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Chronologie de la guerre civile de Côte d'Ivoire

La guerre civile de Côte d'Ivoire a commencé le 19 septembre 2002, et a repris en novembre 2004.

FORCES EN PRESENCE

Il existe trois grandes forces armées :

1 - Les forces gouvernementales : - les Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI), qui sont les forces gouvernementales officielles, également appelés loyalistes, constituées et équipées pour l'essentiel depuis 2003 ;
- elles sont renforcées par des mercenaires de diverses nationalités, recrutés par le président Gbagbo ;

2 - Les « rebelles » : - les Forces nouvelles (FN), ex-rebelles du nord, qui tiennent 60 % du pays, avec environ 7000 hommes armés (chiffre variable, en fonction des va-et-viens d'une partie de ces hommes avec le Liberia) ;

3 - Les forces d'interposition : - les forces françaises : le 43e BIMa et les troupes envoyées dans le cadre de l'opération Licorne et sous mandat de l'ONU (ONUCI), soit 3000 hommes en février 2003 et 4600 en novembre 2004 ;
- les soldats de la CEDEAO, les Casques blancs, eux aussi sous mandat de l'ONU.

Le gouvernement a l'appui des Jeunes patriotes, groupe nationaliste violent, issu de la Fédération des étudiants et scolaires de Côte d'Ivoire (FESCI), et acquis à la politique du président Laurent Gbagbo.

ORIGINE DU CONFLIT

Le règne de Félix Houphouët-Boigny

Sous le règne de Félix Houphouët-Boigny (de 1960, jusqu'à sa mort en 1993), la Côte d'Ivoire est un pays très bien intégré dans le commerce mondial. Les principales recettes de l'État viennent de l'exportation des matières premières, comme le cacao (la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial), le café, le coton, mais également le gaz naturel.

Ce commerce vers l'extérieur a permis au pays de se développer et de permettre aux citoyens d'avoir un bon niveau de vie. Ce paradis économique et social, dans une Afrique pauvre, attire de nombreuses immigrants des pays voisins. C'est ainsi que notamment, les Burkinabè et les Guinéens s'établirent en masse dans le nord du pays pour travailler comme main-d'?uvres dans les plantations.

A la mort de Houphouët-Boigny, le pays entra dans une crise multiforme. Ses successeurs n'avaient pas son aura, et ne surent pas faire face aux difficultés économiques dues pour une grande part à la dégradation des termes de l'échange entre pays du tiers monde et pays développés.

Le concept d'ivoirité et son application politique

Dès 1993, Laurent Gbagbo, demande une révision du Code électoral pour ne permettre qu'aux Ivoiriens de souche de pouvoir voter et surtout, se présenter.

Le 8 décembre 1994, une révision du Code électoral impose aux candidats à la présidence de prouver leur ascendance ivoirienne, garante de leur citoyenneté.

Le 26 août 1995, Henri Konan Bédié, alors président depuis la mort d'Houphouët-Boigny, introduit le concept d'ivoirité. Selon lui, ce concept permet à la Côte d'Ivoire de mieux préserver son identité. En réalité, cela lui permet d'évincer son principal rival, Alassane Ouattara, d'origine burkinabè.

Ce rejet d'Alassane Ouattara s'appuyait sur le rejet ancien du dioula, l'homme du nord pour les Ivoiriens de la côte et du centre. À une différence ethnique, s'ajoute en effet une différence de religion : les Ivoiriens du nord, musulmans, sont soupçonnés d'être de mauvais Ivoiriens, et sont donc rejetés par les Ivoiriens du sud, chrétiens. Mais il aboutit à un sentiment d'exclusion des populations du nord, notamment les Malinkés, dont les patronymes ont le plus facilement une consonance étrangère. Ceux qui, ayant un tel nom et ne peuvent prouver leur nationalité, n'obtiennent que des cartes d'identité provisoires, et ne peuvent avoir de certificat de nationalité.

L'ivoirité permet également de reporter les raisons de la crise économique que connaît la Côte d'Ivoire sur les étrangers. Ainsi, l'ivoirité devient rapidement un concept xénophobe, qui consiste à rejeter tous les maux sur les étrangers, (en 1998, ils représentent 26 % de la population, les hommes politiques ivoiriens gonflant ce chiffre jusqu'à 40 %) et qui « volent » le travail des ivoiriens.

Le 22 octobre 1995, contre un seul candidat (les autres candidats sont refusés par la Cour suprême ou on boycotté l'élection), Henri Konan Bédié est élu président de la Côte d'Ivoire avec 96,44 % des voix. Fort de son succès, il effectue en 1998, une réforme de la propriété foncière. Avec cette réforme, seul les Ivoiriens de souche peuvent détenir des terres. Des milliers de paysans d'origine burkinabè et d'autres pays frontaliers, se retrouvent expulsés de leurs terres.

Le 24 décembre 1999, Henri Konan Bédié est renversé par l'armée, non pas à cause du concept d'ivoirité, mais pour une réforme de la Constitution, qui lui aurait permis de se présenter jusqu'à l'âge de 75 ans. L'ivoirité reste un concept tout à fait acceptable.

Le général Robert Guéï est placé au pouvoir jusqu'à la tenue de nouvelles élections, l'ivoirité reste utilisée dans la politique du pays pour limiter la vie sociale des « Ivoiriens d'origine douteuse ». C'est dans ces conditions que le 23 juillet 2000, une nouvelle Constitution est adoptée par référendum. Elle stipule que seul les Ivoiriens nés de parents ivoiriens puissent se présenter à une élection présidentielle. Une vaste « campagne d'identification », destinée à définir la véritable citoyenneté des Ivoiriens, est effectuée. Cette nouvelle Constitution n'empêche pas Alassane Ouattara de se déclarer candidat à l'élection présidentielle.

Dégradation du climat politique

Après trois décennies de dictature, le coup d'État du général Robert Guéï fut légitimé par la reconnaissance du Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo et le Rassemblement des républicains de Côte d'Ivoire (RDR) d'Alassane Ouattara. Dès lors, tout était permis pour prendre le pouvoir.

Les 7 candidats présentés successivement par le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), dont Henri Konan Bédié à la présidence en 2000 furent éliminés par la Cour suprême. Il en fut de même pour le candidat du RDR, Alassane Ouattara, jugé non-ivoirien. Au total, 14 des vingt partis ayant présenté des candidats à l'élection présidentielle furent repoussés par la Cour suprême. La vie publique fut le théâtre de violences verbales et de plus en plus, physiques. Les responsables politiques attisèrent cet état de fait, provoquant des antagonismes de plus en plus graves et aggravant les ranc?urs.

Le 22 octobre, Robert Gueï s'auto-proclame président de la république, ce qui déclenche d'importantes manifestations de la population, bientôt suivie par l'armée. Les affrontements opposent partisans du général Gueï et républicains. Les premiers sont rapidement vaincus, mais les affrontements se prolongent entre partisans de nouvelles élections entre tous les candidats, et partisans de Laurent Gbagbo. Finalement, le 26 octobre, c'est Laurent Gbagbo qui est proclamé président, sur décision de la Commission électorale, le 26 octobre.

L'approche des élections législatives est source de nouvelles tensions, c'est dans ces conditions que Laurent Gbagbo décrète l'état d'urgence le 4 décembre. Le 10 décembre, aux élections législatives, le FPI remporte 91 sièges sur 225, le PDCI de son côté en remporte 70, le RDR pour sa part a décidé de boycotter les élections.

LA GUERRE CIVILE (SEPTEMBRE 2002 - AUJOURD'HUI)

La rébellion

Une tentative de coup d'État a lieu le 19 septembre 2002, simultanément à Abidjan (principale ville du pays et siège du gouvernement), Bouaké (centre) et Korhogo. Pendant ce putsch, diverses tentatives d'assassinat ont lieu contre des personnalités politiques : Alassane Ouattara, Moïse Lida Kouassi, ministre de la Défense. Le ministre de l'Intérieur Émile Boga Doudou, Robert Guéï, chef d'état-major, et leurs gardes du corps sont assassinés. Leurs assassins sont connus et circulent librement. La responsabilité de ces assassinats et tentatives revient au gouvernement, selon le rapport Leliel (rapport de l'ONU, voir lien en fin d'article). Les putschistes sont repoussés et se replient à Bouaké. Des combats ont lieu entre rebelles et forces gouvernementales, et Bouaké notamment passe de mains en mains ; des exécutions sommaires se multiplient, de chaque coté. Lors de ce coup d'État, Laurent Gbagbo était en voyage diplomatique en Italie.

Durant les jours qui suivent et jusqu'au mois de novembre, de nombreux syndicalistes, étudiants, opposants politiques du RDR ou des partis proches du RDR, soupçonnés d'être à l'origine de la rébellion, ou militants d'organisations communistes, sont exécutés par les forces de l'ordre ou par des miliciens. Trois cent personnes au total ont ainsi été assassinées à l'automne 2002. Des centaines d'étrangers ou de personnes suspectes sont également massacrées par les FANCI ou les mercenaires libériens. Des massacres similaires ont lieu dans la zone rebelle.

Des bombardements des hélicoptères de l'armée loyaliste font plusieurs morts dans les populations civiles en novembre et décembre 2002.

Ce coup d'État avorté à Abidjan, ce qui indique bien que l'on est pas dans une crise tribale (avec sécession), mais bien dans une crise de transition d'une dictature à une démocratie, avec les heurts inhérents à la définition de la citoyenneté. Les rebelles sont des soldats qui ont été exclus de l'armée ivoirienne (pour défaut d'ivoirité), et qui veulent y être réintégrés. Au nombre de 700, ils sont appelés les Zins Zins et les Bahoufoués. Devant le succès de leur opération, leurs revendications se sont ensuite étendues, les populations du nord soutenant leur rébellion. La principale revendication étant l'obtention de la nationalité ivoirienne, le droit de vote et leur représentation à Abidjan. Le concept d'ivoirité et tout ce qui en découle est directement mis en cause par les rebelles.

Les rebelles sont bien armés et entraînés, il est possible que ce soit par le Burkina Faso. La rebellion est préparée au Burkina Faso par des militaires ivoiriens proches du général Guéï. Parmi les principaux dirigeants des rebelles, Guillaume Soro, leader du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), parti principal des rebelles, est issu du syndicat étudiant proche du FPI de Gbagbo, mais a aussi été suppléant d'une candidate RDR aux élections législatives de 2000. Louis Dacoury Tabley a également été un des dirigeants du FPI, qu'il quitte après le putsch.

Intervention de la France

La France intervient le 22 septembre, pour protéger ses ressortissants et les occidentaux (quelques agents étatsuniens protégeant leurs propres ressortissants). Paris envoie alors 2500 militaires et demande à la CEDEAO d'envoyer des casques blancs, de manière à internationaliser la gestion de la crise.

Le 17 octobre, un cessez-le-feu est signé.

Le 28 novembre, le Mouvement populaire ivoirien du Grand Ouest (MPIGO) et le Mouvement pour la justice et la paix (MJP), deux nouveaux mouvements rebelles, prennent le contrôle des villes de Man et Danané, dans l'ouest. La France pousse à la négociation, alors que rebelles et Gbagbo ne pensaient qu'à en découdre.

Plusieurs raisons ont poussé la France à intervenir :

- respect de l'accord de protection militaire en cas d'attaque étrangère de la Côté d'Ivoire. Or, les rebelles sont considérés par le gouvernement de Côte d'Ivoire comme des étrangers ;
- protection des ressortissants français et occidentaux ;
- protection des biens des ressortissants français. La moitié des PME sont détenues par des Français ;
- éviter une tragédie comme celle du Rwanda (voir l'article : Génocide au Rwanda), où la France a été mise à l'index, étant intervenue tardivement pour enrayer le génocide.

Toutes ces raison ont poussé la France à intervenir, mais elle fut très vite accusée de vouloir uniquement protéger ses intérêts et d'avoir des visées néo-colonialistes.

La France considère que les rebelles s'insurgent contre une humiliation. Cette humiliation serait liée au fait que le nord est désertique, alors que le sud est plus riche, car fertile et côtier. La discrimination ethnique et religieuse est également un facteur de rébellion. La notion d'ivoirité cristallise le problème. Pour Laurent Gbagbo, il s'agit d'anciens militaires, soutenus par une ingérence du Burkina Faso, qui souhaite déstabiliser la région.

La principale différence d'interprétation porte sur la reconnaissance d'une cause juste à défendre. La conséquence en est que Paris souhaite la réconciliation, quand le gouvernement Côte d'Ivoire souhaite une répression militaire.

Les accords Kléber (dits de Marcoussis)

Pour tenter un rapprochement, les parties en conflit sont invitées par la France, à Linas-Marcoussis, à trouver un compromis pour sortir de la crise. Le 26 janvier 2003, les accords Kléber (dits de Marcoussis), sont signés et prévoient que :

- le président Gbagbo est maintenu au pouvoir jusqu'à de nouvelles élections ;
- les opposants sont invités dans un gouvernement de réconciliation et obtiennent les ministères de la Défense et de l'Intérieur ;
- des soldats de la CEDEAO et 4 000 soldats français de l'Opération Licorne sont placés entre les belligérants pour éviter une reprise du conflit.

Dès le 4 février, des manifestations anti-françaises ont lieu à Abidjan, en soutien à Laurent Gbagbo, qui déclare avoir eu la main forcée, après s'être engagé solennellement à Paris à faire appliquer ces accords, unique solution à la crise. La fin de la guerre civile est proclamée le 4 juillet. Une tentative de putsch, organisée depuis la France par Ibrahim Coulibaly, est déjouée le 25 août par les services secrets français.

L'ONU autorise la formation de l'ONUCI le 27 février 2004, qui regroupe les forces françaises et de la CEDEAO.

Le 4 mars, le PDCI suspend sa participation au gouvernement, étant en désaccord avec le FPI (parti de Laurent Gbagbo) sur des nominations au sein d'administrations et d'entreprises publiques.

Le 25 mars, une marche pacifique organisée pour protester contre le blocage des accords de Marcoussis, alors que les manifestations sont interdites par décret depuis le 18, est réprimée par les forces armées, épaulée par la police et les Jeunes patriotes : il y a 37 morts selon le gouvernement, entre 300 et 500 selon le PDCI d'Henri Konan Bédié. Cette répression provoque le retrait de plusieurs partis d'opposition du gouvernement. Le rapport de l'ONU du 3 mai révèle l'implication des hautes autorités de l'État ivoirien et estime le bilan à au moins 120 morts.

En avril, les forces loyalistes effectuent plusieurs bombardements dans l'ouest du pays, qui tuent des civils. Le gouvernement de réconciliation nationale, composé de 44 membres à l'origine, est réduit à 15 après le limogeage de 3 ministres, dont Guillaume Soro, chef politique des rebelles, le 6 mai. Cela entraîne la suspension de la participation au gouvernement d'union nationale de la plupart des mouvements politiques.

La France est dès lors dans une situation de plus en plus inconfortable, accusée par les deux camps de favoriser l'autre :

- les loyalistes, parce qu'elle protège les rebelles, et n'applique pas les accords de défense passés avec la Côte d'Ivoire ;
- les rebelles, parce qu'elle empêche la prise d'Abidjan.

Le 25 juin, un militaire français est tué dans son véhicule par un soldat gouvernemental près de Yamoussoukro.

En juillet, un sommet à Accra au Ghana rassemblé par l'ONU relance le processus de paix en donnant un nouveau calendrier.

Les exactions et crimes commis depuis 2002

Bien que le nord de la Côte d'Ivoire soit considéré par les rebelles comme libéré, de nombreuses exactions ont été commises un peu partout. Plusieurs charniers et fosses communes ont été trouvé par l'ONU et des organisations non gouvernementales comme Amnesty International.

Parallèlement à cela, les rebelles mettent à sac les banques de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) à Bouaké et à Korhogo. Bien que le butin ne soit pas connu avec précision, il est estimé à plusieurs milliards de francs CFA (un milliard de francs CFA = un million et demi d'euros). Plusieurs militaires français de l'Opération Licorne sont arrêtés pour avoir ramassé des sacs remplis de billets abandonnés par les pillards.

Dans la zone contrôlée par le gouvernement, de nombreux massacres d'étrangers ont eu lieu. Les disparitions signalées aux forces de l'ordre ne donnent généralement pas lieu à des enquêtes. Tous les partis politiques d'opposition et les syndicats déplorent la disparition de plusieurs de leurs militants, disparition attribuée aux Escadrons de la mort, composés de militaires, policiers et miliciens. D'un autre coté, les détentions arbitraires et sans jugement se multiplient.

Les viols sur les femmes adultes ou sur les enfants sont extrêmement nombreux, souvent accompagnés d'actes de barbarie, sur tout le territoire de la Côte d'Ivoire. Les forces de police se sont rendues responsables de torture. Plusieurs communautés religieuses (notamment les musulmans) sont victimes d'exactions dans le sud du pays.

LA REPRISE DE LA GUERRE (DEPUIS OCTOBRE 2004)

Facteurs de reprise

Le « chronogramme » des accords d'Accra III n'est pas respecté. Les projets de lois prévus dans le processus sont bloqués par le FPI à l'Assemblée nationale. Les conditions d'éligibilité pour le scrutin présidentiel ne sont pas revues, car Laurent Gbagbo prétend choisir une procédure référendaire et non la voie des ordonnances, suggérée à Accra. Devant le blocage politique, le désarmement dont le début est prévu quinze jours après ces modifications constitutionnelles ne s'engage pas à la mi-octobre.

La tension remonte, et des signes indiquent que les deux camps désirent en découdre à nouveau. Des soldats de l'ONU ouvrent le feu sur des manifestants défavorables au désarmement des rebelles le 11 octobre. Les rebelles, qui ont pris le nom de Forces nouvelles (FN), annoncent, le 13 octobre, leur refus de se laisser désarmer face aux achats massif d'armes des Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI). Elles ont en effet intercepté deux camions des FANCI plein d'armes lourdes faisant route vers la ligne de démarcation. Le 28 octobre, elles décrètent l'état d'urgence dans le nord du pays.

L'offensive avortée de Gbagbo

Le 4 novembre, l'aviation récente des FANCI commence des bombardements sur Bouaké. Des combats opposent les forces terrestres les jours suivants, mais les FANCI ne parviennent pas à percer. Au total, les Forces nouvelles annoncent la mort de 85 civils dans les bombardements du 4 au 6 novembre.

Les journées des 6 au 9 novembre

Le 6 novembre, l'aviation gouvernementale fait neuf morts et 37 blessés parmi les soldats français basés à Bouaké (2e RIMA, RICM, 505e régiment du train) et un civil étatsunien (d'une ONG). Les forces françaises ripostent en détruisant les deux Sukhoï sur la base de Yamoussoukro, 15 minutes après l'attaque.

Jacques Chirac donne l'ordre de riposter en détruisant également tout les moyens aériens militaires ivoiriens. Cette action a pour objectif d'empêcher toute nouvelle attaque des FANCI contre les rebelles, contraire aux Accords de Marcoussis et également d'empêcher toute nouvelle attaque contre les positions françaises.

Une heure après l'attaque sur le camp des forces françaises, des combats éclatent entre les militaires français et ivoiriens pour le contrôle de l'aéroport d'Abidjan, essentiel pour la France de manière à établir un pont aérien.

Dans le même temps, l'Alliance des jeunes patriotes d'Abidjan (voir Politique de la Côte d'Ivoire pour plus de détails sur les Jeunes patriotes), envoie ses troupes, attisées par les médias d'État (radio, télé, mais aussi des journaux comme Le Courrier d'Abidjan ou Notre Voie), qui pillent de nombreux biens immobiliers. Des viols, des passages à tabac sont recensés, peut-être des meurtres par les Jeunes patriotes, qui exposent explicitement leur idéologie xénophobe et raciste. D'après la CCI d'Abidjan, les entreprises détenues par des Français, des Occidentaux, des Libanais ou des Ivoiriens ont été détruites ; les témoignages d'entrepreneurs ivoiriens ou libanais restés sur place s'accordent pour décrire des « pillages planifiés, ciblés et encadrés », et préciser que des militaires y participaient (Pierre Daniel, dirigeant du Mouvement des PME). Les médias d'opposition ou indépendants sont mis à sac.

Les militaires français, assiégés par la foule, ont ouvert le feu sur elle (déclaration du chef-d'état-major Bentégeat, le soir du 7 novembre). Plusieurs centaines d'Occidentaux, principalement des Français, se réfugient sur les toits de leurs immeubles pour échapper à la foule, ils sont alors évacués par des hélicoptères de l'armée française.

La France envoie en renfort 600 hommes venant du Gabon et de la France.

À partir de la semaine du lundi 8 novembre, certains expatriés occidentaux (Français et Libanais principalement, mais aussi Marocains, Allemands, Espagnols, Britanniques, Néerlandais, Canadiens, et Étatsuniens) en Côte d'Ivoire choisissent de partir, pour certains définitivement.

Le 13 novembre, le président de l'Assemblée nationale Mamadou Coulibaly (FPI), déclare que le gouvernement ivoirien ne porte aucune responsabilité dans le bombardement du samedi précédent (le 6), et annonce l'intention de porter plainte devant la Cour internationale de Justice (intention répétée le 28 novembre, mais finalement non mise à exécution) :

- pour la destruction des moyens aériens de l'armée ivoirienne ;
- pour la répression des manifestations du 6 au 9 par l'armée française, qui aurait fait plusieurs dizaines de morts (le chef d'état-major français Bentégeat reconnaît des morts parmi les Ivoiriens dès le soir du 7 novembre).

Le même jour, dans un entretien accordé au Washington Post, Laurent Gbagbo remet en cause l'existence même des morts français à Bouaké.

À la menace de plainte de Mamadou Coulibaly, répond une plainte officielle déposée en France par l'association Comité du 22 avril 1988 à la mémoire des gendarmes d'Ouvéa pour « homicides volontaires avec préméditation et blessures volontaires avec armes et en réunion » contre Laurent Gbagbo, le colonel Philippe Mangou, commandant de l'opération de bombardement et depuis promu chef d'état-major des FANCI, ainsi que les pilotes des Sukhoi-25

Le 15 novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies, à la demande de la France, prend à l'unanimité la résolution 1572, interdisant le commerce des armes avec l'une ou l'autre des deux parties belligérantes, rebelles du nord ou forces gouvernementales. Plusieurs pays africains ont rendu plus sévère cette interdiction.

Fin novembre, le gouvernement ivoirien abandonne la thèse de l'armée française décapitant et massacrant la foule des manifestants. Il mène par contre une opération de communication visant à démontrer des tirs volontaires sur cette foule.

Départs des étrangers

Au 13, 2600 expatriés français étaient revenus en France, ainsi que 1600 expatriés européens. Au 17 novembre, 8332 Français (sur les 14 000 présents début novembre) avaient quitté la Côte d'Ivoire. Les opérations d'évacuation ont couté environ cinq millions d'euros.

Jean-Louis Billon (président de la Chambre de commerce et d'industrie de Côte d'Ivoire) lors d'un entretien sur la radio de l'ONUCI déclare que « les entreprises ivoiriennes sont touchées » et le départ de plusieurs entreprises détenues par des étrangers risque d'avoir des impacts importants sur l'économie et le chômage en Côte d'Ivoire.

Bien que la Côté d'Ivoire reste le premier producteur mondial de cacao, le départ de plusieurs milliers d'étrangers de Côte d'Ivoire et la fermeture de leurs entreprises, risque de priver le pays de nombreuses recettes fiscales. Les troubles empêchent de plus l'exportation de ces denrées périssables, ou les renchérissent : au sud comme au nord, les camions sont rançonnés (mais dix fois plus au sud qu'au nord, d'après la CCI de Bouaké).

Reprise du processus de paix

Courant décembre, le président Gbagbo relance le processus de modification de la Constitution prévu dans les différents accords, de Marcoussis comme d'Accra III. Le 17 décembre, le projet est adopté par l'Assemblée nationale, 179 députés ayant voté oui contre 19 députés ayant voté non. Cette modification ne porte que sur un mot de l'article 35 ; la phrase « Le candidat doit [...] être exclusivement de nationalité ivoirienne, né de père et de mère ivoirien d'origine » devenant « Le candidat doit [...] être exclusivement de nationalité ivoirienne, né de père ou de mère ivoirien d'origine », ce qui ouvre la candidature à l'élection présidentielle. Le dépôt de projet de loi dans le courant de la semaine avait permis de repousser les sanctions de l'ONU contre les personnes responsables de l'échec du processus de paix ; ces sanctions (gel des avoirs, interdiction de quitter la Côte d'Ivoire) seront examinées le 10 janvier 2005.

Il interdit de même les manifestations jusqu'au 10 mars, alors que les Jeunes patriotes annonçaient pour samedi 18 un défilé réclamant le départ de la Force Licorne. Cette interdiction touche de même les organisations de jeunesse des autres partis, qui avaient prévu un meeting le même jour, afin de soutenir l'action de la France. Son discours à l'hôtel Ivoire qui accueillait la Confédération des jeunesses panafricaines (COJEP) est par contre très martial (18 décembre).

Le butin des cambriolages de la BCEAO est en partie saisi au Mali, où les auteurs tentent de blanchir cet argent. La BCEAO a en effet lancé une opération de démonétisation des billets type 92, qui expire le 31 décembre.

Ce retour à la normale sera cependant rendu difficile par la fragilisation du tissu économique, après deux ans de guerre et quatre jours d'émeutes à Abidjan. D'après Jean-Louis Billon, président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Abidjan, 78 grosses entreprises sont totalement détruites, 20 ont choisi de quitter la Côte d'Ivoire et 106 n'ont pas encore rouvert leurs portes. Quant à Daniel Bréchat, président du Mouvement des petites et moyennes entreprises (MPME), il estime que sur 500 PME adhérentes, 120 ont disparu corps et bien (Selon Le Jour du 21 décembre).

De plus, le clan Gbagbo détient toujours les principaux médias d'État, et continue de les utiliser pour influencer les opinions. Ainsi, le 15 décembre, le ministre des Transports Kobena Anaky (du Mouvement des forces d'avenir, MFA) s'est plaint que son discours ait été tronqué dans un reportage du journal télévisé. Le retour à la neutralité de la Radio-Télévision ivoirienne (fin de l'occupation du batiment par les Jeunes patriotes, arrêt de la diffusion de l'hymne nationaliste l'Ode à la patrie, retour des anciens cadres) s'effectue de la mi-décembre à début janvier 2005.

En novembre 2004, le président sud-africain Thabo Mbeki est mandaté par l'Union africaine comme médiateur. Il établit sa feuille de route autour de 5 points : 1. Programme législatif (programme législatif complet excluant l'article 35 de la Constitution sur les conditions d'éligibilité à la présidence de la République, adoption du nouvel article 35, ratification de la législation, avec l'appui du Comité de suivi des accords de paix de Marcoussis ; 2. Désarmement (DDR : démobilisation, désarmement, réinsertion des soldats démobilisés) ; 3. Création d'un climat propice à des activités politiques libres (restauration de la direction de la Radio télévision ivoirienne, appel aux médias pour qu'ils évitent d'utiliser un langage incitant à la haine, appel aux Jeunes patriotes à quitter la rue, reprise des patrouilles mixtes ONUCI / Forces de défense et de sécurité ivoiriennes) ; 4. Fonctionnement du gouvernement de réconciliation nationale (renforcement de la sécurité pour les ministres du gouvernement, retour de tous les ministres au gouvernement, reprise des opérations décisives du gouvernement) ; 5. Restauration des services sociaux et redéploiement de l'administration sur tout le territoire.

Courant janvier 2005, alors que la France allège son dispositif, le bruit court que les FANCI sont autorisées à réparer leurs aéronefs endommagés début novembre par l'armée française. Les clarifications de l'ONUCI quelques jours plus tard montrent qu'il ne s'agit que d'un rapatriement des aéronefs vers une base d'Abidjan.

Bilans des journées de novembre 2004

Cette bonne volonté affichée survient au moment où les bilans des blessés des journées du 6 au 9 novembre et le rapport Leliel commandé par l'ONU sur les atteints aux droits de l'homme en Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre 2002, au moment donc où ces deux rapports sont publiés. Ils sont particulièrement accablants pour les deux bords. Selon le rapport Leliel :

- le pouvoir ivoirien et la rébellion se sont rendus coupables de pires atteintes aux droits de l'homme ;
- le gouvernement de Laurent Gbagbo s'illustre par des assassinats ciblés de personnes enlevées le plus souvent à leurs domiciles à Abidjan, par les " escadrons de la mort " et des milices " à sa solde ;
- La rébellion en revanche s'illustre par des tueries en masse

Le décompte des blessés pour les journées du 6 au 11 est le suivant, d'après le ministère de la Santé ivoirien (le ministre de la Santé est Albert Mabri Toikeusse, de l'opposition) :

- le total est de 2226 blessés, dont 291 par balles (soit 13 %) ;
- 10 % des blessés l'ont été par armes de guerre, balles ou éclats d'obus ;
- 90 % l'ont été par l'effet de la manifestation (piétinement, chevrotine, blessures aux armes blanches) ;
- l'hôpital de Cocody, voisin de l'hôtel Ivoire, a accueilli 954 blessés, dont 71 par balles (soit 7,5 %) ;
- le CHU de Treichville, situé près des ponts d'Abidjan, a accueilli 350 blessés, dont 25 par balles ou éclats d'obus (7 %) ;
- l'hôpital de Port-Bouët, proche de l'aéroport où a lieu la bataille opposant l'armée française aux FANCI, 350 blessés ont été accueillis, dont 167 par armes de guerre (48 %).

Les bilans dans les autres villes sont :

- 9 morts et 29 blessés, dont 21 par balles à Duékoué, où des manifestants et des militaires ivoiriens ont tenté de bloquer l'avance d'une colonne de blindés français ;
- 7 tués et 55 blessés (4 par balles) à Gagnoa ;
- 1 mort et 91 blessés (1 par balle) à Abobo ; l'armée française n'y était pas présente ;
- 7 morts et 297 blessés (19 par balles) à Yopougon, un quartier populaire d'Abidjan où l'armée française n'était pas présente, mais sous contrôle de Jeunes patriotes.

2005

Le Miloci (Mouvement ivoirien de libération de l'ouest de la Côte d'Ivoire), attaque des positions des Forces nouvelles le 28 février, et son chef militaire, le pasteur Gammi, promet un nouveau Diên Biên Phu aux Français.

Source wikipedia.org

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