  Condition d'utilisation | Proposer Réseau | Contactez-nous
Copyright © 2005 A.M.N Ltd - Tous Droits Réservés.
Hit-Parade