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Déclaration de Fologo à l'issue des négociations de paix de Lomé

Mes chers compatriotes,

Comme vous le voyez, mes compagnons et moi-même qui avions bénéficié de l'honneur du Président de la République d'aller à Lomé chercher la paix avec le concours actif de la CEDEAO, nous revenons ce matin ? je ne dirai pas la mort dans l'âme ? mais un peu désolés et déçus parce que le peuple ivoirien auquel nous avions promis la paix va devoir passer les fêtes de Noël et du Nouvel An dans ce pays défiguré, déchiré et meurtri. Nous en sommes profondément malheureux. Mais pour se marier, il faut être à deux.

Nous revenons de Lomé avec des fleurs fanées. Nous pensions rencontrer des négociateurs qui aiment la Côte d'Ivoire et qui souhaitent la paix à la Côte d'Ivoire. Au lieu de cette belle fiancée, nous avons eu l'impression d'avoir rencontré des fantômes, des météores, qui apparaissaient, disparaissaient, changeaient à tout moment, nous éloignant, sans cesse de l'objectif final : la paix. Et lorsque nous étions prêts d'aboutir à quelques résultats, même les documents dûment signés ont été remis en cause avant la fin de la négociation. Si nos interlocuteurs sont encore des humains, nous doutons fort qu'ils aient encore un c?ur et une conscience. Les mains couvertes du sang des Ivoiriens qu'ils ont tués depuis le 19 septembre dernier, ils étaient venus à Lomé protéger et couvrir les vrais meurtriers, ceux qui les ont organisés, financés et armés contre nous, ceux qui veulent à tous prix parvenir au pouvoir d'Etat y compris en prenant une pirogue qui voguerait sur le fleuve de sang des Ivoiriens sous prétexte de se battre contre la xénophobie, l'injustice, pour la démocratie et contre cet animal imaginaire de la mythologie ivoirienne que l'on appelle " IVOIRITE " et qu'ils auraient inventé s'il n'eut existé dans leur esprit.

Ils étaient à Lomé pour tout sauf pour signer un accord de paix afin de mettre fin aux souffrances de nos compatriotes et redonner à notre pays son visage d'antan. La patience, les sacrifices, l'acceptation des humiliations de toutes sortes, le don de soi et la gestion de tous les caprices, rien n'a pu les émouvoir ni les humaniser un tant soit peu.

Après avoir enduré tout cela, 45 jours durant, nous sommes donc revenus au pays presque bredouilles en s'excusant auprès du Président Eyadema de lui avoir pris tout son temps précieux. Mais " à " l'impossible, nul n'est tenu ". Et l'adage dit : " Qui est né pour mourir noyé, ne peut mourir pendu ".

Nous ne sommes pas découragés, mais désolés et déçus d'avoir constaté que la Côte d'Ivoire ait pu fabriquer des produits de cette nature, les mêmes qui s'étaient signalés par l'assassinat de leur camarade Thierry Zébié, il y a quelques années.

A présent, que faire?

Nous allons profiter de cette trêve ? car les négociations ne sont pas rompues, elles marquent le pas ? pour rendre compte à celui qui nous a fait l'honneur de nous envoyer à Lomé, c'est-à-dire le Président Laurent Gbagbo, pour cette mission que nous jugions pour notre part si noble, si importante et si salutaire pour la Côte d'Ivoire mais dont nous étions tout à fait conscients de la délicatesse et de la complexité.

Mais quand on est un disciple indéfectible du Président Houphouët-Boigny comme votre serviteur, on est tellement heureux d'?uvrer pour la paix surtout pour son propre pays et pour ses propres compatriotes. Nous y avons donc cru de toutes nos forces mais nous devons, hélas, attendre encore, patienter, malgré les prières si abondantes des Ivoiriennes et des Ivoiriens de toutes les confessions et de toutes les sensibilités. Oui, je dis de tous les Ivoiriens, sauf de ceux qui souhaitent l'échec de la paix. Nous sommes malheureux qu'ils aient réussi tout au moins momentanément. Nous sommes très peinés pour notre pays.

Mais, comme je vous l'ai dit, ce n'est qu'une trêve. Nous tenons à remercier les Ivoiriens pour leur soutien, pour leur patience et leur compréhension. Nous leur demandons de continuer à prier et à croire en la Côte d'Ivoire, notre pays.

Le Président élu de la République de Côte d'Ivoire va maintenant reprendre l'initiative dans les jours qui viennent toujours au service de la paix. Il va explorer d'autres voies pour sauver son pays et son peuple. Nous souhaitons que Dieu l'inspire et le guide.

Pour notre part, nous nous tenons à ses côtés pour continuer à courir derrière la paix, car celui qui court après la paix ne doit jamais être fatigué, comme nous l'a enseigné notre maître Félix Houphouët-Boigny.

Oui, je le dis : c'est la mort dans l'âme que je m'adresse à vous. Mais la lutte continue. Hélas, nous devons encore attendre et continuer à prier et à nous battre. Le combat pour la paix n'a pas de fin. C'est pourquoi nous le poursuivrons partout où besoin sera. Car " tant que la marche continue, l'on ne peut arrêter le balancement des bras ". Que Dieu sauve la Côte d'Ivoire et son peuple !

Je vous remercie.

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