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Côte d'Ivoire : Comprendre la guerre de l'Ouest (1)
Abidjan, de notre Correspondant politique*
Le 19 septembre 2002, le Général Robert Guéï, président de la Côte d'Ivoire sous la transition militaire (Décembre 1999 - Octobre 2000),
est retrouvé mort à quelques mètres de « la Pisam », un hôpital privé situé à Cocody (nord-est d'Abidjan). « Le ministre de la Défense
veut nous renvoyer à la vie civile. Cela fait deux ans qu'on est dans l'armée. On n'est pas d'accord. Et pour se faire entendre, on a
que les armes. On ira jusqu'au bout », a déclaré sur les ondes de la radio et de la télévision nationales, un certain Koné Daouda, un
soldat de 1ère classe (classe 98 2A) qui justifiait ainsi, d'innombrables tirs de rafales de kalachnikov, entendues à Abidjan bien sûr,
mais aussi à Bouaké dans le centre du pays.
L'ouest ivoirien est désormais une jungle où le mieux armé fait la loi
Putsch ou coup d'Etat ? « Ce n'est pas important de qualifier ce qui se passe. Ce qui importe, c'est de gérer la situation et on essaye
de contenir la situation et de ramener le calme », a nuancé le Premier ministre d'alors, M. Pascal Affi N'Guessan. Quant au chef de
l'Etat, Laurent Gbagbo, il « a décidé de ne faire aucune déclaration avant d'avoir pris connaissance de tous les éléments sur la
situation, et a insisté sur son souhait d'éviter toute spéculation sur l'origine de ce mouvement », a indiqué depuis Rome (Italie),
M. Alain Toussaint, (ci devant) conseillé en communication du président.
La situation ne sera hélas, ni « contenue » ni clairement expliquée aux Ivoiriens quand la 3ème légion militaire de Bouaké qui comprend
l'ensemble de la « classe 98 2A. », est déclarée « prise » par les insurgés dits « Zinzin » et « bahéfoué ». Les Ivoiriens réalisent dès
lors qu'il s'agit d'un coup d'Etat, la scission du pays intervenant par la suite avec la prise d'autres villes du Nord.
Les occupants des localités assiégées se font alors appeler « Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI)» dont le secrétaire général
proclamé, Soro Kigbafory Guillaume est un ancien étudiant au département d'Anglais de l'université d'Abidjan. Les négociations avec les
rebelles achoppent après plusieurs tentatives de conciliation.
Arrivent donc les pourparlers inter ivoiriens de Linas Marcoussis (banlieue parisienne) en janvier 2003, sur l'initiative de la France.
Deux succursales du MPCI à l'origine du conflit
Mais, au mois de décembre de l'année précédente, deux autres rébellions, le mouvement pour la justice et la paix (MJP) et le Mouvement
populaire du grand ouest (MPIGO) naissent à l'Ouest (alors libre) du pays. Ils sont respectivement dirigés par le commandant Dely Gaspard
et le sergent N'Dri Saint Clair.
La guerre de l'Ouest est partie de l'avènement de ces deux entités rebelles qui ne sont que des ramifications du MPCI.
Venger la mort du Général
Le Général Robert Guéï assassiné le 19 septembre 2002
En effet, Dely Gaspard et N'Dri St Clair font croire aux populations Dan (ou Yacouba) et Wê (ou wobé) de l'Ouest qu'ils prennent les
armes « pour venger le Général Robert Guéï », lui-même de l'ethnie Dan et originaire de Kabakouma dans le département de Man. Et pour
emballer les populations, le représentant du MJP se fait appeler « Doh Félix », un nom propre à la région. Du coup, ces populations
mordent à l'appât et lui vouent une grande sympathie.
Grave erreur pourtant, car il va s'en suivre un massacre immonde des peuples Wê, suspectés proches du Président Laurent Gbagbo et de son
parti, le Front populaire Ivoirien. L'on parle même du « génocide du peuple Wê » par les Dan. L'exode des victimes est massif vers la
zone gouvernementale. Il s'est aggravé après une tentative de libération de la ville par les Forces de Défense et de Sécurité (FDS)
loyalistes. Les tueries s'étendent même à la ligne de front occupée par les forces impartiales que sont l'armée française (la force
Licorne) et la mission onusienne(ONUCI).
Pour éviter une « contamination » de la zone dite « de confiance » à l'Ouest (de Guiglo à la frontière libérienne), des bras valides
Wê organisent la résistance. D'où l'avènement d'un « Front de Libération du Grand Ouest(FLGO), une milice armée dirigée par Maho
Glofihié Thomas, un cadre administratif à Guiglo et d'ethnie Wê, qui réussit à contrer le MJP et le MPIGO.
Sa témérité fait en effet école, et des ramifications de sa milice s'installent dans toute la zone de confiance.
La terre, un autre facteur du drame
La terre, un autre facteur du drame
Si les affrontements entre Wê et Dan se sont dès lors estompés, la région n'est pas pour autant épargnée des affres de la guerre car un
autre problème va surgir. Il s'agit de l'expropriation des allogènes de leurs plantations par les autochtones. Rappelons que dans les
années 70, l'Ouest comme le Sud du pays a connu une vaste migration des peuples Baoulé, Sénoufo et Malinké. Une forte immigration de
colonies burkinabé, malienne et guinéenne a également ciblé la même zone; Toutes en quête de terres cultivables, que leur ont d'ailleurs
offertes leurs hôtes.
Suite au sommet de Linas-Marcoussis en janvier 2003, la loi relative au « foncier rural » (disposition agraire) est modifiée: n'est plus
forcément propriétaire d'une terre celui qui l'a mise en valeur, comme dans les années Houphouët Boigny, premier président du pays.
Désormais, une parcelle de terre devient propriété définitive de l'acquéreur après un processus juridique. La vente du patrimoine
forestier est également interdite.
La jeune génération, consciente des erreurs commises par l'ancienne, entreprend alors de chasser les allogènes. C'est là où le bas blesse.
Et comme il fallait s'y attendre, une fébrilité naît chez les bénéficiaires des terres qui s'organisent à leur tour, en vue de protéger
leurs biens. Malgré cela, des affrontements ont lieu entre autochtones et allogènes dans les régions de Gagnoa, Daloa (centre ouest) et
Bangolo, Duékoué et Guiglo, notamment.
ONUCI et Licorne, impuissantes face à la tragédie
Des soldats de la force Licorne
Les nombreuses missions de réconciliation nationale diligentées dans ces localités, n'ont pas amélioré une sécurité demeurée précaire.
Des villages entiers ont été en effet détruits par cette « guerre de propriété » accentuée par la disparité des armes à feu. L'insécurité
est hélas totale en raison des chevauchées de miliciens et de rebelles non contrôlés. Ces individus sont en général des ex-combattants
libériens, en quête de ressources nécessaires à leur survie. Aussi, déplore-t-on quotidiennement, des cas de braquages, d'attaques isolées
de hameaux, de viols et d'autres exactions. Le moins qu'on puisse dire c'est que l'Ouest ivoirien est devenu une véritable jungle où le
mieux armé fait la loi.
L'instabilité dans cette partie du pays, est sans nul doute, liée aussi aux évènements du 28 février 2005. A l'aube ce jour, de jeunes
gens armés et se réclamant du Mouvement ivoirien pour la libération de l'Ouest de la Côte d'Ivoire (MILOCI) du Pasteur Gammi, ont en
effet attaqué Logoualé (nord de Duékoué), occupée par la rébellion. L'homme de Dieu, lui, parle d'une « lutte de libération » alors que
les rebelles se plaignent d'une violation du cessez-le-feu en vigueur depuis le mois de mai 2003.
Logoualé, une localité peuplée de « Dan » est la première position rebelle à partir de la ligne de front. En l'attaquant, le Pasteur
Gammi et ses « soldats entendent déloger les rebelles des terres de leurs ancêtres. » En dépit d'assauts répétés, la paix est illusoire
et les communautés jadis voisines sont sur le qui-vive.
Le comble est que les forces dites « impartiales » (ONUCI et Licorne) et dont la mission est de sécuriser la zone, sont impuissantes
devant une situation que des Organismes non gouvernementaux qualifient de « cruciale ». Notons que la Licorne, elle, n'est pas en odeur
de sainteté avec les populations des zones sous contrôle gouvernemental. L'ONUCI, le contingent Bangladais déployé dans la zone a
notamment déploré, quant à elle, l'insuffisance de ses potentiels matériels et humains.
*Alain KAMY
NDLR: Prochainement, la seconde partie de ce dossier sur rezo-ivoire.net
Les lecteurs intéressés au présent sujet peuvent également écrire à l'auteur via info@rezo-ivoire.net
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