L'IVOIRITÉ AU COEUR DE LA DISCORDE
À la mort de Houphouët-Boigny, qui a encouragé toute sa vie le développement du pays par l'immigration, son successeur, Henri Konan Bédié, constatant le poids démographique croissant des étrangers, instaure une hiérarchie sociale ségrégative basée sur l'origine raciale des citoyens.
Rebelle à Bouaké
Appelée « concept d'ivoirité », cette politique vise à distinguer les Ivoiriens de souche (origine ivoirienne depuis au moins deux générations) des Ivoiriens dits « étrangers ». Non seulement ségrégative sur le plan social, l'ivoirité exige également que le chef de l'État, c'est-à-dire le président, soit lui aussi Ivoirien de souche pour avoir le droit de gouverner.
L'ivoirité, outil d'exclusion
Plus destinée à protéger le pouvoir en place qu'à unifier le pays, cette politique a fait émerger un racisme institutionnalisé qui, en une décennie à peine, a relégué nombre d'étrangers et d'Ivoiriens du nord au rang de sous-citoyens, provoquant leur exode plutôt que leur immigration en Côte-d'Ivoire.
De plus, arme efficace, cette politique a permis au gouvernement ivoirien d'exclure du processus démocratique nombre de candidats potentiels. Ainsi, l'ancien premier ministre Alassane Ouattara, est exclu par le gouvernement ivoirien depuis une décennie de toutes les élections qui ont eu lieu en Côte-d'Ivoire, sous prétexte qu'il n'est pas de souche ivoirienne, mais burkinabée.
Pendant ce temps, dans les rues des villes, les « étrangers » ont été l'objet d'exactions, d'extorsions et d'injustices de toutes sortes. Certaines étant même orchestrées par les forces de l'ordre, comme en font foi les 4000 familles burkinabées jetées à la rue à la suite de razzias policières et étudiantes menées dans certains quartiers d'Abidjan, le 21 septembre 2002*.
* Le Sud Quotidien, Dakar, in Le Courrier international, #621, octobre 2002
Documentation radio-canada
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