
Rencontre avec Affali Angaman Franck Alain
Le 31 Mai dernier a eu lieu à Paris, une conférence sur « les enjeux économiques de l'industrie pharmaceutique en Afrique » organisée par un Club d'étudiants et diplômés de grandes écoles de la diaspora africaine. Rezoivoire a rencontré l'un des organisateurs de cet événement.
Ida ZIRIGNON: Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
AFFALI Angaman Franck Alain: AFFALI Angaman Franck Alain 27 ans, célibataire, étudiant en master in science of management à l'ESCP-EAP (Ecole supérieure de commerce de Paris - Ecole des Affaires de Paris), arrivé à Paris en Septembre 2005.
Quels sont vos rapports avec la Côte d'Ivoire, d'abord sur un plan biographique ?
Je suis Ivoirien de nationalité. Je suis né en Côte d'Ivoire (Abengourou), et y ai fait toutes mes études jusqu'à mon diplôme d'ingénieur en Statistique à l'ENSEA d'Abidjan.
Et sur un plan strictement familial, quelle est l'histoire récente de votre famille ?
Histoire récente de ma famille ? Toute ma famille est encore en Côte d'ivoire et nous gardons des contacts étroits et réguliers.
Quelle place occupe la Côte d'Ivoire dans votre vie de tous les jours ?
La Côte d'Ivoire occupe comme toujours une place de choix dans mon cœur. J'aime profondément ce pays qui m'a vu naître et qui m'a tout donné. J'y suis très attaché et je me pose en permanence la question de contribuer à son avancement, à son développement. Je reste convaincu que ce pays va connaître un essor réel. Ce n'est qu'une question de temps. J'ai confiance en ses potentialités et en celle de toute l'Afrique d'ailleurs.
Quelles sont les circonstances qui vous ont fait quitter le pays ?
Je suis parti de la Côte d'Ivoire en septembre 2005 pour des raisons d'étude. J'ai été admis par voie de concours internationale à l'une des plus prestigieuses écoles de commerce d'Europe. Je souhaitais ajouter à l'excellente la formation de statisticien que j'ai reçu à l'ENSEA (Ecole Nationale Supérieure de Statistique et d'Economie Appliquée d'Abidjan), une part de management et de gestion.
Si vous deviez refaire ce choix aujourd'hui, referiez-vous le même ?
Oui !
Parlez-nous de votre parcours de militant associatif…
Ma vie associative a effectivement commencé pendant ma scolarité à l'Ecole Nationale Supérieure de Statistique et d'Economie Appliquée d'Abidjan (ENSEA). J'ai été membre, secrétaire général puis président de l'Association des Elèves et stagiaires. Mon mandat de président a traversé les premiers moments de la crise de 2002 et il a fallu redoubler d'ingéniosité et de responsabilité pour assurer l'épanouissement et la sécurité des étudiants qui provenaient de tous les Etats francophones d'Afrique.
Cette expérience m'a permis de nouer des contact avec d'autres africains et savoir que l'Amour pour l'Afrique, nous la partageons tous et que nous sommes tous confiants en son avenir malgré les difficultés. Je suis entré à l'ABC à mon arrivé à l'ESCP-EAP (en septembre 2005) pendant la première année, j'ai participé aux activités en tant que membre actif, notamment dans la mise en place et l'organisation de la première édition forum ELIT. Le désir que j'ai nourri à l'ENSEA, de me rendre utile pour mon continent m'a poussé à briguer un poste de responsabilité afin de m'impliquer davantage.
Qu'est ce que c'est l'ABC ?
L'African Business Club est une association d'étudiants et diplômés de grandes écoles de commerce, d'ingénieurs et d'universités, née de la réflexion d'étudiants de l'ESCP-EAP. Le but de l'association est de réunir l'Elite africaine et de mener des réflexions et des actions en faveur du développement et du rayonnement de l'Afrique. Le club est bientôt à son quatrième anniversaire et a entre autres activités, l'organisation d'un forum entreprise (ELIT) de recrutement, des rencontres mensuelles avec des africains en fonction ici, des conférences thématiques, des présentations pour des entreprises désirant mieux se faire connaître de la diaspora, etc.
Revenons à votre récente arrivée en France, quelles sont les difficultés que vous avez dû affronter en arrivant ?
Hormis les tracasseries pour obtenir le visa, les premières difficultés sont d'ordre financier. Il faut trouver les moyens de subvenir à ses besoins et payer sa scolarité. En second lieu l'éloignement du pays, mais qu'on arrive à surmonter et en dernier, l'intégration dans le pays d'accueil. Ce dernier point est à mon sens très important. On en parle d'ailleurs de plus en plus dans l'actualité et je pense que c'est une courtoisie pour un étranger envers son pays d'accueil que de s'intéresser un temps soit peu aux mœurs, au mode de vie, … sans toutefois que se soit un motif de rejet de ses origines. Car je pense qu'il y a toujours des choses à apprendre des autres et qu'il serait regrettable de ne pas s'ouvrir à cette découverte.
Diriez-vous que les choses ont changé ?
Les choses ont changé particulièrement, mais sont devenues à mon sens encore plus difficiles. On s'en rend compte rien que dans l'accroissement des exigences de garanties que demande l'administration française pour obtenir des documents en règle.
Alors, quels sont selon vous, les avantages à vivre ici ?
Les avantages de la vie ici, c'est de pouvoir rencontrer des personnes d'horizon divers, de comprendre que malgré leur apparente différence les hommes sont les mêmes et d'en déduire que nous également pouvons faire autant sinon mieux que ce dont nous rêvons.
De plus, le fait d'être dans cet environnement international et de vivre de façon très dynamique les grandes évolutions de l'économie des pays développés et celle du monde en général nous donne un atout indéniable pour comprendre les logiques internationales et des moyens de négociation si un jour nous devions défendre auprès des autres pays l'intérêt de nos pays Africains.
Justement, concernant la France, on entend souvent parler de la communauté juive, arménienne, maghrébine,... pensez-vous qu'il existe aussi une communauté ivoirienne dans ce même sens ?
Je préfère qu'on parle en terme de communauté africaine car le problème concerne le continent tout entier. Il n'y a aucun doute qu'il y a de nombreux africains en France, mais si on n'entend pas parler de communauté africaine, c'est simplement le fait que la diaspora africaine ne s'est pas encore réunie pour réfléchir et agir ensemble. Les communautés que vous citez en exemple sont à mon avis des communautés qui sont en France depuis bien plus longtemps. Ces communautés ont appris à se mettre ensemble parce qu'elles ont eu une histoire commune et que les difficultés qu'elles ont rencontrées les ont obligés à agir ensemble pour être plus fortes. La communauté africaine, avec les difficultés qui commencent à apparaître va (à mon avis) aller dans le même sens et s'organiser car une histoire commune est en train de s'écrire pour les africains. C'est justement l'un des objectifs majeure de l'ABC que de réunir l'élite africaine à tous les niveaux et de réfléchir avec elle sur les problèmes du continent car le développement ne se fera pas qu'avec les idées de l'intérieur mais également avec les expériences extérieures.
Quels sont les domaines dans lesquels la diaspora ivoirienne pourrait contribuer au développement de son pays d'accueil ?
Respecter les institutions du pays d'accueil et apporter de son savoir faire.
Et à celui de son pays d'origine, la Côte d'Ivoire ?
La diaspora ivoirienne peut participer au développement de son pays à plusieurs égards. Le moyen le plus efficace à mon avis est d'y investir. Les montants investis quelque soit leur valeur sont utiles pour créer un tissu diversifié et large de PME-PMI. Je reste convaincu que le développement économique passe absolument par le développement de l'entrepreneuriat privé. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles le Forum ELIT, organisé par l'ABC, s'est penché, pour son édition 2007, sur l'entrepreneuriat privé en Afrique. L'exemple de la France le montre bien : en novembre 2006, l'INSEE faisait état de 234 000 créations d'entreprises au cours de l'année. C'est dire à quel point le dynamisme des petites entreprises est important pour l'économie et la croissance.
L'autre élément non moins important que peut apporter la diaspora, serait d'aider à un changement de mentalité à deux niveaux. D'une part, aider à comprendre que le développement est d'abord et avant tout une question de volonté et que nos pays peuvent y arriver si nous acceptons de faire des sacrifices et de mettre du sien. Nous n'avons aucun complexe à avoir à l'égard des autres et c'est à la diaspora qui a vécu dans les pays développés de le faire savoir. D'autre part, à partir de leurs expériences, les membres de cette diaspora peuvent donner beaucoup en terme de proposition, au regard de ce qui est fait ailleurs.
Pouvez-vous nous parler de Pharmafrica ?
Pharmafrica est la première conférence que nous organisons sur les « Enjeux économiques de l'industrie pharmaceutique en Afrique ». Face aux nombreux défis, ce projet s'est proposé de réfléchir sur l'émergence d'une industrie pharmaceutique locale, sur le développement de l'industrie préexistante et enfin sur le rôle des firmes internationales.
Qu'est-ce que vous en attendez ?
Nous espérons que cette conférence qui réunit tous les acteurs de la santé puisse conduire à un échange réel sur les voies et moyens de parvenir à l'amélioration de la santé des populations africaines. Les laboratoires pourront exposer les raisons pour lesquelles les recherches s'éloignent le plus en plus des maladies tropicales et par la même occasion ressortir les conditions de leur implication. Les chercheurs et étudiants en médecine pourront exposer l'état d'avancement des recherches locales et se donner des conseils en vue de mieux protéger leurs découvertes. Enfin les décideurs pourront au vu de cet état des lieux, prendre les décisions qui s'imposent pour améliorer l'implication des firmes internationales et encourager parallèlement les recherches.
Que pensez vous de ceux qui disent que le salut de l´Afrique viendra de la diaspora ?
Je dirai plutôt qu'un pari non négligeable du développement de l'Afrique se fera avec la diaspora. Ce rôle ne pourra être joué pleinement que si cette diaspora prend conscience de ce qu'elle peut apporter, si elle s'unie et si elle s'implique vraiment dans la recherche de solutions à des problèmes qui minent nos Etats. Le rôle de la diaspora est d'apporter un regard extérieur mais cela n'est pas suffisant pour conduire le développement d'un pays parce qu'on doit tenir compte des réalités propres à nos pays. Il faut donc une conjugaison des efforts extérieurs et intérieurs.
On reproche souvent à ceux qui vivent ici de ne pas dire la vérité sur leurs véritables conditions de vie en Europe et d'entretenir en cela l'illusion sur le rêve européen, qu'en pensez-vous ?
C'est vrai qu'en Afrique nous avons une vision idyllique de l'Europe. A certains égards, cette idée est juste. Là où il faut faire attention, c'est de laisser croire que la vie ici est facile et que tout le monde vit le bonheur total. Ce sont des pays comme les autres. On y trouve des mendiants, des ordures, des grèves, des voleurs, des pauvres, des chômeurs, des malades, … les gens ont également des problèmes (comme dans nos Etats) pour arrondir leur fin de mois, ils sont endettés,…
