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Le guide de la diaspora

Rencontre avec Serge Bilé
Ida ZIRIGNON  [ 11/9/2007 ]


Serge Bile, photo http://www.serge-bile.com

Cette semaine, Rézoivoire nous dévoile l'univers de Serge Bilé à travers une présentation de ses réalisations d'homme engagé. L'auteur de plusieurs œuvres littéraires et artistiques nous entretiendra ensuite, sur la Côte d'Ivoire de son enfance et sur ses passions.

Pas facile de présenter ce boulimique du travail. Né en Côte d'Ivoire, fils de journaliste et journaliste lui-même, ce franco-ivoirien passionné (« depuis toujours ») par tout ce qui touche à la diaspora africaine a plusieurs cordes à son arc. Et comme il le dit lui-même « On ne vit qu'une seule fois et j'ai la chance d'être passionné par tout ce que je fais ». Son travail est une manière de faire des ponts, culturels ou historiques.

C'est en 1995 qu'il fonde l'association Akwaba, qui permet à des artistes martiniquais de se produire à Abidjan et à leurs homologues ivoiriens d'en faire de même à Fort-de-France : Ecrivains, cinéastes, peintres, chanteurs, conteurs, acteurs, ils sont nombreux à avoir participé à ces échanges : Meiway, Monique Séka, Jean-marie Adiaffi, Roger Gnoan - M'bala... ; Akwaba organise également une semaine ivoirienne en Martinique suivie un an plus tard par une semaine martiniquaise en Côte d'Ivoire. En partenariat avec les agences de voyages, des vols charters directs culturels et touristiques sont mis en place à l'époque entre Fort-de-France et Abidjan.

L'écriture de Serge Bilé traduit une « obsession » de la vérité historique et ne laisse personne indifférent. Comment être noir dans la France d'aujourd'hui ? C'est la question à laquelle il propose des éléments de réponses dans son livre « Sur le dos des hippopotames. Une vie de nègre » publié en 2006, en puisant dans son propre parcours.

Précédé de « La Légende du sexe surdimensionné des Noirs » publié en 2005, ce livre très sérieux (Contrairement à ce que le titre pourrait laisser supposer) traite du racisme et de l'emprise des idées reçues sur les Noirs.

Publié en 2004, à la suite de la production d'un documentaire consacré au même sujet, « Noirs dans les camps nazis » dévoile, pour sa part, un aspect méconnu de l'Histoire : La déportation des noirs dans les camps de concentration et d'extermination de l'Allemagne hitlérienne. Ce livre se révèle une importante contribution au nécessaire travail de mémoire pour permettre un retour à l'histoire pour éclairer le présent.
Mais malgré l'accueil plus que favorable qu'il a reçu "Noirs dans les camps nazis" sera également l'objet de controverses au point où la justice s'en mêlera en condamnant, pour la première fois, le 7 juin 2007, les organisateurs d'un Prix littéraire à verser 12.000 euros de dommages et intérêts à Serge Bilé pour avoir faussé le déroulement du Prix « France Télévisions ». Ils avaient expliqué au jury de téléspectateurs, en 2005, sans la moindre preuve, après le premier tour de scrutin où l'auteur de "Noirs dans les camps nazis", était sorti en tête, que ce livre pouvait comporter des erreurs et qu'une expertise était en cours, réalisée par des historiens allemands. Le tribunal a souligné que ces réserves, non fondées, avaient influencé les jurés comme l'avaient d'ailleurs admis certains d'entre eux qui ont témoigné au cours de la procédure.

L'infatigable Serge Bilé, déjà auteur de best sellers s'est également lancé dans l'écriture d'ouvrages pour enfants dont « Tiwa et la pierre miroir », un conte symbolique qui traite du thème de la différence et de la tolérance dans un univers magique.

Il est producteur et réalisateur de documentaires sur des thèmes historiques et rares concernant le monde noir, tels que « Les boni de Guyane » primé au Festival du Film de Montréal ou « Noirs dans les camps nazis », et plus récemment, « Maurice le Saint Noir ».

Auteur de chansons dont « Nouveau Monde » distinguée par la SACEM et enregistrée au profit de l'UNICEF par une pléiade de célébrités (dont Manu Dibango), il vient d'écrire une comédie musicale, Madiba, qui relate les dernières années d'emprisonnement de Nelson Mandela. La première de cette comédie musicale aura lieu en Martinique le 3 avril 2008, suivie – il le souhaite – d'une tournée internationale.

Serge Bilé sillonne également la Martinique depuis plusieurs mois où il recueille des témoignages uniques sur l'esclavage pour qu'ils servent à l'Histoire et à la reconstruction identitaire de ses fils. Son site « Paroles d'esclavage » donne la parole aux « anciens » afin qu'ils disent l'esclavage tel que leurs grands parents et arrière-grands-parents l'ont directement vécu et eux-mêmes raconté à leurs enfants et petits-enfants d'alors, devenus aujourd'hui septuagénaires, octogénaires, nonagénaires et centenaires.

INTERVIEW

Ida ZIRIGNON: Serge Bilé, la question qui nous brûle les lèvres c'est : pourquoi la Martinique ?
Serge Bilé: Je suis arrivé en Martinique par hasard. Après mes études de journalisme à Lille, j'ai d'abord travaillé à France 3 pendant cinq ans, ce qui m'a permis de sillonner toute la France. Ensuite, je suis rentré à RFO Paris d'où je présentais le journal télévisé diffusé dans les départements d'outre-mer. En 1993, je suis allé en Guyane pour présenter le JT. Quand j'ai voulu en partir un an plus tard pour regagner Paris, on m'a proposé de venir présenter le journal en Martinique. Je ne connaissais pas cette île, sauf par Aimé Césaire, que j'admirais comme beaucoup d'entre nous. J'ai accepté cette nouvelle aventure et je ne le regrette pas, 13 ans après.

Serge Bilé avec Aimé Césaire

Vous avez vécu en Côte d'Ivoire jusqu'à l'age de 13 ans. Quels souvenirs gardez-vous de cette époque ?
Des souvenirs merveilleux. Ce que je suis aujourd'hui, je le dois à mon enfance à Abidjan. C'est la même enfance que celle de tous les petits Ivoiriens : les vols de tendeurs pour faire nos plaque man, la chasse aux margouillats, les voitures en fer, les bandes de quartier, le poisson braisé, et bien sur le foot avec les tournois inter-quartiers ou on se battait pour gagner un malheureux verre à pied qui servait de coupe.

La question noire a pris une telle ampleur aujourd'hui en France, qu'elle représente un véritable enjeu politique. On se souvient encore de votre face à face musclé avec monsieur Sarkozy sur la question de la colonisation et des discriminations. Aujourd'hui, votre travail sur le thème des Noirs dans les camps nazis connaît un regain d'intérêt. Comment expliquez-vous cet engouement ?
Ce regain est dû aux Noirs eux-mêmes. Ils s'intéressent de plus en plus à leur histoire pour avoir compris que la connaissance du passé permet de se situer dans le présent.

A propos de l'ouverture de la société française sur ses "minorités", vous avez dit qu'une partie du problème venait des Noirs eux-mêmes. Pensez vous que les choses commencent à bouger ?
Oui, une partie du problème vient des Noirs eux-mêmes. Si les choses doivent changer, ça ne viendra que d'eux-mêmes. Personne ne règle un problème à votre place. Le jour où 1 million de Noirs défileront dans les rues de Paris contre la discrimination, ce jour là, vous verrez qu'ils seront entendus. Mais tant qu'on se cantonnera au ministère de la parole, rien ne changera, ou si peu !

Quels sont vos projets actuels ?
Je travaille à la réalisation de ma comédie musicale sur Mandela. Je termine également un livre sur les grands empires soudanais qui sort en janvier à Paris. Enfin, je prépare un documentaire sur l'esclavage à partir des témoignages de mon site paroles d'esclavage. Si je réussis à mener ces trois projets à bien pour 2008, je serai content.

Interview réalisée par Ida ZIRIGNON

Contact : serge.bile@wanadoo.fr
Sites à visiter : http://www.serge-bile.com/ et
http://www.parolesdesclavage.com/

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