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Interview

Bomou Mamadou: «Arrêtons de cultiver le culte de la médiocrité»
Morisson Kassi  [ 29/8/2008 ]

Grand rêveur de liberté et résolument panafricaniste, Bomou Mamadou chante pour interpeller les siens sur leur responsabilité dans les maux qui minent l'Afrique. A l'instar du grand tambour, Bomou Mamadou libère le verbe. Son chant sait être aussi beau que le silence. Son premier album solo « NLELO» est un produit de belle facture, accompagné par les Grands Chœurs d'Afrique et qui s'offre comme un coffret de diamant à la gloire de l'Unité Africaine. Une unité qu'il entend prôner au travers de son second album solo en préparation. Retranché à Bingerville, le maître de la parole nous a ouvert les portes de sa demeure pour parler sans faux fuyant.

Rezoivoire.net: 2001-2008 : Cela fait pratiquement 7 ans que votre premier album est sorti. Et depuis plus rien. Que deviens Bomou Mamadou ?
Bomou: Bomou est là. Il a toujours été là. Mon absence dépend de la forme d'expression que je fais en ce moment. Bomou n'est pas que chanteur. Quand les gens disent on ne voit pas Bomou, c'est parce qu'ils ne me voient pas à la télé. Quand je n'ai rien à présenter, je n'y vais pas. Je dis toujours aux gens quand ton chant n'est pas plus beau que le silence, tais-toi. Le silence c'est le berceau de Dieu. Je joue pratiquement 3 fois par semaine en tant que maître de la parole. J'utilise une autre expression pour présenter des spectacles, des manifestations. C'est une autre forme de création. A côté de cela je prépare aussi ma prochaine œuvre qui sortira d'ici peu.

Mais vos fans sont impatients ?

Ils devront attendre encore un peu. Car même si les textes de ce nouvel album –Unité africaine, pardonnons-nous, chant pour la Côte d'Ivoire- baptisé Unité africaine ou le maître de la parole parle et chante sont prêts, il y a beaucoup d'aléas qui m'empêchent de sortir un album. Mais je profite de ce temps pour travailler davantage comme je l'ai fait pour Nelo. J'entends par aléas, la piraterie qui fait rage en ce moment.

Comment peut-on éradiquer la piraterie ?
Aujourd'hui, on met des gens en prison parce qu'ils ont volé 50 f ou un cellulaire. Mais on ne met pas des gens qui piratent nos œuvres en prison. La piraterie est un délit. Pourquoi ne pas punir ces pirates ? Ce n'est pas parce qu'on punit les vols que les vols sont arrêtés. Mais c'est un combat. On connaît tous la solution mais on tourne autour.

Mais malgré la piraterie, il y a des albums sur le marché.
A quoi cela sert-il de dépenser près de 40 millions pour la confection d'une œuvre quand des individus mal intentionnés la dupliquent pour la vendre à 500 f sur les trottoirs. Je préfère prendre cette somme pour faire autre chose.
C pourquoi la nécessité de l'esthétique a voulu que je prenne une autre forme d'expression.

Qu'entendez vous par autre forme d'expression ?
Je ne suis pas que chanteur. L'artiste africain se doit d'être polyvalent comme le conteur traditionnel. Autant, il dansait, autant il chantait, autant il maniait la parole. Aujourd'hui, nous devons nous inspirer de tout cela. Je suis comédien, danseur, chanteur, auteur et compositeur, autant dire polyvalent puisque également chorégraphe et metteur en scène.
La polyvalence est-elle indispensable ?

Le conteur traditionnel africain est polyvalent. Bomou Mamadou est un conteur et je me suis dirigé vers cette forme d'expression. Les gens m'appellent "Le maître de la parole". Quelque soit le domaine, les gens ont pris l'habitude de me confier le lancement de leurs manifestations que j'essaie de poétiser. La parole est essentielle. La parole est vitale. Si tu chantes pour ne rien dire, ce n'est pas la peine et c'est ce qui est dommage actu. La parole est l'essence de la vie.

D'où tirez-vous votre inspiration ?
Je ne vais pas chercher l'inspiration car l'inspiration me vient. C'est l'inspiration qui me cherche. L'inspiration est en tout le monde. Il faut s'ouvrir pour entendre. On entend dans le silence. Voyez où je suis. Je suis isolé. L'inspiration c'est l'ouverture. Il y a des faits de société. Les yeux sont faits pour voir. Mais encore faut-il regarder avec les yeux de l'esprit. L'artiste doit avoir cette ouverture d'esprit.

Pensez vous que tous les artistes ont cette ouverture d'esprit ?
Je n'aime pas trop me lancer dans les débats de jugements. Il faut de tout pour faire un monde mais ne soyons pas complaisants. Arrêtons le culte de la médiocrité. Aucune génération n'a le monopole de l'intelligence, l'audace. Audacieuse, chaque génération doit l'être sur le chemin de son évolution. Cette jeunesse se doit d'être cultiver, dans leur manière de composer. Il faut que le public apprenne à ne pas accepter trop de médiocrité. On chante trop de conneries.

Qu'est-ce qu'il faut pour redorer cette musique ?
Il faut que les gens travaillent. Qu'on ne se contente pas de nous servir de la musique de mode. Beaucoup st plus porter sur la recherche du gain. Moi, je ne sais pas ceux qu'on appelle artiste aujourd'hui. Quelqu'un sort un titre et puis il se dit artiste. Par ailleurs, on n'a pas d'émission selecte. Ce sont les mêmes mots qu'on dit pour tous les artistes.

Qui est artiste ?
Un artiste, c'est dieu. Au plus simple, c'est un être a part. L'art devient un métier parce qu'il décide de l'exercer dans toute la discipline et la rigueur. C'est lui qui montre du doigt la lune. C'est un modèle. C'est cette quête permanente de la divinité qui fait de nous des artistes. Il nous faut oser. Nul n'est parfait. J'aspire être ce grand artiste. Pouvoir s'ouvrir et élargir son champ.

Est-ce pour élargir votre champ que vous avez provisoirement baptisé votre nouvel album en confection «Unité africaine» ?
Oui. L'oeuvre sera un grand hommage à la femme car il faut que l'humanité apprenne à respecter la femme. Le maître de la femme va chanter la femme mais aussi le pardon. Je suis surpris de voir des gens dormir à l'église, dans les mosquées et puis après venir prendre l'épée pour tuer l'autre. Quand tu passes à coté d'eux, ils sont incapables de demander pardon à leur voisin. C'est pourquoi je dis : «Priez 100 fois jour et nuit et toute une vie, immoler le plus gros taureau ; c'est zéro. Egrenez le plus gros chapelet de la terre, tant que vous ne sèmerez pas un grain de pardon, vous n'entrer pas dans le chant de Dieu.» Il verra la participation de Soum bill, Lokoua Kanza, et une jeune dame dont je tais le nom. Par ailleurs, il n'y a que par l'unité que l'Afrique peut s'en sortir. Les gens ont peur de ns voir réunir car ils savent de quoi nous sommes capables unis.

Et si c'était les africains eux-mêmes qui avaient peur ?
En effet, c'est nous-mêmes qui refusons le développement. Les africains ne veulent pas travailler. L'Afrique refuse le développement dans sa façon de faire. Les remèdes viennent de nos natures. L'Afrique est le continent le plus riche. Comment ce continent peut-il être pauvre ? Pour quelques broutilles, on se sacrifie. «Plantons nos bananes, semons nos riz car rira bien qui mangera le dernier... quand ils auront faim ils viendront nous trouver sur nos terres.» dis-je en substance.

L'unité africaine est-elle possible ?
L'unité est possible mais l'occident se bat contre. L'africain ne sait pas qu'il a une valeur traditionnelle. Nous n'avons pas une politique d'éducation pour ramener nos enfants à leur valeur. On ne donne pas la possibilité aux jeunes de travailler. C'un un travail de méditation qu'on doit faire pour trouver les solutions. Malheureusement, ici on n'écoute pas les artistes.

Dieu, la femme, l'amour, le pardon sont les thèmes que vous abordez très souvent dans vos chansons?
Je suis amoureux de Dieu. J'ai foi en Dieu car je suis un miracle de dieu. Beaucoup d'hommes m'ont aidé. Je crois en l'amour car je vis d'amour, l'amour du prochain, de mon épouse, de mes enfants. Tout artiste doit être un homme de foi.

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