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INTERVIEW

Adama Bictogo (RDR) : « Nous avons évité le chao »
Retranscrit par Jack Louamy | 10/3/2010

Actualité

Mr Adama Bictogo secrétaire national du rassemblement des républicains (RDR) chargé des relations avec les partis politiques, invité de la semaine de ONUCI. Fm projette un regard sur les récents événements qui ont secoué le pays. Acteur des négociations entre les différents camps, il donne son analyse de la crise.

Le gouvernement Soro II est complet. Un gouvernement de 27 membres, un gouvernement de mission a-t-on dit, qu'est ce que ce gouvernement va-t-il changer selon vous?
Je voudrais d'abord féliciter le premier ministre pour la subtilité et son acharnement à la recherche de la paix. Dans la gestion de ce dossier il a fait preuve de sérénité et de beaucoup de sagesse et il a permis aux ivoiriens de renouer avec l'apaisement et l'accalmie. De ces différentes démarches, où le consensus, le compromis était des valeurs importantes et qui ont été d'ailleurs le fondement de la mise en place de ce gouvernement de mission. Je voudrais ensuite féliciter les membres de ce gouvernement, mais surtout je voudrais qu'on retienne que ce gouvernement arrive à un moment où le processus semblait s'essouffler et avait besoin certainement qu'on lui insuffle un nouveau dynamisme. On peut donc saluer l'avènement de ce nouveau gouvernement composé des membres des différents partis politiques acteurs principaux de la crise. On devrait donc croire que ce gouvernement dans un temps très court à partir de sa mise en place permettre aux ivoiriens d'espérer à l'organisation d'élection dans les trois mois à venir pour nous permettre de renouer définitivement avec la normalité comme aujourd'hui on assiste à une élection au Togo où l'on avait peur de certains dérapages, et on constate aujourd'hui qu'une élection a belle et bien eu lieu et que les togolais vont être libérés de cette charge d'élection non tenue qui les avaient pendant quinze ans mis à l'écart des institutions financières.

Vous parliez à l'instant d'essoufflement de l'accord, est ce à dire que l'accord a vieillit et a pris des rides ?
Je voudrais d'abord vous dire qu'à la signature de cet accord nous devrions aller aux élections dix mois après à ce jour nous sommes à 36 mois. C'est vrai aussi que au moment où nous pensions que cet accord devrait être réalisé en dix mois nous n'avions pas faire à l'époque l'évaluation des chantiers, nous n'avons pas mesuré les chantiers à réaliser, et à la pratique nous nous sommes rendu compte que dix mois c'était insuffisant et qu'il fallait peut être deux ans. Mais ce que nous n'avons pas pris en compte c'est l'impact politique sur la mise en œuvre de ces différents projets de cet accord, et aujourd'hui c'est vrai que d'espoir en espoir de report en report, quelque part, il ya un essoufflement aussi bien au sein des populations que de la classe politique. C'est vrai que cette crise est malheureuse mais comme dans chaque développement tout progrès nait de la rupture, et de cette crise, nous ferons un bon qualitatif qui devrait nous conduire aux élections.

« Soro a fait preuve de sérénité et de sagesse »

Il ya eu deux décisions importantes prises par le chef de l'Etat. Dissolution du gouvernement, dissolution de la CEI, c'est inédit dans l'histoire de la Côte d'ivoire, on envie de dire, est ce que la Côte d'ivoire ne vient pas de loin ?

Je peux me permettre de dire que la Côte d'ivoire vient de loin. J'ai eu la chance de côtoyer les acteurs principaux, de part mon amitié profonde et de la part la densité de mes relations avec le premier ministre et surtout de part ma posture qui me permet d'avoir de très bonne relation avec le président de la république Laurent Gbagbo, de part ma position de secrétaire national chargé des relations avec les autres partis politiques, donc bénéficiant de la confiance du président Alassane Dramane Ouattara et ayant été l'un des artisans principaux de la mise en place du RHDP je me retrouvais dans une position où je pouvais donc parler aux différents acteurs, notamment au président Bédié, et que cette possibilité on pouvait jauger de l'état psychologique des acteurs et des différents des militants. Tout ceci pour dire nous avons évité le chao. Parce qu'on avait plusieurs scenarios. Imaginez un seul instant que le premier ministre Guillaume Soro ait démissionné, nous nous retrouverons sans Etat. On aurait eu un dérapage qu'on n'aurait pas pu rattraper.

Apparemment cela avait été envisagé ?
Je ne le sais pas, c'est vous qui m'informer. Je ne pense pas que le sens de la responsabilité qui habite le premier ministre puisse l'amener à un seul instant à penser à la démission. IL a surmonté beaucoup d'épreuves et il a une seule mission, celle de conduire les ivoiriens aux élections, pour cela la démission n'était pas envisagé. Ceci étant je voudrais dire que c'est vrai nous avons eu tous peur. A juste titre d'ailleurs. Le président de la république a pris une décision conformément à sa compréhension de la situation, l'opposition a réagit aussi conformément à sa compréhension de la situation, nous étions dans un environnement où les positions étaient tranchées. Il fallait donc rapprocher les positions et la boussole pour cette opération c'était l'accord de Ouaga. Une fois de plus l'accord de Ouagadougou vient sauver la Côte d'ivoire. Parce qu'à la vérité les choses n'avançaient pas parce que la méfiance avait atteint son plus haut niveau.

L'accord de Ouaga existant, est ce qu'il n'y a pas eu d'autre chose qui a ramené le calme, pour emmener par exemple à participer au gouvernement au retour de la CEI
L'accord de Ouaga avait la préoccupation de ramener la CEI conformément aux accords de Pretoria et aussi de ramener le gouvernement conformément aux différents accords, de Marcoussis à Accra. Mais ce que nous devrons tous retenir et qui est un avantage pour la Côte d'ivoire, c'est qu'il existe des hommes qui par le sens de la responsabilité ont à un moment donné considéré que nous avons eu déjà trop de morts et qu'il ne fallait pas en à rajouter. Je crois qu'il a eu à son moment là une solution qui s'est offerte. Les ivoiriens doivent prendre leur destin en main. Ils viennent d'en faire la preuve en montrant que sur l'essentiel on peut tout de même négocier et que l'essentiel ici c'est la Côte d'ivoire, ce sont les ivoiriens. Qu'il y ait eu des gens qui nonobstant leur appartenance politiques ont su à chaque fois travailler, écouter, transmettre, mais surtout rechercher avec le premier ministre Guillaume Soro créer un environnement propice à la négociation qui a permis donc le retour au calme avec pour cette fois l'espoir que nous sommes revenus à un calme définitif qui devrait nous conduire à des élections.

Ce n'est pas une crise de trop, après cette crise Mr Bictogo selon vous qu'est ce qui va changer véritablement ?
Je crois que cette crise a permis à chaque responsable politique de prendre conscience de ses limites, de prendre conscience de ses forces et de ses faiblesses mais surtout de comprendre que d'une façon où d'une autre, il sera difficile à l'un des trois principaux partis de gérer tout seul la Côte d'ivoire. Le salut de la Côte d'ivoire réside dans le principe du compromis, il faut absolument sortir des extrêmes pour gouverner au centre. C'est une crise qui de mon point de vue est salutaire. C'est vrai il ya eu des morts d'homme que je déplore. C'est une crise qui a révélé aujourd'hui aux ivoiriens à la communauté internationale qu'à la vérité, il existe encore des foyers de tensions au niveau de l'esprit que la méfiance demeure et que si nous ne prenons garde nous allons être débordé par les extrémistes et plonger dans une guerre civile que nous n'allons pas pouvoir maitriser.

Mr Youssouf Bakayoko le nouveau président de la CEI vient de prendre fonction, il reprend le travail là où Robert Beugré Mambé l'a laissé. Mais avec toute cette crise, le chronogramme établit est devenu caduque. On parle d'aller aux élections dans trois mois, est ce qu'il ne faut pas laisser le temps au nouveau président de la CEI de prendre ses marques pour bien voir afin de mieux organiser les élections ?
D'abord je voudrais féliciter le nouveau président de la CEI, Youssouf Bakayoko qui hérite d'un dossier difficile. La responsabilité qu'il lui incombe est lourde et les charges à venir sont lourdes. Mais connaissant l'homme, habité par principe de compromis, à la recherche permanent du consensus, je pense qu'il devrait pouvoir atteindre ces objectifs pour une raison principale. Le départ de Mambé n'est pas lié à son incompétence à tenir la CEI. Les derniers événements ont créé la méfiance du camp présidentiel vis-à-vis du président de la CEI, or l'une des valeurs importantes que doit revêtir le président de telle institution c'est d'apparaitre comme étant impartial et surtout de pouvoir rassurer les différents acteurs et compétiteurs aux élections prochaines. Je pense que si le ministre Youssouf Bakayoko a été retenu, c'est que pour l'heure, il rassure les différents camps. Dès lors que cela est fait, il devrait pouvoir faire l'état des lieux après qu'il ait fait son diagnostic, il devrait lui-même définir objectivement son chronogramme, mais surtout revoir le mécanisme de fonctionnement de la CEI qui au-delà des hommes doit rassurer les différents camps. Il doit donc faire le diagnostic organisationnel de la CEI qui de mon point de vue à un moment donné ne correspondait plus aux attentes des différents partis. Le débat sur la liste ne doit pas être vu comme un débat traduisant un malaise parce qu'il s'agit de la conquête du pouvoir d'Etat. La liste électorale, sa conception, son établissement constitue le premier round des élections. Donc c'est tout à fait normal que chacun s'assure que cette liste répond définitivement aux procédures qui ont été mis en place. Pour moi le tout c'est de définir le délai. Même le mot audit ne doit pas faire peur. Un audit ne peut être réalisé que sur les supports qui ont été utilisés pour réaliser cette liste électorale. Mais ces supports sont nés d'un mode opératoire consensuel, alors pourquoi devrais je avoir peur. Moi je n'éprouve aucune peur pour un audit parce que pour moi l'audit ne ferra que reprendre les procédures établies par la commission électorale elle-même, qui a permit de réaliser ce fichier de cinq millions trois cent. Si il ya des gens qui pensent qu'il faut faire un audit, il faut définir le délai le temps mais dans ce cas de figure, que ce soit des auditeurs choisit par le président de la CEI qui pour sa propre gouverne a besoin de s'assurer que les différents supports validés par l'ancienne équipe ont respecté les procédures.

Les élections dans un délai de trois mois avant l'audit comment cela va se passer ?
Oui. Ceci me parait très simple. Vous savez de la liste de 2000, il ya eu deux millions sept mille enrôlés, la dessus, il n'ya pas de débat. S'il ya un débat sur tous les enrôlés de la liste 2000 c'est ma remise en cause de l'accord de Ouaga. De ce listing un croisement sur le principe des ascendances a permit de récupérer, un peu plus d'un million ce qui nous a ramené à quatre million deux cent, puis un croisement sur des fichiers historiques, onze au total, ont permis de prendre je crois 900 000 personnes. De mon point de vue l'audit ne peut qu'être rapide. Parce qu'on ne va pas faire un audit sur les quatre million, maintenant ceux de la CGRAE c'est un croisement qui a eu l'assentiment de tous les partis.

Sur la liste provisoire on parle encore radiation collective ou massive, comment pensez vous que les choses vont se régler ?
Ceux qui ont été radiés, ils sont nombreux qui sont sur le listing de 2000, vont revenir avec la preuve de leur existence sur le listing à la commission électorale. Ils seront réintégrés. Ceux qui ont été radiés par dénonciation, mais à ceux qui dénoncent d'apporter la preuve de leur dénonciation. Dans ce cas de figure le mode de radiation n'a pas respecté la procédure juridique.

Quand pensez-vous que nous pourrions aller aux élections ?
Il n'est pas indiqué d'annoncer une date des élections en l'état actuel des choses au sortie d'une crise dont nous connaissons les causes sans que le président de la CEI lui-même ne s'est fait une opinion des chantiers restants et du travail à abattre. Au regard de ce qui précède je ne m'avancerai à annoncer une date des élections que lorsque l'élaboration de la liste élection définitive électorale sera terminé. Des dates ont été annoncées à plusieurs reprises et n'ont jamais été respectées, et nous vouloir à nouveau en train de rechercher une autre date.

Selon vous Mr Bictogo qu'est ce qu'il faut faire rapidement pour calmer les différents camps et aller aux élections ?

Il faut se concentrer sur la liste électorale, prendre en compte les différentes préoccupations. C'est pour cela je dis qu'il faut prendre du recul. Il ne faut pas avoir peur d'écouter et de prendre les préoccupations des uns et des autres. Il faut par des arguments objectifs retenir celles qui en valent la peine et rejeter celles qui n'ont pas de fondement. Pour moi je pense qu'il faut mettre en place un comité de suivi rattaché au premier ministre composé de personnalités fortes ayant une capacité à écouter et à analyser, capable de ramener les différents partis à la table des négociations. Ce comité jouera un rôle de tampon entre le premier ministre, le président de la CEI et les différents camps, de telle sorte que sur chaque sujet, il puisse analyser et statuer. De mon point de vue, il ya trois points à voir aujourd'hui, c'est la liste électorale blanche, la liste électorale grise et les problèmes de radiations. Ce comité là peut en l'espace de quelques jours faire des suggestions objectives au premier ministre qui pourra recevoir les différents partis et leur faire des propositions sur les différentes questions.

Il ya la question de la réunification du pays qui a refait surface, le pays n'est pas réunifié, le premier ministre en a fait cas au sortie du premier conseil des ministres. Le ministre Amani N'guessan aussi au cours d'une réunion à Bouaké, vous en pensez quoi ?
La réunification est une préoccupation du premier ministre du président de la république des leaders et de tous les ivoiriens. Cette crise est venue nous conforter plus que jamais pour dire qu'il faut aller à la réunification du pays. Mais il faut d'abord aller à la réunification des esprits parce qu'on a vu que la méfiance s'est réinstallée. De mon point de vue la réunification ne doit pas être le seul fait des militants mais le fait de tous les ivoiriens. La réunification devient une chose essentielle. Je pense que le premier ministre après la mise en place de son gouvernement va s'attaquer à ce chantier mais aussi à celui de la liste électorale définitive consensuelle. Je crois que le premier ministre a pris des dispositions et avec le président de la république pour réalisé la réunification, aidé à cela par le facilitateur, le président Blaise Compaoré, ils devraient offrir aux ivoiriens un chronogramme réactualisé, d'autant plus que l'accord IV de l'accord qui aborde la réunification a son chronogramme qui est caduque, il faut certainement le revisité. Toujours est-il que l'apaisement et la confiance doivent être les éléments fondamentaux de la réunification. Nous n'aurons pas une bonne réunification si nous ne créons pas les conditions d'une confiance mutuelle et réciproque entre les ivoiriens.

Votre dernier mot est ce que cette crise nous a fait reculer et qu'est ce qu'elle a apporté de positif ?
Forcement, au plan économique nous avons reculé. Ce que nous pouvons retenir de positif, c'est que nous avons besoin d'un environnement de paix qui est le socle de tout développement.

Quelles sont leçons à en tirer ?
Les ivoiriens ne doivent plus se permettre d'aller à une crise violente. Je peux parfois être mal compris, mais je me suis déjà présenté comme une force de proposition aussi bien à l'intérieur de mon parti, que partout ailleurs. A chaque fois que des institutions de mon pays auront besoin de moi parce que des compétences peuvent servir alors, je ferais droit à la citoyenneté à mon nationalisme tout est respectant les décisions de mon parti, parce qu'il s'agit de la Côte d'ivoire, de l'intérêt général de la Côte d'ivoire. Pour moi, c'est la Côte d'ivoire qui prime parce que nous sommes tous les mêmes fils d'un même pays. C'est pour cela que cette crise est importante. Les leaders n'ont pas le droit de priver les ivoiriens du bonheur et nous n'avons pas le droit de laisser, pour ceux qui en ont la responsabilité, un héritage de désastre à des innocents, à nos enfants. Ce que cette crise à créer c'est le sens du combat, le sens de la lutte pour la survie, parce que croyez moi, je voyage dans beaucoup de pays africain, aujourd'hui vous avez plus d'un millions ivoirien qui regardent ce qui se passent qui surveille et qui ont envie de revenir dans leur pays. C'est un devoir pour nous les hommes politiques de créer un environnement de paix pour que toutes ces compétences des ivoiriens de la diaspora qui ont envie de rentrer viennent servir leur pays. Pour cela il faut que nous allions aux élections qui sont la porte de sortie de la crise. A cinquante ans d'anniversaire nous devrions montrer que nous sommes ce pays capable de prendre son destin en main et de se reconstruire.

 

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