Le KOTEBA : Renouer avec une tradition vivante
Koteba, Souleymane Koly (Guinée - Côte d'Ivoire)
« Cela fait maintenant vingt ans que l'Ensemble Koteba d'Abidjan existe, que nous travaillons dans
un style particulier, fait de théâtre, de musique et de danse. Voilà quinze ans que nous tournons
nos spectacles dans des endroits très différents. Mais, nos créations restent très africaines. Je
ne sais pas ce que c'est produire pour le public occidental. Nous essayons de monter des ?uvres qui
correspondent à ce que les gens vivent ici.
Pour constituer le premier noyau du Koteba, j'ai recruté, à Abidjan, des jeunes gens en les regardant bouger, en parlant avec eux, sans tenir compte de leur origine sociale, ni de leur niveau de connaissance de telle ou telle langue. De fil en aiguille, nous nous sommes mis à travailler les différentes disciplines que nous pouvions mettre en place : la danse, la musique, le texte. Ce n'est pas venu par hasard. Dans un espace multi-linguistique, comme celui que nous connaissons, utiliser une langue nationale et une seule, c'est forcément se couper des gens. Utiliser exclusivement le français, c'est la même chose. On ne peut pas parler de théâtre national, si le théâtre que vous faites ne correspond à rien pour l'Africain qui ne comprend pas le français. Quand je parle de théâtre national à propos du Koteba, cela veut dire que le professeur d'université ivoirien, le chauffeur de taxi ivoirien ou la vendeuse du marché ivoirienne, que tous ces gens-là se reconnaissent dans le théâtre que nous faisons. Cela veut dire que nous pratiquons un théâtre dans lequel tout Africain, quelle que soit son origine, puisse jouer. Un théâtre qui puisse être compris par tout Africain, quel que soit son niveau de culture. Il fallait donc faire appel à des disciplines artistiques qui permettent, par delà les mots, de traduire et de faire passer une idée sur scène. Ainsi, par des voies détournées, sans réflexion théorique préalable, le Koteba renoue avec la tradition du spectacle africain (d'ailleurs toujours très vivante) qui ignore la coupure des genres.
Je crois que l'esprit Koteba, c'est une forme de folie qui nous pousse à nous battre, une solidarité qui nous permet de résister dans les périodes difficiles. Un choix qui me fait dire :
Commençons avec nos moyens, à notre niveau et progressons ensemble. Ce n'est pas parce que d'autres en sont à l'ordinateur, qu'il faut nécessairement que nous en arrivions à l'ordinateur. Cela s'inscrit dans une perception générale. Non seulement, ce n'est pas la peine, sous prétexte d'être moderne, d'importer des trucs qui nous écrasent à tous points de vue, mais si je peux exprimer ma pensée profonde, je suis convaincu que nous pouvons trouver, dans notre société, les principes fondateurs de ce qui se fait ailleurs. Cette réflexion se trouve, de façon très diffuse dans pratiquement tous mes spectacles.
Propos recueillis par Chantal Boiron
source revuenoire.com
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