
EBURNY-2002 : Un film pour exorciser la douleur
19 septembre 2002. La guerre éclate en Côte d' Ivoire. Au centre et dans le septentrion du pays, une horde de rebelles s' attaquent aux symboles de l' Etat et la population civile. Des familles entières se dispersent sans réel espoir de se retrouver.
Ayika, une jeune fille est violée tandis que toute sa famille est assassinée. Par miracle, elle se retrouve dans la capitale du pays, loin de cette barbarie. Mais la soif de vengeance ne la quitte pas d' un iota. Convaincue que se venger de ses bourreaux reste la seule alternative qui s' offre à elle, elle décide de le faire avec l' arme que son violeur a laissé sur les lieux du drame.
Sa rencontre avec un prête catholique alors qu'elle était aller se recueillir sur la tombe des parents défunts va accélérer les choses. La jeune orpheline demande à l' homme de Dieu de l' aider à accomplir sa mission : la vengeance. Ce dernier n' y voit pas d' inconvénients à condition qu'elle choisisse l' une des deux voies qui s' offrent à elle à savoir celle du pardon qui conduit à l' espérance et à la vie et celle de la vengeance qui symbolise l' impasse voire la mort. Finalement Ayika choisit le pardon pour s' affranchir de la vengeance.
D' une durée d' 1 heure et demi, ce long métrage réalisé par Soubinan John Clavaire nous replonge dans cette période-charnière de l' histoire récente de la Côte d' Ivoire. Une guerre qui a déshumanisé les ivoiriens en quelque sorte. Des scènes d' une extrême violence nous le rappellent tout au long du film. Des enfants traumatisés par la guerre des adultes. L' infortune des populations sur le chemin de l' exode où la mort est toujours en embuscade. Une mort qui frappe tout les ivoiriens sans distinction religieuse, raciale, politique et sociale car tout le monde en paye les frais. Des bombardements spectaculaires d' édifices religieux et d' infrastructures socio-économiques. Même si les effets spéciaux sont parfois abusivement utilisés, il n' empêche qu'ils soulignent l' immensité des dégâts commis au cours de cette crise militaro-politique.
Un film dynamique qui installe le suspense en permanence chez le spectateur. La technique du flash-back utilisée par le réalisateur nous replonge à chaque fois dans le passé, histoire de nous indiquer à quel point ces scènes d' horreur restent à jamais gravées dans la mémoire des survivants. La rencontre du prêtre avec l' actrice principale ne semble pas fortuite parce qu'elle a une valeur catharsique. Elle permet à la victime d' oublier un tant soit peu cette page sombre de sa vie. La religion s' avère ici comme un moyen d' exorciser le mal, un moyen d' apaiser les cœurs et les esprits en période trouble. En décidant de pardonner à ses bourreaux, Ayika fait preuve de dépassement. Mieux, elle nous montre qu'il ne faut désespérer de l' homme malgré les situations dramatiques. Ce film peut être considérée comme un hymne au pardon, à l' espoir. Bref à la vie.
En tournant le dos à la vengeance, les ivoiriens peuvent espérer des lendemains meilleurs. C' est en somme un film-témoignage d' une actualité brûlante au moment où le pays s' est engagé résolument dans le processus de sortie de crise. Ce film va sûrement aider à la reconstruction du tissu social largement entamé. John Clavaire à travers EBURNY-2002 veut montrer que seul le pardon peut mettre fin au cycle de vengeance. Ce film dont la grande première s' est déroulée le jeudi 15 juillet dernier au Cinéma " La Fontaine ", à Sococe est toujours à l' affiche.