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LE GUIDE DE LA DIASPORA

Rencontre avec Dogad DOGOUI
Interview réalisée par Ida ZIRIGNON | 13/8/2007

Actualité
Dogad DOGOUI

Dans le cadre de la 3è édition de l'Université d'été des diasporas africaines et des 6è Assises de l'intégration, le Club Africagora - réseau international de cadres, d'entrepreneurs et de décideurs pour l'intégration positive des minorités organise le 1er septembre 2007 une rencontre sur le thème : « Que veulent les Africains de France ? » Nous sommes allés à la rencontre de monsieur Dogad Dogoui, son très médiatique président.

Ida ZIRIGNON: Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Dogad DOGOUI: Dogad DOGOUI, 43 ans, Franco-Ivoirien, marié et père de quatre garçons. Consultant en communication depuis 1988 et conseil en management de la diversité depuis 2002. Je réside en France depuis 1981 et anime Africagora, le club privé d'entrepreneurs, de cadres et de dirigeants de la diaspora africaine, que j'ai fondé en 1999.

Quelles sont les circonstances qui vous ont fait quitter la Côte d'Ivoire ? Et pourquoi avoir choisi la France pour émigrer ?
Je suis parti de la Côte d'Ivoire le 15 septembre 1981 pour poursuivre mes études secondaires à l'étranger au moment où le système éducatif ivoirien ne parvenait plus à assurer aux jeunes Ivoiriens des années scolaires complètes. J'avais effectué des démarches auprès d'établissements (francophones) au Québec et en France. C'est en France - proximité historique oblige - que mon rêve d'ailleurs a pu se réaliser.

Parlez-nous de votre parcours…
Après un bac sciences en Normandie, j'ai tenté Médecine à l'université de Caen avant de choisir la psychologie puis des études de communication à l'EFAP Paris. En troisième année de formation, j'ai accédé à mon premier poste en 1988 : Attaché de presse du centre René Huguenin de lutte contre le cancer de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Dès l'année suivante, j'ai intégré le monde des agences conseils en communication (franco-suédoise, franco-américaine et française) que je n'ai plus quitté. En 1996, j'ai fondé à Paris mon propre cabinet de communication - Almeria Relations Publiques - spécialisé dans les relations publiques et le conseil aux dirigeants d'entreprises de services et de technologies, aux institutions et aux collectivités locales. Depuis 2002, je suis Consultant indépendant en communication, intermédiation et management de la diversité.

Vous êtes franco-ivoirien, comment vivez vous cette double appartenance à la fois vis-à-vis de la France et vis-à-vis de la Côte d'Ivoire ?
C'est une chance extraordinaire d'avoir une double appartenance : mon pays de naissance et celui d'adoption. Je vis cela comme une mission de passerelle entre mes deux pays (notamment dans ces heures de relations troublées). Les destins de la France et de la Côte d'Ivoire sont liés comme la base d'une refonte des relations entre l'Afrique francophone et la France.

Justement, vous avez dit dans une interview du 26 avril 2007, au journal le matin que le président Gbagbo était un allié potentiel de la nouvelle vision de la France du Président Sarkozy. Pouvez-vous nous dire si une rencontre est prévue prochainement entre les deux hommes ?
No comment.

Vous avez déclaré au même journal que « vos comptes rendus sur comment travailler avec la Côte d'Ivoire étaient pris très au sérieux au sein de l'UMP ». Pouvez vous nous en parler concrètement ?
C'est un dossier encore brûlant sur lequel je travaille encore cet été. Vous permettrez que je ne fasse pas de commentaire sur les rouages et les mises en place futures.

Vous évoquiez les liens entre la France et l'Afrique, que pensez-vous du chantier du Président Sarkozy concernant l'union de la méditerranée ?
L'Union de la Méditerranée va permettre de mieux rassembler les peuples de cette région autour d'un destin commun. Il en va de l'intérêt de la France et de l'Europe. Quant à l'Afrique noire, si elle se sent exclue de cette union initiée par la France, elle dispose de partenaires économiques potentiels à développer au gré de ses intérêts (Maroc, Tunisie, Angleterre, Allemagne, Espagne, USA, Canada, Chine, Inde, Brésil…).

Question très controversée mais incontournable, existe-t-il une communauté noire en France ?
Oui. Il existe des communautés africaines en France et des populations noires qui ne forment pas (encore) une véritable communauté, tant elles présentent de différences et divergences. Cependant, une communauté de situation et de destin nous unit.

Que propose Africagora pour favoriser l'intégration économique, l'insertion professionnelle et la promotion sociale de cette communauté ?
Continuer le travail d'influence auprès des autorités publiques. Poursuivre les collaborations et les partenariats avec le monde économique et les institutions. Sensibiliser les populations des minorités africaines elles-mêmes pour assurer leur place dans la société, au même titre que les Asiatiques par exemple : informer collectivement les familles sur les filières d'excellence éducative, généraliser les politiques de tutorat et de parrainage auprès des jeunes talents à détecter dès le collège, mobiliser l'épargne pour des investissements productifs à moyen et long termes dans l'accès à la propriété (à travers notamment chaque partenaire bancaire prêt à ouvrir des comptes à une centaine de familles réunies pour l'occasion). Il appartient aussi à celles et ceux des minorités ayant réussi leur parcours professionnel et social d'accepter de s'engager pour d'autres.

Comment vous assurez-vous d'être toujours au plus près des attentes des populations qui sont au centre de votre action ?
Dès sa création, Africagora s'est donnée pour mission de rassembler les décideurs, cadres et entrepreneurs autour de notre vocation : œuvrer à la promotion sociale et à l'intégration par l'économie de la diaspora. Bien que nous ne soyons ni la fédération des communautés africaines de France, ni leur représentant, nous engageons des actions qui créent des opportunités pour les nôtres et leurs enfants dans les sphères de l'éducation, de l'emploi et de l'économie. Notre club ne peut proposer que ce qu'il construit et bâtit. En plus des conseils, des recommandations et de son réseau d'introductions.

La France est l'un des rares pays européens à ne pas reconnaître l'existence des minorités ethniques sur ses terres, pensez-vous que les choses sont en train de changer ?
Du bout des lèvres. Le 10 mai 2006, j'étais convié à une réunion d'experts de l'entreprenariat des minorités à la Commission Européenne à Bruxelles. Il était flagrant de constater que des mesures de soutien à la création d'entreprises par les minorités ethniques dans d'autres pays (afro-caribéennes, asiatiques et indo-pakistanaises en grande Bretagne, turques en Allemagne par exemple) étaient impossibles en France, sans reconnaissance juridique des « minorités visibles » (dont on parle toutefois de plus en plus dans les rapports publics). Il faudrait un véritable statut aux minorités, donc une révision constitutionnelle en France ; L'article premier stipule « sans distinction de race, de religion … » pourrait devenir alors « avec toutes les races, religions, origines... ».

Vous qui avez exprimé à maintes reprises votre refus d'une politique des quotas, que pensez vous de l'intégration à la française ?
Je réitère mon refus (ultime) des quotas, le temps de laisser la possibilité de la mise en place d'une politique de « discrimination positive » pour un rattrapage de situation. L'intégration à la française - basée sur l'assimilation et l'oubli des racines - a échoué vis-à-vis de migrants extra-européens. Il est temps de passer à l'égalité effective basée sur l'ambition, le travail et la volonté des familles et des individus désirant intégrer toutes les sphères de la société française. A condition que l'Etat assure l'égalité réelle de traitement entre tous les citoyens. Ce qui est (hélas) loin d'être le cas aujourd'hui.

Vous avez été conseiller exécutif de l'UMP et vous êtes président du Forum des républicains sociaux de Paris, un parti qui a soutenu le candidat Sarkozy pour qui vous n'avez pas caché votre admiration. Que répondez-vous aux africains qui critiquent les lois du Président Sarkozy en matière d'immigration et ses positions sur le rôle de la colonisation française en Afrique ?
Je suis toujours Conseiller exécutif de l'UMP et président de la délégation de Paris du Forum des Républicains Sociaux, le parti de la droite sociale qui promeut la dignité humaine au centre de toute décision politique. Je crois en Nicolas Sarkozy comme la seule solution pour le mouvement, la rupture et les réformes dont la société française a énormément besoin. C'est pour cela que je me suis tant investi dans sa campagne électorale. En ce qui concerne les lois Sarkozy sur l'immigration, je continue de croire que nous les Africains nous attendons trop de la France. Notre continent ne devra son développement (économique, agricole, commercial, technique, social et durable) qu'à lui-même et à ses enfants de là-bas et de la diaspora. Et, au-delà de la France, les Africains qui veulent émigrer peuvent le faire dans d'autres pays que la France. Il est temps aussi que les pays occidentaux méritent les immigrés qui viennent à eux. Quant au rôle de la colonisation française en Afrique, il n'est nul besoin de beaucoup débattre pour condamner tout acte de soumission d'un peuple par un autre. Si l'Etat français n'est pas prêt à la repentance et à la reconnaissance de ses crimes, rien n'interdit les Etats et les peuples africains de se souvenir, d'enseigner ces pages sombres de notre histoire et d'en tirer les leçons pour l'avenir du continent. Il est temps de décoloniser nos imaginaires.

Qu'attendiez vous de ce soutien ?
Je continue de soutenir la politique de réforme du Président Sarkozy en France. Et je poursuis mes efforts de sensibilisation des responsables de l'UMP et de l'équipe gouvernementale sur la nécessité d'une promotion des talents de la diversité. En ce qui concerne mes attentes personnelles, elles sont assujetties à la décision du Président. Pour la diaspora africaine, il lui appartient de construire sa place, de se mobiliser pour profiter des dispositifs présentés par le gouvernement. C'est en tout cas l'appel que je lancerai le 1er septembre à notre université d'été.

Pourquoi avoir attendu le lendemain des élections présidentielles pour savoir ce que veulent les Africains de France et qu'attendez - vous de cette rencontre ?
Africagora travaille sur cette question depuis 1999 et a initié dès 2002 les Assises annuelles de l'Intégration par une réflexion autour de la « France noire ». Ce n'est donc pas une préoccupation récente de notre mouvement. Cependant, après l'élection de Nicolas Sarkozy à la tête de la république française (au grand dam semble-t-il de la majorité des « Africains de France »), il nous a semblé urgent de consulter l'ensemble des représentants des associations et communautés d'origine africaine sur la manière dont nous voulions, d'une part, collaborer avec les pouvoirs publics, d'autre part, nous prendre en charge pour assurer nous-mêmes la promotion sociale des nôtres dans tous les domaines : éducation, orientations scolaire et professionnelle, accès à l'emploi, accession à la propriété, mobilisation de l'épargne pour l'entreprenariat, visibilité médiatique, participation à la vie publique et à l'action politique, contributions à la politique française en Afrique et au développement des entreprises privées et de l'emploi sur notre continent d'origine…

Certains Africains pensent que seule la représentation politique des noirs pourrait créer une force politique capable d'influencer l'action du gouvernement. Quelle est votre position par rapport à ça ?
Seul le rapport de force permet de compter. Pour cela, il faut déjà que les Noirs Français votent massivement et se préoccupent un peu plus de la vie politique de leur pays, en adhérant dans les sections des partis politiques de gouvernement (UMP et PS et leurs partenaires) et sollicitant par leur ancrage local le suffrage de leurs concitoyens. Si vous évoquez la représentation politique des Noirs au sein d'un parti des Noirs de France, il est voué à l'échec et au rejet de la communauté nationale. Par contre, la constitution de groupes soudés et puissants de lobbying dans les villes reste un moyen d'influence.

Pour en revenir à votre pays d'origine, quel regard portez-vous sur les récents événements ?
Cinq années de gâchées pour la jeunesse et l'économie ivoirienne. Du temps perdu pour le pays à cause de postures et d'intérêts personnels de personnalités politiques. Cependant, cette crise a été salutaire dans le réveil de la dignité des peuples africains face à leurs dirigeants, trop enclin à des compromissions. Seuls les compromis sont nécessaires pour faire avancer la paix et la cohésion dans tout pays ou groupe. Il me semble que le peuple ivoirien sort grandi de cette crise si nous savons nous retrouver et tourner la page du passé et regarder l'avenir avec confiance vers le bonheur des citoyens de ce pays. Il ne s'agit pas d'oublier mais de rassembler toutes les énergies pour aller de l'avant.

Pensez-vous que la diaspora est acceptée et intégrée dans la construction nationale ?
Elle est tolérée si elle n'aspire pas à diriger ou à de hautes fonctions. En clair, si elle reste à la place qui lui est assignée. Il appartient donc à la diaspora de s'organiser pour se faire sa place, quitte à l'arracher par son travail, son organisation, sa cohésion. Parce que nul ne la donnera de gaîté de cœur.

A votre avis, que doivent faire les gouvernements africains pour faciliter l´intégration de la diaspora dans la production et le développement national ?
Ils devraient d'abord voir en la diaspora non pas des concurrents ou des adversaires, mais des alliés, tant comme « ambassadeurs de l'Afrique » en Europe, en Asie ou dans les Amériques, que comme source d'apports complémentaires de ressources humaines et financières pour le développement de chaque pays. Je rêve de pays africains qui imitent la Corée du Sud, l'Inde ou Israël dans leurs rapports avec les apports de leurs diasporas. L'Afrique doit se doter d'une politique d'attrait de la diaspora, via notamment le développement des investissements directs de la diaspora (IDD comme les IDE).

Que pensez vous de ceux qui disent que le salut de l´Afrique viendra de la diaspora ?
Pas uniquement. Les enfants d'Afrique restés sur le continent ne nous attendent pas pour le construire. Mais les dirigeants politiques et décideurs économiques ne doivent pas se couper de la manne et du potentiel que représente la diaspora. A la fois dans ses apports vers le continent et son influence grandissante dans les pays du Nord.

On reproche souvent à ceux qui vivent ici de ne pas dire la vérité sur leurs véritables conditions de vie en Europe et d'entretenir en cela l'illusion sur le rêve européen, qu'avez-vous à répondre à cela ?
Il y a un peu de vrai. Mais, je ne suis pas sûr que même la vérité détaillée et illustrée freinerait le départ d'Africains - cerveaux compétents ou bras disponibles - déterminés à aller chercher ailleurs du travail, une vie meilleure, la gloire ou simplement la liberté.

Que pouvez-vous conseiller à la jeunesse ivoirienne ?
Un seul message : votre avenir sera ce que vous en ferez. Vous êtes dans un pays béni de Dieu qui se situe en bonne place dans le continent de demain. Acceptez de consentir les efforts de formation professionnelle, technique, agricole ou générale pour investir les innombrables espaces de réalisation à votre portée. On n'obtient rien sans travail, ni persévérance. La créativité et l'inventivité n'appartiennent pas qu'à la jeunesse d'Europe et d'Amérique du Nord. Suivez l'exemple des dragons d'Asie : investissez dans le travail.

Avez vous un conseil à donner aux jeunes gens de la diaspora en fin de parcours ici et qui désirent retourner au pays ?
Je leur dis banco. Leur pays (ou un autre en Afrique) a besoin d'eux, même s'il ne les attendra pas. Mais, un « retour » aux sources se prépare. Pour les jeunes de la diaspora (je ne parle pas des étudiants de passage après 3 ou 4 ans), il est nécessaire de considérer qu'une intégration en Afrique (même dans leur propre pays) comme une expatriation afin de ne pas se croire tout permis en venant d'Europe. Pour ceux de France, je précise que le gouvernement se prépare à présenter le contenu d'un grand programme en faveur du co-développement axé sur l'investissement privé et l'appui au retour des compétences et expertises. A la jeunesse de la diaspora africaine d'en profiter.

Que mettriez-vous dans la définition du rêve Africain/Ivoirien s'il en existait un ?
Nous fournissons déjà au monde riche les matières premières énergétiques et minières dont il a besoin. Nos pays devraient depuis longtemps en faire profiter leurs peuples pour leur épanouissement. Je rêve d'une Côte d'Ivoire apaisée et réconciliée où le peuple mature réclame à ses futurs dirigeants des programmes concrets de développement pour l'éducation, la santé, l'emploi et la libre entreprise. L'Afrique n'est pas condamnée à la dernière place du monde et possède en son sien toutes les ressources pour devenir la lumière de la planète sur tous les plans.

Mail : contact@africagora.org
www.africagora.org

 

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