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Quand l'homophobie alimente la propagation du VIH irinnews.org [ 26/7/2008 ]
La persistance, voire la recrudescence, des violences à l'encontre des membres de la communauté gay en Afrique menace les efforts déployés pour lutter contre le VIH non seulement au sein de ce groupe, mais aussi de la population générale, ont averti des activistes lors d'une récente rencontre à Limbé, au Cameroun.
Au cours de cette rencontre, qui a réuni début juillet de nombreux activistes de la lutte contre le sida dans les pays d'Afrique francophone dans le sud-ouest du Cameroun, à l'initiative de l'organisation non gouvernementale française AIDES et de ses partenaires africains, l'extrême vulnérabilité des membres de la communauté gay face au VIH sur le continent a été soulignée par les participants.
En moyenne, d'après les estimations, les taux d'infection au VIH sont quatre à cinq fois supérieurs chez les MSM (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, en anglais) qu'au sein de la population générale, avec des pics dans certaines zones.
A Bamako, la capitale malienne, des tests de dépistages effectués auprès de quelques centaines de MSM ont révélé un taux d'infection d'environ 37 pour cent, selon ARCAD-SIDA, une association malienne de soutien aux personnes vivant avec le VIH/SIDA. Les données officielles établissent le taux national d'infection de la population à 1,3 pour cent.
Au Sénégal, une enquête menée en 2005 a montré que 21,5 pour cent des MSM de la capitale, Dakar, étaient infectés au VIH, comparé à un taux national de prévalence estimé par les autorités à 0,7 pour cent.
Pourtant, a rappelé le rapport « Off the map » de l'International Gay and Lesbian Human Rights Commission (IGLHRC), une organisation américaine de défense des droits des homosexuels, réalisé en 2007, « la vulnérabilité des hommes et femmes ayant des relations sexuelles avec des personnes du même sexe n'est due à aucune prédisposition biologique, mais est le résultat d'un ensemble de violations des droits [humains] et d'inégalités sociales qui augmentent le risque d'infection au VIH ».
L'homosexualité criminalisée
Selon l'IGLHRC, 38 pays, sur les 53 que compte l'Afrique, considèrent toujours l'homosexualité comme un délit, passible de peines allant jusqu'à l'emprisonnement.
C'est notamment le cas au Cameroun, où 11 personnes ont été emprisonnées en 2007 pour pratiques homosexuelles, selon le rapport 2008 de l'organisation de défense des droits humains Amnesty international. Faute de soins, l'un des hommes incarcérés est mort d'une infection liée au VIH/SIDA quelques jours après sa libération.
Pour le docteur Steave Nemande, médecin et président d'Alternatives Cameroun, une association de défense des droits humains, la criminalisation de l'homosexualité a pour conséquence de « légitimer l'homophobie sociale et [de] renforcer la peur chez les MSM, qui prennent davantage de risque en vivant une sexualité clandestine ».
Au Sénégal, où l'homosexualité reste illégale bien que les MSM aient été intégrés en 2005 dans les programmes de lutte contre le sida, la 'chasse à l'homme' et les arrestations qui ont eu lieu ces derniers mois, suite à la publication dans la presse locale de photos d'une fête gay, ont contraint certains membres de la communauté MSM à s'exiler, et d'autres, y compris ceux infectés au VIH, à se cacher –et donc à renoncer aux soins.
Même dans les pays où la législation est muette sur la question de l'homosexualité, comme en Côte d'Ivoire, les MSM sont loin de pouvoir revendiquer leurs droits, a noté Hervé Beuté, membre d'Arc-en-ciel+, une association ivoirienne de prévention du VIH/SIDA chez les MSM. « Nous en sommes encore à nous battre pour [que les MSM aient] accès aux centres de santé ».
Des membres de la communauté sont décédés du VIH/SIDA sans avoir bénéficié de soins après avoir été rejetés de certaines formations sanitaires, a-t-il affirmé, ajoutant que lui-même avait « quelques fois [été] victime d'agression » au cours de campagnes de prévention en faveur des MSM.
Des communautés peu informées
« Sur le continent, les MSM sont de plus en plus nombreux à organiser des campagnes de prévention, mais celles-ci ne peuvent pas être efficaces tant qu'ils sont pourchassés et/ou emprisonnés, ou encore exclus des stratégies officielles de lutte contre cette pandémie », a dit David Monvoisin, membre d'Africa Gay –un groupe de lutte contre le sida au sein des communautés homosexuelles- et chargé de mission pour l'ONG française de lutte contre le sida AIDES.
Philippe, suivi par un centre d'information et de prise en charge gratuite des MSM ouvert tout récemment par l'association Alternative Cameroun à Douala, le grand port commercial camerounais, a malgré tout décidé, comme une poignée d'autres, de prendre le risque de révéler son orientation sexuelle et sa séropositivité, « dans l'espoir que cela servirait d'exemple à d'autres pour qu'il y ait plus d'échanges sur la maladie autant chez les [MSM] que chez les professionnels de la santé ».
Ces initiatives sont indispensables, car de nombreux MSM « ne sont pas instruits et ignorent tout ou presque des méthodes de prévention », a dit Aboubakar Dabo, membre d'ARCAD-SIDA au Mali. Selon une enquête menée en 2006 par cette organisation, 77 pour cent des MSM interrogés avaient des rapports non protégés.
« Plusieurs MSM nous ont dit qu'ils étaient convaincus que la pénétration anale ne présentait pas de risque de contamination », a dit Yves Jong, coordonnateur de la cellule santé sexuelle et prévention d'Alternatives Cameroun.
Une clandestinité dangereuse
Même lorsque les MSM sont sensibilisés, leur exclusion de la plupart des politiques de santé sur le continent fait qu'il est difficile pour eux de se procurer de quoi se protéger de l'infection, le problème le plus récurrent étant celui de l'accès aux gels lubrifiants, a expliqué M. Monvoisin. « Beaucoup [de MSM] utilisent du beurre ou de l'huile, ce qui malheureusement abîme le préservatif ».
La clandestinité dans laquelle sont contraints de se réfugier les communautés gays expose non seulement ces personnes au risque VIH, mais également le reste de la population : de nombreux MSM, ne pouvant vivre ouvertement leur orientation, ont aussi des relations sexuelles avec des femmes, ou sont même mariés, ont rappelé des activistes.
Au Mali, « la plupart des homosexuels -88 pour cent, selon une étude- sont des bisexuels, ce qui favorise la propagation de la maladie », a dit M. Dabo.
Les gouvernements africains doivent donc réagir au plus vite et protéger ces groupes vulnérables, dans l'intérêt de l'ensemble de la population, ont plaidé des participants à la rencontre du Cameroun.
« Tant que les [MSM] seront ignorés, tous les efforts menés dans le monde pour lutter contre le sida seront voués à l'échec », a résumé Joël Nana, du bureau Afrique de l'IGLHRC.
Les « moteurs » des crises
En Afrique de l'Est, divers « moteurs » de crise ainsi nommés doivent être pris en compte dans les plans de contingence pour l'avenir, et notamment : les conflits internes et interétatiques, essentiellement en Ethiopie, en Erythrée, au Kenya, au Soudan et en Somalie, qui provoquent la destruction à grande échelle des moyens de subsistance ainsi que des déplacements de population ; la détérioration de l'environnement due à la croissance démographique ; les problèmes d'eau, notamment les sécheresses et les crues ; et les épidémies et les maladies provoquées par le changement climatique.
Le HFP prévoit qu'au moins 17,4 millions d'habitants de la région seront touchés par un ou plusieurs de ces « moteurs » en 2010, et 26,1 millions en 2015, contre une moyenne annuelle de 11 millions sur la période 2000-2005.
En Afrique australe, le programme prévoit une poursuite de la croissance démographique, qui aboutira à une concurrence accrue pour l'exploitation des eaux du bassin du Zambèze, que se partagent l'Angola, le Botswana, le Malawi, le Mozambique, la Namibie, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe, où les sécheresses et la détérioration des terres sont désormais plus fréquentes, face à une demande toujours plus importante en irrigation.
Quant aux autres régions, elles se trouvent également confrontées à des problèmes semblables.
« Au vu de ces transformations, il est d'autant plus surprenant que certaines des organisations les plus importantes actuellement responsables de prévenir les types de défis humanitaires prévus pour l'avenir, de s'y préparer et d'intervenir ne le font pas », a estimé le HFP.
La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) est une des organisations régionales avec lesquelles HFP travaille dans le cadre de son initiative de planification stratégique à long terme ; avec la CEDEAO, le HFP étudie les réseaux de cours d'eau et observe ce qui se passe lorsqu'un pays décide de construire un barrage sur un cours d'eau qui constitue l'unique accès à l'eau d'un autre pays.
« Dans le cadre de son mandat commun, la CEDEAO est tenue de traiter à la fois les questions humanitaires et le maintien de la paix ; comment, dans cette situation, peut-elle se mettre à traiter ces types de problèmes, compte tenu du changement climatique et de tout un ensemble de facteurs susceptibles d'aboutir à une crise qui risque de troubler la paix ? », a demandé M. Kent.
Le HFP, partenaire de 16 organisations
Le HFP collabore avec 16 organisations, dont trois organes régionaux comme la CEDEAO, trois organisations multilatérales telles que le Bureau pour la prévention des crises et le relèvement, du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD-BCPR), quatre ONG, telles que BRAC, du Bangladesh, et l'International Council for Voluntary Agencies, et six gouvernements dont ceux du Danemark, de la Norvège, de la Suède, du Royaume-Uni et des Etats-Unis.
Avec le PNUD-BCPR, il mène un projet de recherche sur la République centrafricaine. Dans le domaine de la conception de scénarios, le programme demande à des participants de concevoir ce que l'avenir sera, à leur avis, sur une période de 10 à 15 ans, puis d'envisager leurs capacités structurelles et opérationnelles actuelles, afin de déterminer les changements à apporter pour faire face à cet avenir.
Selon les recommandations formulées dans un rapport rédigé pour le compte du Centre américain d'études stratégies et internationales (CSIS), le gouvernement devrait chercher à créer des structures onusiennes d'intervention humanitaire qui soient plus efficaces par le biais d'un système d'alerte précoce intégré, à assigner à l'avance les rôles des intervenants dans les domaines de vulnérabilité prédéterminés, et à créer un entrepôt virtuel qui recenserait l'ensemble du matériel de secours mondial.
« En collaborant très étroitement avec eux [les partenaires du HFP], nous espérons trouver un processus, une méthodologie, des techniques, des outils qui permettront à la communauté humanitaire dans son ensemble d'avoir une meilleure capacité d'anticipation et d'adaptation à l'avenir », a déclaré M. Kent. « La difficulté consistera à faire en sorte que cette communauté pense en termes de vulnérabilité [future] ».
« C'est toujours le même débat, "Oh, c'est très académique, tout ça. Moi, je suis là pour sauver des gens" », a-t-il noté. « Ce que je veux dire, c'est que si vous êtes vraiment là pour sauver des gens, commencez à travailler et à faire preuve d'un esprit plus stratégique dans votre façon d'envisager l'avenir ».
« Les choses et les dynamiques sont en train de changer et la façon traditionnelle qu'a la communauté de penser à ces choses, de s'y préparer, d'en débattre, devient de plus en plus hors de propos », a-t-il ajouté, en concluant néanmoins que « les gens sont de plus en plus réceptifs. D'une manière ou d'une autre, le message est en train de passer ».
Imaginer des scénarios pour l'avenir
World Vision International, une organisation de secours humanitaire et d'aide au développement à but non-lucratif, a déclaré qu'elle envisageait déjà avec bien plus d'intérêt la dimension future de son travail.
« Nous venons de nommer un directeur responsable du changement climatique », a indiqué à IRIN Mark Janz, directeur du service de planification humanitaire. « Nous prévoyons de faire preuve d'une plus grande capacité d'adaptation et d'anticipation ».
L'organisation Oxfam a pour sa part expliqué qu'elle ne se focalisait pas uniquement sur l'élaboration de plans de contingence, mais qu'elle tentait aussi de convaincre d'autres organismes d'en faire autant.
« Ce qu'on essaie de faire à présent [à Washington], c'est de veiller à ce que ces fonds issus du CAP [Processus d'appel consolidé] et du système des échanges américains, qui pourraient littéralement générer des milliards de dollars -payés par les responsables du problème du changement climatique- permettent d'aider les communautés à s'adapter, à l'avenir, aux causes liées au changement climatique », a déclaré Paul O'Brien, directeur de l'équipe chargée de s'assurer de l'efficacité de l'aide humanitaire à Oxfam Amérique.
« Nous tentons de faire en sorte que des fonds soient mis de côté, par le biais du système budgétaire américain, pour permettre aux communautés de s'adapter, à l'avenir, aux crises humanitaires provoquées par les conséquences du changement climatique ».
CARE Etats-Unis, une ONG qui s'efforce de lutter contre la pauvreté dans le monde, a pour sa part dit avoir pris bonne note de l'exemple donné par les entreprises : l'ONG a en effet envoyé certains de ses employés en formation, afin que des dirigeants d'entreprise leur enseignent comment élaborer des plans de contingence.
« Il est vrai que nous utilisons beaucoup la conception de scénarios dans notre travail, et que nous le faisons depuis plusieurs années, déjà », a indiqué à IRIN Michael Rewald, vice-président de Global Support and Partnership.
M. Rewald a cité les scénarios réalisés sur la situation de l'Asie dans 20 ans, qui prévoient différentes possibilités, notamment un scénario dans lequel l'Inde et la Chine deviendraient les forces dominantes, et un autre où l'Asie serait morcelée en petits Etats régionaux, tous en conflit les uns avec les autres.
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