
La lente disparition de Grand-Lahou
Située au sud-ouest de la Côte d'Ivoire, la commune de Grand-Lahou est en train de disparaître sous les assauts de l'océan. Il y a 20 ans encore, un kilomètre de plage et de cocotiers séparait la mer du centre-ville.
Aujourd'hui, celui-ci est progressivement noyé, victime de l'érosion marine et de la montée des eaux du golfe de Guinée. Plusieurs bâtiments et même le cimetière sont déjà submergés. Bâtie sur une étroite bande de terre entre océan et lagune, Grand-Lahou a perdu ces dernières années les trois-quarts de ses 20 000 habitants, partis s'installer à 15 kilomètres à l'intérieur des terres, au Nouveau-Lahou. Plusieurs administrations se sont aussi repliées. Selon les experts, la commune pourrait avoir disparu dans dix ans.
« Le réchauffement de la planète fait des désastres. La montée de la mer provoque une érosion qui menace dangereusement nos côtes. En Afrique de l'Ouest, l'élévation des océans pourrait atteindre 50 centimètres d'ici la fin du siècle », s'inquiète le ministre ivoirien de l'Environnement, Daniel Aka Ahizi. De son côté, le GIEC, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, souligne que la montée des eaux du golfe de Guinée pourrait coûter aux pays côtiers 15 % de leur revenu national. Mais la mise en œuvre de mesures préventives n'en coûterait que 5 à 10 %. « De telles mesures pourraient être adoptées à Grand-Lahou, mais cela est très coûteux. Or le contexte économique n'est pas bon », reconnaît Kopieu Gouganou, le responsable d'une cellule de réflexion sur l'espace lagunaire.
La disparition de la ville serait synonyme de la disparition d'un pan de l'histoire ivoirienne puisque Grand-Lahou est un ancien comptoir colonial. C'est ici que des missionnaires blancs débarquèrent en 1920 pour évangéliser l'ouest ivoirien. Les autorités locales recommandent aux 5 000 irréductibles toujours installés sur place de déménager vers Nouveau-Lahou, pour éviter tout risque, notamment celui d'un glissement de terrain.