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Rencontre avec Bess Gnaly Wôh Interview réalisée par par Ida ZIRIGNON [ 1/10/2007 ]
Bess Gnaly Wôh
Rezoivoire a rencontré pour vous, un artiste aux mélodies envoûtantes qui vous plongent au cœur de l'Afrique et du pays bété. Son nom est Bess Gnaly Wôh, un artiste, auteur-compositeur, installé en Italie depuis plusieurs années et qui nous a ouvert ses portes.
Ida ZIRIGNON: Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Bess Gnaly Wôh: Musicien, auteur-compositeur, je suis né en 1959 en Côte d'Ivoire et vit à Parme, en Italie depuis une quinzaine d'années. Dans ma vie privée, j'ai trois enfants dont deux de ma femme qui est italienne.
Parlez-nous de votre parcours…
J'ai vite eu un intérêt pour la musique. A l'âge de 14 ans, avec des amis du quartier, on jouait à la batterie. J'ai ensuite étudié le solfège et la guitare en 1980 à Abidjan. En 1984, j'ai participé au Festival de musique à Gagnoa et en 1985, je suis parti pour la France où je me suis inscrit à l'Ecole Normale de musique à Paris pour quatre ans. J'ai ensuite entamé une tournée en Europe au Danemark, en Allemagne et aux Pays-Bas. En 1993, je suis parti en Italie, c'est là que j'ai crée un groupe musical avec Pama, le pianiste Pavesi et Eladje, Demba Sedji et ensemble, nous avons réalisé un premier album de six morceaux « GEORGY » en 1995. En 1999, un album de 9 morceaux intitulé « WAKEME » est sorti avec le guitariste Claudio Tuma, Luca Savazzi, Raniero « Mr. Groove » Abbaticola et Mirco Reggiani. Plus tard, j'ai fait la rencontre d'autres musiciens dont Vito et Karim (bassiste) en 2003, avec qui nous avons travaillé sur une démo qui deviendra prochainement un album.
En 1989, vous décidez de retourner en Côte d'Ivoire : était-ce un retour aux sources ?
En quelque sorte. J'ai eu envie de retourner en Côte d'Ivoire parce que je voulais mettre mon expérience à profit. Ce que j'ai fait en 1989, avec un groupe musical du nom de « WELLY » formé avec des amis, nous avons fait une tournée à travers le pays. Je suis parti sur la base de l'expérience positive que j'avais eu avec eux dans le domaine du spectacle, malheureusement sur place, les objectifs de production n'ont pas été atteints alors, j'ai décidé de retourner en Italie. Mais la passion de la musique ne m'a pas quitté pour autant, au contraire.
Que signifie Pathè Pathè, le nom de votre Groupe ?
Pathè Pathè est un ensemble de morceaux de pagne aux multiples couleurs tissées qui se porte en Côte d'Ivoire comme vêtements de relax. C'est un concept que j'applique aussi aux hommes.
Nous vivons dans un monde globalisé où il existe toujours des mélanges entre les peuples et les ethnies. C'est cette nouvelle vision du monde que nous voyons un peu partout autour de nous. J'utilise aussi cette démarche pour tisser des thèmes dans ma musique au niveau de la sonorité. Toute ma philosophie est dans le style Pathè Pathè. D'ailleurs, le groupe est un mixage de nationalités.
Quels sont les thèmes que vous abordez dans votre musique ?
Je tourne beaucoup autour des thèmes comme l'amour et sur le plan social, les événements de la vie quotidienne, tout ce qui tourne autour de la vie politique, la religion, parce que je suis un grand croyant. Dans l'album que nous préparons, on utilise pour la première fois le genre « Aloukou » dans un morceau qui s'apelle « Gognoa » et « Olabayué ». Il y a également un morceau engagé que j'ai appelé « Agbo » qui parle de la guerre. Ce thème que j'aborde pour la première fois est la preuve de la maturité musicale qui se dégage de notre parcours. C'est ce que nous disent les gens qui ont assisté à nos derniers concerts. Cette maturité, c'est l'expérience, les opportunités que nous avons rencontrées mais aussi la situation à un moment donné.
Expliquez nous votre genre musical ?
Nous avons toute une richesse dans la musique africaine dans laquelle, je puise la base de ma musique. Le rythme, la coloration de ma musique sont africains. Mes influences sont tirées de ce que j'écoute comme le jazz, le funk, la pop music. Ma musique est un cocktail que j'appelle le « DRELOW Zèzè Mix Music » à traduire par « Chant du cœur » ; ou toutes les expressions qu'on donne à la nostalgie comme la joie, etc.
« Drelow », « Wakeme », « Welly », la culture bété semble incarner une source majeure de votre inspiration. Quels sont les liens que vous entretenez avec cette culture ?
Je me rappelle encore quand j'avais huit ans et que mon grand-père me racontait des contes. Je m'inspire beaucoup de ces moments là. D'ailleurs, j'en raconte un dans un de mes morceaux, avec une guitare acoustique. Mes enfants adorent ça. Je pense aussi que quand on n'a pas d'histoire, on ne sait pas où on va. Pour quelqu'un qui comme moi a étudié la musique, je dois dire que notre musique, la musique bété que je compare à l'opéra a une grande valeur. Je parle de la musique folklorique comme le « Gbégbé », l »'Aloukou », le « Lougboutou welly » etc. Tout est dans le terroir, on a tout. Et moi, mon inspiration vient de là.
Vous avez quitté l'Afrique depuis longtemps, l'exil a-t-il changé votre regard sur la culture ivoirienne ?
J'aimais beaucoup Ernesto Djédjé qui m'a marqué, et des artistes comme Bailly Spinto, Séri Paco, John Yallé, etc. En marge de la révolution politique, il y a eu une vraie révolution musicale, voire même culturelle en Côte d'Ivoire en 1989 qui a cassé le rythme de toute cette musique et celle qui nous avait envahie comme la musique zairoise et autre. Aujourd'hui, on vient chercher l'inspiration musicale en Côte d'Ivoire. Mais la musique moderne demande à être canalisée. Les jeunes doivent améliorer ce nouveau courant musical en l'enrichissant pour lui donner une base musicale avec toutes les musiques faites aujourd'hui. Ils doivent faire leur chemin avec tous les mélanges et créer eux-mêmes avec leur propre feeling. Mais ça demande beaucoup de travail et je ne peux qu'encourager cela. C'est ce que font la nouvelle génération d'artistes comme : Ray Léma, Fela, Richard Bona, dont la musique raconte une grande sonorité musicale parce qu'elle va à la source de tout ce que comporte la musique africaine. C'est comme ça qu'on peut apporter quelque chose à la musique. C'est pour ça que je me suis lancé dans la recherche musicale.
Comment votre musique est-elle perçue en Italie ?
Parme n'est pas facile, ce n'est pas comme la France. Je vis ici depuis plus de 15 ans, et c'est seulement maintenant que nous avons une ouverture. Auparavant, il y avait beaucoup de barrières. Aujourd'hui, il y a une satisfaction, pour dire que le travail paie toujours. Parce que nous avons beaucoup mis là-dedans. Par exemple, dernièrement, au mois de juillet, nous avons été invités à une grande fête multiculturelle ethnique et notre musique a beaucoup été appréciée. Ce concert sera d'ailleurs bientôt disponible sur notre site.
Est-il possible de vivre de sa musique en Occident ?
ça dépend d'où on se trouve. En France, Mory Kante avec Yéké Yéké est plus connu aujourd'hui, Manu Dibangi et Salif Kéita qui vivaient également en Côte d'Ivoire se sont faits connaître en France, ainsi que Magic System, etc. Moi non, je travaille à côté de ça jusqu'à ce que les choses marchent mieux. En attendant, je multiplie les contacts en Allemagne, en France et même en Italie pour construire un réseau pour faire connaître ma musique.
Que pourriez-vous conseiller aux jeunes ivoiriens qui voudraient se lancer dans votre voie ?
Le travail, il faut beaucoup travailler.
Quels sont vos projets pour la suite ?
Je suis en négociation avec des mécènes pour le prochain album. Dès qu'on finit l'album, une tournée de promotion est prévue en Côte d'Ivoire en 2008. J'ai gardé un excellent souvenir de ma tournée en 2002 où j'ai rencontré Paul Dokoui qui m'a beaucoup aidé. Je suis déjà en contact avec BBC pour organiser l'événement. Sinon, j'ai créé une association en mars 2007 qui s'appelle « Colors of Africa » et qui regroupe tous les artistes à Parme pour se retrouver dans une structure culturelle. L'association parle de littérature, de gastronomie, de peinture, de mode… Le site de l'association est en construction et sera en ligne dans deux semaines.
Quels rêves faîtes-vous pour la Côte d'Ivoire ?
J'en ai beaucoup. J'aime l'Afrique et j'aime la Côte d'Ivoire. Je suis vraiment convaincu que l'avenir promet, et qu'on commence à travailler à l'émancipation. Il faut avoir la force de changer les choses.
Merci Bess pour votre disponibilité et bonne continuation.
Merci à vous !!!
Contact: info@pathepathe.org ou bessgnalywoh@pathepathe.org
Visiter le site de Bess Gnaly Wôh
Pour écouter quelques extraits de l'album WAKEME
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